Haut-vol

Jo est adepte de la pensée unique. Ou plutôt incapable d’en avoir deux en même temps, ni d’affilée. Et il les oublie au fur et à mesure qu’elles lui passent par la tête. Ce qui fait qu’il hésite sans cesse, semble souvent plongé dans des abîmes de réflexion et change constamment de direction, car d’idée. Ce matin il a suivi un rat, puis, distrait par un de ses congénères, l’a accompagné jusqu’à la bibliothèque, avant de s’arrêter pour contempler de ses yeux morts l’astre du jour dont il sentait la douce chaleur sur sa peau parcheminée. Un autre rat l’a tiré de sa torpeur, et Jo l’a pisté jusqu’à l’autoroute encombrée de carcasses de voitures et de tôles éventrées, vestiges d’un bidonville abandonné, où il l’a perdu. Son odorat l’a informé qu’un vivant s’était tenu à cet endroit quelques instants plus tôt. Il a pisté l’odeur caractéristique de la peur mais l’a perdue aux abords d’une zone industrielle.

Après avoir erré sans but, Jo se retrouve maintenant devant la piscine municipale, désaffectée depuis longtemps. Une étrange sensation s’empare de lui, faite d’images colorées, d’odeurs chlorées et de sons aigus. Des voix d’enfants. Il se souvient avoir fréquenté cet endroit. S’y être… baigné ? Le mot se forme à son esprit mais ne prend pas sens.

Poussé par une curiosité insatiable, morbide, il monte quelques marches, entre dans le hall de la piscine, s’engouffre dans les vestiaires. Il a instinctivement choisi le côté des garçons. Ou est-ce du hasard ? Une chance sur deux…

Les odeurs ont changé, l’endroit est silencieux et sombre. Mais Jo avance sans une hésitation, comme s’il connaissait les lieux. Il gravit des escaliers, s’aidant pour cela d’une rampe mal scellée, s’arrête sur une plateforme. Dans sa mémoire scintille à présent une galette dorée, gravée à son nom. Une médaille de plongeon de haut-vol. Il ne se souvient plus où il l’a obtenue, ni quand, ni ce qu’elle représentait pour lui, ni ce que signifient ces symboles sur l’une de ses faces. Elle scintille juste devant lui, suspendue dans l’air à quelques mètres de sa tête. Mu par une impulsion subite, il s’avance pour la saisir, puis étend les bras.

Et plonge la tête la première du haut du plongeoir de 10 mètres. Un plongeon parfait, sans aucun remous.

Dans une piscine vide.

Franchement, sur le moment, Jo, qui par chance ne s’est cassé que le radius, ne voit pas l’intérêt de l’exercice. Il se relève avec difficulté, remonte la pente douce en chancelant et sort par le petit escalier du petit bain. A présent, il a déjà oublié l’accident. A cet instant précis, il n’a plus qu’une obsession, plus qu’une idée en tête : trouver du gibier.

La natation, ça creuse…



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