An Vingt, onzième septain

L’artiste en mal de création
Cherchait un sujet à croquer
Afin d’exprimer sa passion.
Il déplia son chevalet

Après des machines de guerre
Et un nudiste à quatre bras
qui d’ailleurs ne lui plaisait guère
Il voulut peindre Madonna

Mais comme celle-ci ne naîtrait pas
Avant quatre siècles et demi
sur la toile il improvisa.
Après tout, c’était un génie

S’il inventait le rouge à lèvres
Pour la rendre un peu plus glamour
cette fille de ferme si mièvre
vêtue de ses miteux atours ?

Il lui manquait du vermillon
pour la doter d’un pantalon
il lui créerait bien des lunettes
Mais la belle aurait l’air trop bête

Il n’avait plus de noir en rab
pour la revêtir d’un niqab
Il esquissa un simple voile
comme l’araignée tisse sa toile

Mais il eut beau la mettre à l’aise
le modèle ne souriait pas
Pour lui éviter un malaise
Léonard la normalisa

(Gaëlliques de Vinci – 11 mars)

L’idiot se rue sur le p-q
De peur de vraiment trop en chier
en cas de contamination
Pendant que ses enfants blasés
Bien confinés dans leur salon
De tous ces tubes dévidés
Font des lance-grenades en carton
Pour jouer comme dans la télé
Aux manifestations de rue

Il suffit d’un petit virus
pour que l’être humain ait des puces
et gratte son humanité…

(Gaëlliques en carton – 12 mars)

Ce soir, on a loué un DVD. Ma douce voulait voir le Grand Rouge avec Jean Reno, moi la Ligne rouge avec Tom Hanks. On a fini par choisir Rouge mécanique, un chouette documentaire sur la non-violence.
On a couché le petit après lui avoir lu Rouge-neige et les sept nains et Barbe Rouge. Il adore ces deux contes. Dans la chambre de sa sœur aînée la radio diffusait Les paradis rouges, de Michel Berger. J’ai fermé doucement la porte et on a débouché une bonne bouteille de bleu pour regarder le film.

(Gaëlliques écarlates – 13 mars)

Dans un village un pangolin
expectorait de gros nuages
de poudre de Perlimpinpin
qu’un vilain sorcier récoltait
pour faire de contagieux breuvages
qu’autour du monde il dispersait :

Des liqueurs de paranoïa
Des infusions de médisance
Des philtres de repli sur soi
Des distillats de décadence

Quelques décoctions de rumeurs
et des élixirs de panique
Des soupes de brunes humeurs
Des potions hydro-alcooliques

A trop se tousser dans la bouche
Les gens tombèrent comme des mouches
Même le sorcier pas malin

C’est ainsi que le pangolin
Grand-remplaça le genre humain

(Gaëlliques contagieuses – 14 mars)

La femme, plutôt jeune, avait des yeux rouges en amande et de longs cheveux verts tombaient en cascade sur ses épaules minces, ce qui aurait pu lui valoir de se retrouver dans un dessin de Philippe Caza ou les pages d’une bédé d’Enki Bilal. Elle descendit d’un taxi qui lévitait au bord du toit de l’immeuble.Avec une telle apparence, difficile d’échapper aux agents d’Interpâle. En à peine une seconde, les cheveux de la changeuse virèrent au blanc et ses iris prirent en un battement de cils une teinte grise moins voyante. Elle ressemblait maintenant à la majorité de la population.

(Gaëlliques dessinées – 15 mars)

Partout l’eau sourdait de la terre en fines gouttelettes, jaillissait des rivières, des lacs, des océans, pour former une légère bruine qui se transformait bientôt en gouttes épaisses, qui remontaient vers le ciel en une pluie drue pour former d’énormes nuages noirs aux volutes déchiquetées qu’un vent violent soufflait vers l’horizon. De mémoire de poisson on n’avait jamais vu ça,

(Gaëlliques pluvieuses – 16 mars)

Vivement l’automne
Pour que les brocolis ronronnent
Que les petits pois carillonnent
Que les pommes de terre chantonnent
Que les potirons barytonnent
Que les navets résonnent
Que les radis bourdonnent
Que les tomates s’époumonent
Que les haricots nasillonnent
Et que les carottes fredonnent
Pour que les cuistots marmitonnent

(Gaëlliques potagères – 17 mars)



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