Gaëlliques An vingt, septain quatrième

- Maintenant, monsieur Gaillard, fermez les yeux et donnez-moi sans réfléchir cinq mots qui vous font du bien !

- Tronçonneuse, hache, scie, broyeur.

- Cela en fait seulement quatre ! Sortez m’en un cinquième !

Quand j’ai tiré la machette de mon grand sac de sport, le psy a blêmi en émettant un couinement bizarre. Quelques secondes plus tard, enfin silencieux, il rougissait abondamment.

(Gaëlliques psychopathiques – 22 janvier)

La plèbe les conspue, tous ces tyranneaux claudes

Qui d’un Dieu tout puissant se croient coéternels

Et devant leurs vassaux se proclament indigètes.

Ils lui imposent en masse des édits frustratoires

Sous le joug armuré de forces stipendiaires

Pour mieux masquer aux yeux du peuple fragmenté

La vaste étendue de leur vide sincipital

(Gaëlliques surannées – 23 janvier)

- Allez, mon lapin, ratisse-toi la soupière, va troubler le miroir et au lit !

- Mais, maman je me la suis déjà ratissée ce matin !..

- Deux fois par jour a dit le gingiviste, sinon tu vas choper des carottes !

(Gaëlliques orthodontistes – 24 janvier)

- Oh, dis-donc, Sabrina, ma chérie, ta maison est impeccable ! Pas un gramme de poussière, tout est si… propre et si bien rangé ! Comment tu fais ? Moi je m’en sors pas ! T’as pris une domestique ?
- Non, trop cher !
- Allez, c’est quoi, ton secret ? Tu peux bien le dire à ta meilleure amie !
- Oh, y a pas de secret, tu sais !
- Allez, arrête de me charrier, t’as fait quoi ? T’as frotté une lampe et invoqué un génie ?
- Non, bien plus simple et plus efficace !
- Quoi, une formule magique ? Allez, raconte !
- Oui, c’est ça, en quelque sorte !
- Et c’est quoi la formule ?
- Des bras, que des bras !

(Gaëlliques d’intérieur – 25 janvier)

Vingt-six avait toujours été le nombre fétiche de Jan-Kristjan Blaszczykowskzi. Sa date de naissance, le nombre de lettres dans son nom imprononçable, le numéro de son appartement, celui de son département. Aussi ne fut-il pas surpris de remporter le super loto de 26 millions le jour même de ses 26 ans. Et n’eut pas le loisir de s’étonner quand, en essayant de rattraper le ticket gagnant qu’il venait malencontreusement de laisser tomber sur la chaussée alors qu’il se rendait au lieu de l’encaissement, il fut mortellement percuté par l’autobus de la ligne vingt-six.

(Gaëlliques martingalesques – 26 janvier)

- Trois côtes cassées, un poignet démis, un traumatisme crânien, et tout ça en dormant, mais comment donc avez-vous fait votre compte, monsieur le commissaire ?
- Que voulez-vous, docteur, j’étais dans de beaux draps. Je poursuivais un  rêve et il a résisté à son arrestation !

(Gaëlliques policières – 27 janvier)

« Vous êtes sur le répondeur du Président des Etats-Unis. Ceci est un message enregistré. Je ne suis pas disponible pour le moment. Mon Gouvernement et moi-même sommes en sécurité dans un bunker souterrain. Nous préparons une riposte massive à l’invasion. Si vous êtes un humain, laissez-moi un message après le Boum. Si vous êtes un de ces fucking aliens, kiss my ass ! »
Dans le bureau ovale de la Maison Blanche, l’ambassadeur martien au cou démesuré clignota un ordre :
- Trouvez-moi ce bunker !
Il appuya sur la touche EFFACER du répondeur.
L’explosion pulvérisa la Maison Blanche ainsi que le vaisseau alien en suspension juste au-dessus, mettant instantanément fin à l’invasion des girafes de Mars.

(Gaëlliques martiennes – 28 janvier)



Gaëlliques An vingt, troisième septain

Foliculteur, trice : n. Personne dont l’activité professionnelle consiste à semer des graines de folie dans les jardins secrets des tristes sires. (syn. embellificoteur)

(Gaëlliques thérapeutiques – 15 janvier)

Assis sur la scène, la tête dans les mains, le Grand Angelo Garibaldi repensait à sa vie, dont la moitié passée en compagnie de Silvia, sa muse, son soleil.
Il revoyait leurs débuts dans ce petit cirque, il y a vingt ans, avec un numéro de prestidigitation qui remplissait à peine la moitié du chapiteau, et leurs ébats quotidiens dans la sciure à la moitié du spectacle, dissimulés sous les gradins.
Les années avaient passé, leur public avait crû mais Angelo, lui, n’y croyait plus. La magie s’était envolée le mois dernier, le jour où il avait surpris sa moitié dans les bras de Haalf, l’homme-tronc. Fou de douleur, il s’était alors jeté dans ceux de Marie-Jeanne, la siamoise de la troupe, à moitié plus jeune que sa femme. Mais ça n’avait pas atténué sa peine. Puis, un jour de la semaine dernière, il avait trouvé dans ce magasin d’accessoires de théâtre la solution à son dépit.
Ce soir, assis sur la scène, il contemplait Silvia, Silvia, qui avec les années, était devenue grosse et moche en plus d’être infidèle. Silvia dont les viscères fumantes coulaient maintenant le long des moitiés de la caisse proprement sciée en deux.
C’était donc ça, la beauté intérieure.
Les policiers, arme au poing, firent irruption sur la petite scène. Il entendit leurs injonctions et reposa doucement la tête de Silvia au sol, près de la scie.
Comme il s’y attendait, elle n’avait rien dans le crâne.

(Gaëlliques circassiennes – 16 janvier)

Aujourd’hui, notre spécialiste nature et bien-être vous propose de pratiquer trois activités excellentes pour la santé et peu onéreuses en une seule : la cueillette des champignons.

Tout d’abord, quelques kilomètres de marche à pied pour arriver sur le site que vous aurez préalablement choisi, de préférence un paisible bois à l’écart de la civilisation, commenceront à vous faire oublier les soucis quotidiens.
Ensuite, pratiquer une longue séance de méditation, assis en tailleur sur la mousse du sous-bois, nu et aussi immobile que possible, vous aidera à retrouver calme et sérénité en abaissant votre rythme cardiaque.
Enfin, une fois cet exercice terminé, vous pourrez vous adonner avec ravissement à la cueillette des cèpes et autres coulemelles qui auront poussé sur votre corps pendant la séance et les déguster en famille une fois de retour à votre domicile.
Eviter cependant les espaces interdigitaux et pubiques nécessitant plutôt une consultation chez un dermato ou un gynécologue.

(Gaëlliques mycologiques – 17 janvier)

AVIS AUX LOCATAIRES DE LA RÉSIDENCE GAI SOLEIL

Ça commence à bien faire !
Mme Martin, (Bloc B, 3e étage, Appt. 32) a retrouvé hier matin en sortant les ordures un bras gauche dans la poubelle bleue.
Ce n’est pas la première fois que cela se produit. La semaine dernière monsieur Durand (Bloc C, 1er étage, Appt. 14) avait déjà trouvé un pied, cette fois jeté dans la poubelle jaune.

RAPPEL A TOUS LES RÉSIDENTS

Les papiers, cartons, etc. se jettent dans la POUBELLE BLEUE uniquement
Les bouteilles plastiques, boîtes de conserve et briques alimentaires se jettent dans la POUBELLE JAUNE
Les déchets organiques, épluchures, marc de café, membres et autres résidus compostables vont dans le BAC A COMPOST VERT sur le côté du bloc A, entre de l’aire de jeux pour enfants et le boulodrome.

LE RECYCLAGE EST L’AFFAIRE DE TOUS.
Favorisons le bien-vivre ensemble.
Merci,
Le gardien, M. Lopez.

P.S. La montre est à venir récupérer à ma loge, (bloc A, Rdc, Appt. 2)

(Gaëlliques écocitoyennes – 18 janvier)

Au son de la cloche, dociles, conditionnés, nous nous plaçons en file indienne devant le bureau aux vitres blindées. Je saute de mon perchoir et frétille de joie. C’est l’heure de la distribution.
Depuis que je suis devenu un oiseau, pour mon plus grand plaisir, l’infirmière a remplacé mes pilules bleues et rouges par des graines.
Mais je n’aime pas la façon dont Felix, mon nouveau voisin de chambre, me fixe de son œil brillant. En ronronnant bruyamment, il se lèche une main, qu’il passe plusieurs fois derrière son oreille.
Je vais devoir demander au directeur de me changer de nid si je tiens à garder mes plumes. Mais j’ai peur d’un refus, quand je vois comment le directeur le laisse se frotter à ses jambes et lui gratte l’encolure…

(Gaëlliques institutionnelles – 19 janvier)

Ce matin,
c’est le vingt
je voudrais bien
qu’un ange gardien
se mêle enfin
à mon destin
de bohémien

mais il est déjà midi vingt
j’ai encore espéré en vain

(Gaëlliques angéliques – 20 janvier)

Découvrez bientôt en librairie Haspy Ratter, la série romanesque de l’auteur à succès J..K. Rombière :
Tome 1 : Haspy Ratter à l’école des balais
Tome 2 : Haspy Ratter et les moutons de Souslelit
Tome 3 : Haspy Ratter et la chambre mal rangée
Tome 4 : Haspy Ratter et le stylo coincé
Tome 5 : Haspy Ratter et les ordures de Félix
Tome 6 : Haspy Ratter et le tapis de cendres mêlé
Tome 7 : Haspy Ratter et les toiles d’araignées de la mort

(Gaëlliques littéraires – 21 janvier)



Gaëlliques An vingt, septain deuxième

- Coach ?
– Oui, doc, qu’y a-t-il ?
– C’est à propos de Kevin, coach…
– Ah, oui, Kevin. Vous lui avez bien donné le cocktail ? Vitamines A, B, C, D, E…
– Oui, coach, mais…
– Les stéroïdes, les anabolisants et les coupe-faim ?
– Oui, coach, mais…
– Son EPO, les hormones de croissance, les amphétamines ? Le combat commence dans moins de 10 minutes…
– Oui, coach, mais justement…
– Les Diurétiques, les gluco-corticoïdes, les Bêta 2 et aussi le… quoi, mais justement ? Je sens bien que vous essayez de me dire quelque chose, toubib… Accouchez, bon sang…
– C’est que… dix minutes ça va pas suffire pour casser la cloison, coach, avec toute cette masse musculaire, Kevin ne passe plus par la porte du vestiaire !

(Gaëlliques – 8 janvier et quelques pilules)

 

Trop arrosé une teuf ?
Une cuite à tuer un bœuf ?
Quelques gouttes du sang d’un veuf
Pendu sous le pont-neuf
(Pas beaucoup, huit ou neuf…)
Mélangées à un jaune d’œuf
Et vous vous sentirez tout neuf,
Prêt à emballer toutes les meufs..
C’est pas du bluff !

(Gaëlliques éthyliques – 9 janvier 2020)

 

Dix secondes après sa naissance, Jehanne poussait son premier cri
Dix ans après elle se droguait et entendait des voix
Dix heures après sa mort, elle arrêtait enfin de fumer

(Gaëlliques fumeuses – 10 janvier)

 

Obsessionnel besoin
Éphémère passion
Attirante tractation
Ridicule illusion

(Gaëlliques en solde – 11 janvier)

Seule une section de 12 poulets casqués et armurés occupait la petite place quand de toutes les rues attenantes se déversèrent des hordes de filets jaunes surexcités. Très vite pépiements et caquètements furieux se muèrent en salves de battements d’ailes de défense pour finir par de bestiales prises de bec. Ego contre ergot, les deux factions se mirent une volée à grands coups de pilons dans les mandibules, si bien qu’on ne distingua bientôt plus que du jaune sang à travers les nuages de fumigènes. Les dindons de la farce de l’ordre y perdirent quelques plumes mais après dispersion des séditieux filets par les coqs à la solde du couvernement arrivés en renfort qui se rengorgeaient victorieusement et une fois la fumée dissipée, on trouva sous la douzaine de poulets encore traumatisés une douzaine d’œufs fraîchement pondus.

(Gaëlliques à la coque – 12 janvier)

Accordez-moi un livre, un chapitre de plus, une page cornée, une ligne tremblante, un mot, oui, un mot juste, rien qu’une lettre encore, même la goutte d’encre du maudit point final, à lire ou à écrire, de quoi jusqu’à ma mort émerveiller ma vie…

(Gaëlliques de papier – 13 janvier)

Hiver aryen
Aveuglément
Recouvre tout
D’un voile blanc

(Gaëlliques climatiques – 14 janvier)



Gaëlliques An vingt, premier septain

Petits textes de mon c(r)u

issus des jeux d’écriture

du Créalendrier de Gaëlle Pingault

Pour bien commencer l’année
Il ne faut surtout pas négliger
Ses amis de l’année passée
Il ne faut surtout pas lésiner
Sur bonne chère et rince-gosier
Moi je voulais vous souhaiter
de la santé, de la gaieté,
juste ce qu’il faut de pognon,
quelques bons livres à dévorer,
aux artistes l’inspiration
de l’amour sans modération
et deux mille vins sans un bouchon

(Gaëlliques – 1er janvier)

Couché sous un plaqueminier
Qui poussait au bord du sentier,
(un fait dont je suis coutumier),
Ses beaux fruits en guise d’oreiller,
Auprès de Morphée réfugié
Doucement je me momifiais
En me rêvant usufruitier.

Y avait pas de quoi m’excommunier…

(Gaëlliques fruitées – 2 janvier)

En janvier, les jours rallongent, c’est bien connu. Sauf que l’année dernière, le phénomène ne s’est pas inversé au mois de juin, comme depuis l’aube des temps. Une histoire de changement d’axe de la Terre, j’ai pas tout bien compris. Les scientifiques non plus, à dire vrai, qui n’ont rien pu faire pour endiguer le problème. Dans un mois c’est le nouvel an et les nuits ne durent plus qu’une heure, et elles sont de moins en moins noires.
Au nord de l’Equateur, économie, industrie, toute activité humaine est désormais à l’arrêt. On doit se tartiner de crème solaire indice 5000 vingt-trois heures sur vingt-quatre pour ne pas griller, se terrer dans nos caves et peindre nos fenêtres en noir profond, ce qui est très insuffisant pour soigner nos brûlures et nos cancers de la peau.
Quant aux gens de l’autre hémisphère, les habitants des pays dont on pillait encore naguère les richesses minières et pétrolières, ils ne voient plus le soleil qu’une heure par jour. Mais contrairement à nous ils ont su tirer parti de la catastrophe et sont devenus à leur tour de grandes puissances : ce sont eux maintenant qui tiennent les rênes du pouvoir, et pour cause : ils sont les seuls à fabriquer cette crème solaire si indispensable, qu’ils nous vendent à prix d’or.

(Gaëlliques solaires – 3 janvier)

Pour que cette année soit du gâteau
Je vous fouette
mes meilleurs œufs

(Gaëlliques pâtissières - 4 janvier)

Sans aucun complexe, la femme s’était assise sur une chaise blanche, au beau milieu de l’exposition de monochromes du musée du Blanc-Mesnil, entre la toile de Malevitch et celle d’Alphonse Allais intitulée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige.
Alerté par un col blanc, le gardien l’interpella, d’une voix blanche, en regardant l’oie blanche dans le blanc des yeux :
- Madame, c’est un musée, ici, vous ne pouvez pas allaiter votre enfant comme cela !
De but en blanc, elle répondit en contemplant le mur blanchi à la chaux :
- Pourtant, j’ai un blanc-sein !

(Gaëlliques immaculées, 5 janvier)

Cette année, pour l’Épiphanie, Mémé avait refusé qu’on apporte une galette, prétextant le mauvais goût de celles vendues dans le commerce. Elle préférait la faire elle-même, « à l’ancienne ».
« - Au moins dans la mienne je sais ce qu’il y a ! Tout est naturel ! Pas comme dans ces saletés industrielles pleines d’additifs ! »
On n’a pas regretté, du moins jusqu’à ce que papa, en faisant une grimace qu’il espérait discrète, retire de la part dans laquelle il venait de croquer un long cheveu gris et que Timothée, du haut de ses quatre ans, la bouche encore pleine de frangipane maison, crie « J’ai la fève ! » en brandissant fièrement entre pouce et index la dernière molaire de Mémé…

(Gaëlliques galettiques – 6 janvier)

C’est aujourd’hui le sept
mettez une salopette
partez en trottinette
sur la nationale 7
des slogans plein la tête
lutter pour vos retraites
jusqu’à ce que les cons pètent

(Gaëlliques politiques – 7 janvier)



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