Lectures

Quand le sang ne circule plus, les nuits sont fraîches, se dit Jo, en jetant du combustible dans le feu afin de le raviver. Il a trouvé refuge pour la nuit dans une vieille bibliothèque désaffectée inoccupée depuis longtemps. Quand il pénètre au centre de l‘énorme bâtiment encore garni d’immenses rayonnages de livres, meurt pourtant un petit feu de braises, preuve d’un récent passage de vivants. Chouette, si ça se trouve, c’est le gibier qui reviendra à lui. Quant à ses congénères, ils doivent être en chasse, il se pourrait qu’il en croise quelques-uns pendant la nuit. Mais pour l’instant il n’a pas faim. Il veut juste se protéger de ce froid qui l’envahit un peu plus chaque nuit depuis l’incident.

Sur l’âtre renaissant, il jette un par un de gros livres, aux couvertures ornées de symboles et de dessins qu’il ne comprend pas. Qu’il ne comprend plus. Il se revoit en train de manipuler ces objets, dans son autre vie, y trouver du plaisir. Il les ouvre et scrute intensément tous les minuscules caractères des pages du livre, comme dans ses souvenirs, sans pouvoir deviner le moindre usage, donner la moindre signification à ces gestes. Sans plus aucun sentiment.

Il se fournit dans le rayon fantastique. Shining, Ravage, 1984, La nuit des temps, Joyland, Sutures, Les Contes du Grand Veneur, les titres défilent dans ses mains, vides de sens, et vont rejoindre le brasier qui grossit, l’emplissant d’une douce chaleur. De temps en temps il en ouvre un au hasard, mais échoue à déchiffrer les idéogrammes tracés sur le papier. On s’occupe comme on peut en attendant la faim. Il essaye même d’en mâchouiller quelques pages mais l’opération s’avère sans aucun intérêt.

Il marque un temps d’arrêt sur Farenheit 451, en voyant les flammes peintes sur la couverture, puis finit par le jeter aussi dans les flammes, ainsi qu’un roman nommé Frankenstein dans son édition ancienne et un épais volume du Trône de fer.

Les nuits sont froides dans la mort.

Un bruit métallique, le son étouffé d’une voix dans le couloir de la bibliothèque. C’est certainement son prochain repas, qui vient se livrer à domicile. Ça tombe bien, sa faim revient. Infemmes et sangsuelles et Le démon des morts rejoignent le brasier et Jo s’avance dans la pénombre à la rencontre de son visiteur.

C’est que la culture, cela ne nourrit pas son homme.



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