Vibrations

Dissimulé derrière une poubelle, Jo termine son repas : Un avant-bras osseux qu’il arrache d’une torsion au coude auquel il était naturellement attaché, celui d’une ado maigrichonne au seuil du permis de conduire.

Il ne fait pas attention tout de suite à la vibration qui anime sa maigre pitance. Ce n’est qu’en voulant « nettoyer » les doigts qu’il découvre entre eux un objet rectangulaire aux bords arrondis, lisse et brillant. Un instant, il joue avec son propre reflet, sur la surface polie de la chose, qui se remet à vibrer. Effrayé comme seuls peuvent l’être en pareil cas un mort-vivant ou un pithécanthrope égaré dans notre siècle, mais ne se reconnaissant dans aucune des deux catégories, il jette le bras sur le trottoir. Le tâte du bout du pied et finit par le ramasser. La vibration étrange a cessé.

Il tente de séparer l’objet de son casse-croûte mais les doigts, crispés dessus par la mort, lui font une solide cage. Il en brise deux et les grignote rêveusement tout en examinant le curieux artefact, qui diffuse maintenant une étrange lumière. Jo garde froid le peu de sang qui reste encore dans les veines sténosées et appuie sur le pouce. La lumière change. Il effectue ce geste plusieurs fois, fasciné, et obtient le même résultat, faisant apparaître d’autres images en deux dimensions, photographies qui ne lui évoquent rien.

Alors qu’il bataille à désarticuler le pouce, l’objet vibre à nouveau. Jo arrête son geste. Appuie sur l’objet. Une voix s’en échappe, sans provoquer aucune réaction chez le zombie, toujours affairé à sa tâche, et qui en a oublié tout le reste.

- Cindy ? Cindy, c’est Maman. Réponds-moi, chérie, je suis inquiète, avec tout ce qui se passe, il fait nuit et…

- Craaac !

- Aaaah ! Cindy, c’était quoi ce bruit ? Réponds à maman, chérie…

Les tendons du pouce ont enfin cédé, libérant le mystérieux objet qui continue d’émettre une voix féminine angoissée, à laquelle Jo répond de temps en temps par une onomatopée que la mère de Cindy, au bord de la crise de nerfs, traduit tantôt par un oui, tantôt par un non mais qui n’est en réalité n’est que le grognement de satisfaction d’un zombie en cours de réplétion.

Jo a fini son repas. Il a sucé les os jusqu’à la moelle. Les larmes au téléphone se sont diluées dans le brouhaha de la cité. Reprenant son errance, il ramasse machinalement l’appareil et joue à appuyer dessus, tête baissée, les yeux rivés sur l’écran. Cette position est assez inconfortable,  et il percute souvent poteaux, murs et poubelles mais de temps en temps une nouvelle voix sort du smartphone, qu’il porte à son oreille pour écouter ce murmure dont il ne comprend désormais plus un mot mais qui l’apaise inexplicablement.

Et Jo remarque que tous les vivants qu’il croise sur sa route ont un pareil objet et continuellement les yeux rivés dessus. Stupéfait comme peut l’être un zombie, il découvre qu’alors, aucun ne fait plus attention à lui. Le cou ainsi tordu ou l’objet collé contre son oreille, il est totalement invisible à leurs yeux, même au milieu d’une foule.

La prochaine chasse sera plus facile. Tant qu’il reste de la batterie…



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