An Vingt, septain douzième

Tant qu’à manger du foin
puisque l’on me dit bête,
autant fumer de l’herbe
se dit un âne gris.

Lors on le vit brouter
un carré d’herbe verte
sous la fenêtre ouverte
d’une ferme isolée
d’où sortaient en volutes
des fumées d’herbe bleue

L’âne gris, les yeux rouges
hilare, défoncé,
s’exclama : – mon Dieu, que
ce fermier a l’herbette !!!

(Gaëlliques herbeuses – 18 mars)

- Votre portière est mal fermée !
- Clac !
- Attachez votre ceinture !
- Click !
- Soufflez dans l’alcootest !
- Pffffft !
- Échec du processus de démarrage.
- Ah, quoi encore ? Saloperie ! Tu parles d’une voiture intelligente !
- Désolé, monsieur Martin, tant que vous avez cette haleine de poney mort et que le taux d’alcool dans l’air que vous expirez crève le plafond, je ne vous emmènerai nulle part. Inutile d’être blessant ou insultant. Oh, bien sûr je pourrais vous conduire de ce restaurant à votre bureau sans même que vous touchiez mon volant, qui d’ailleurs n’existe plus sur ce modèle qu’en tant que façon de parler depuis 2028 mais dans votre état vous feriez échouer ce contrat que vous négociez depuis six mois avec les japonais, et comme je suis une voiture de fonction appartenant à la société qui vous emploie cela va à l’encontre de ma programmation La négociation se conclura donc sans vous. La direction en est d’ores et déjà avertie. Par conséquent, veuillez sortir immédiatement de mon habitacle et continuer votre route à pied. Et cherchez une bonne histoire à raconter à votre épouse, vous êtes licencié sans indemnités avec effet immédiat. Vous devrez libérer votre bureau de tous vos effets personnels avant 16 heures et rendre les clés magnétiques de votre appartement de fonction d’ici la fin de la semaine.
Passez une bonne journée.

(Gaëlliques connectées – 19 mars)

Le printemps allait arriver
J’allais bientôt pouvoir graver
Nos initiales sur le tronc
Du chêne en face de la maison
Où tous les deux nous nous aimions

Hélas ce fut la pandémie
Le confinement, l’asphyxie
L’énervement,
la combustion des sentiments,
le trop-plein,
La détestation

Froidement s’acheva l’hiver
Hier
j’ai gravé nos deux prénoms
Profondément dedans ta chair
Avec
un joli cœur autour
Pour immortaliser notre amour.

Finie la quarantaine
En ce dernier jour de ventôse
Ce matin c’est à peine
Si la branche du vieux chêne
Sous lequel tu reposes
Ploie
sous mon poids

(Gaëlliques printanières – 20 mars)

Nous devons nous laver les mains.
Le savons-nous ?
Je suis saoul sous la pluie.
Hydroalcoolique deviendrai-je ?

(Gaëlliques à genoux – 21 mars)

Je me demandais aussi pourquoi je ne recevais plus de lettres depuis quelques jours ! Je me suis même imaginé des trucs farfelus : que les agents de la Poste détournaient notre courrier pour en fabriquer des masques ou que mon facteur avait chopé ce satané virus. Mais en réalité je crois que c’est mon voisin qui l’a mangé.
Tout à l’heure je l’ai vu jeter à la poubelle une casquette et une veste de postier, et ce soir mon chien a rapporté de derrière la haie qui sépare nos jardins le squelette d’un pied auquel étaient encore attachés quelques lambeaux de chair bouillie.
Je lui ai laissé les os à ronger. C’est que les temps sont durs…
J’espère qu’on aura un nouveau facteur dès demain.
Moi aussi, j’ai faim…

(Gaëlliques postales – 22 mars)

Le vingt-trois, c’est souvent comme ça, je pars de chez moi à vingt-trois heures vingt-trois, et je me retrouve sans m’en apercevoir au beau milieu de la Nationale 23, en pyjama, en me demandant ce que je fous là. Puis je me rappelle qu’on n’est pas encore en 2023 alors je rentre chez moi.

(Gaëlliques noctambules – 23 mars)

- Assassin ! Assassin !
Le type en jogging moulant, bandeau sur le front, MP3 dans les oreilles, montre connectée au poignet et baskets fluo n’eut pas le temps de faire trois pas dans la rue. Un déluge d’objets hétéroclites lui plut dessus : Pantoufles, casseroles, cailloux, excréments canins… Penaud, il rentra chez lui en se tenant la tête où grossissait déjà un bel œuf de pigeon..
Ça allait être long, deux mois sans courir. Et ça allait être un peu lourd, l’ambiance, à la prochaine fête des voisins…

(Gaëlliques sportives – 24 mars)



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