Crise de foi

Agenouillé devant l’autel, les mains jointes devant lui, Jo est en adoration, tourné vers la grande croix de bois sur laquelle un homme expie pour l’éternité les péchés des crédules passés, présents et à venir. Les vitraux éclairés par le soleil couchant nimbent l’endroit d’une lueur surnaturelle. Aurait-il trouvé la foi ? De son vivant il n’a jamais été bien croyant. Et vu le peu de cervelle qui lui reste… Ici, maintenant, Jo se sent désormais comme ce Jésus, adulé puis pourchassé. En vérité il parvient surtout à se souvenir de la période où il est pourchassé, et encore celle-ci ne s’étend-elle plus que sur vingt-quatre heures en arrière, tout au plus.

Et puis avec sa peau qui s’est tannée depuis l’évènement, les nombreuses nuits passées dehors dans le froid, sous la pluie, les multiples cicatrices qu’il a au front (et ailleurs) les trous dans ses mains, son flanc, ses pieds (mais aussi ses biceps, genoux, mollets, joue, boîte crânienne), Jo se trouve des ressemblances avec la statue qui tend les bras là-haut sur sa croix, promettant son sang et son corps. « Le corps du Christ ». L’expression le tire de sa rêverie et le ramène à des considérations bien plus terre-à-terre.

Agenouillé devant l’autel, en adoration devant un gros morceau de foie sanguinolent, Jo se remet à manger religieusement, sous le regard muet du supplicié cloué au-dessus de lui, les savoureuses parties du corps du bedonnant bedeau venu changer les fleurs pour la messe du lendemain.



Laisser un commentaire

Alunya |
Freewomen |
Laplumeduphenix |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | A Spotlight On Trouble-Free...
| Algorimes
| Methods to increase your we...