Gaëlliques An vingt, premier septain

Petits textes de mon c(r)u

issus des jeux d’écriture

du Créalendrier de Gaëlle Pingault

Pour bien commencer l’année
Il ne faut surtout pas négliger
Ses amis de l’année passée
Il ne faut surtout pas lésiner
Sur bonne chère et rince-gosier
Moi je voulais vous souhaiter
de la santé, de la gaieté,
juste ce qu’il faut de pognon,
quelques bons livres à dévorer,
aux artistes l’inspiration
de l’amour sans modération
et deux mille vins sans un bouchon

(Gaëlliques – 1er janvier)

Couché sous un plaqueminier
Qui poussait au bord du sentier,
(un fait dont je suis coutumier),
Ses beaux fruits en guise d’oreiller,
Auprès de Morphée réfugié
Doucement je me momifiais
En me rêvant usufruitier.

Y avait pas de quoi m’excommunier…

(Gaëlliques fruitées – 2 janvier)

En janvier, les jours rallongent, c’est bien connu. Sauf que l’année dernière, le phénomène ne s’est pas inversé au mois de juin, comme depuis l’aube des temps. Une histoire de changement d’axe de la Terre, j’ai pas tout bien compris. Les scientifiques non plus, à dire vrai, qui n’ont rien pu faire pour endiguer le problème. Dans un mois c’est le nouvel an et les nuits ne durent plus qu’une heure, et elles sont de moins en moins noires.
Au nord de l’Equateur, économie, industrie, toute activité humaine est désormais à l’arrêt. On doit se tartiner de crème solaire indice 5000 vingt-trois heures sur vingt-quatre pour ne pas griller, se terrer dans nos caves et peindre nos fenêtres en noir profond, ce qui est très insuffisant pour soigner nos brûlures et nos cancers de la peau.
Quant aux gens de l’autre hémisphère, les habitants des pays dont on pillait encore naguère les richesses minières et pétrolières, ils ne voient plus le soleil qu’une heure par jour. Mais contrairement à nous ils ont su tirer parti de la catastrophe et sont devenus à leur tour de grandes puissances : ce sont eux maintenant qui tiennent les rênes du pouvoir, et pour cause : ils sont les seuls à fabriquer cette crème solaire si indispensable, qu’ils nous vendent à prix d’or.

(Gaëlliques solaires – 3 janvier)

Pour que cette année soit du gâteau
Je vous fouette
mes meilleurs œufs

(Gaëlliques pâtissières - 4 janvier)

Sans aucun complexe, la femme s’était assise sur une chaise blanche, au beau milieu de l’exposition de monochromes du musée du Blanc-Mesnil, entre la toile de Malevitch et celle d’Alphonse Allais intitulée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige.
Alerté par un col blanc, le gardien l’interpella, d’une voix blanche, en regardant l’oie blanche dans le blanc des yeux :
- Madame, c’est un musée, ici, vous ne pouvez pas allaiter votre enfant comme cela !
De but en blanc, elle répondit en contemplant le mur blanchi à la chaux :
- Pourtant, j’ai un blanc-sein !

(Gaëlliques immaculées, 5 janvier)

Cette année, pour l’Épiphanie, Mémé avait refusé qu’on apporte une galette, prétextant le mauvais goût de celles vendues dans le commerce. Elle préférait la faire elle-même, « à l’ancienne ».
« - Au moins dans la mienne je sais ce qu’il y a ! Tout est naturel ! Pas comme dans ces saletés industrielles pleines d’additifs ! »
On n’a pas regretté, du moins jusqu’à ce que papa, en faisant une grimace qu’il espérait discrète, retire de la part dans laquelle il venait de croquer un long cheveu gris et que Timothée, du haut de ses quatre ans, la bouche encore pleine de frangipane maison, crie « J’ai la fève ! » en brandissant fièrement entre pouce et index la dernière molaire de Mémé…

(Gaëlliques galettiques – 6 janvier)

C’est aujourd’hui le sept
mettez une salopette
partez en trottinette
sur la nationale 7
des slogans plein la tête
lutter pour vos retraites
jusqu’à ce que les cons pètent

(Gaëlliques politiques – 7 janvier)



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