An vingt, Dix-neuvième septain

Comme elle se prénommait
Prudence
Elle appela sa fille
Sûreté.
Parce qu’on ne sait jamais…

(Gaëlliques prénominales – 6 mai)

Mai où sont donc passés les gens ?
Mai pourquoi tous ces masques inquiets ?
Mai quand reviendra le bon vieux temps ?
Mai mes vers non plus n’ont-ils pas pied ?
Mai en verra-t-on bientôt la fin ?
Mai vivement le mois de juin

Qu’on en fume un…

(Gaëlliques monstruelles – 7 mai)

Pourquoi appelle-t-on ces étranges créatures des fripons ? se demandait mémé en regardant le bébé suçoter son dentier. Après tout, c’est moi qui suis fripée !

(Gaëlliques sansâgénaires – 8 mai)

Virevoltant et pirouettant avec élégance sous les plaintes langoureuses d’un saxo qui s’échappaient d’une fenêtre entrouverte, une bombe de peinture au bout de chacun de ses longs bras graciles, le grapheur recouvrait les pavés de jaunes et d’ors, reproduisant fidèlement sur toute la surface de la rue piétonne les tournesols qu’avait peints Van Gogh cent trente ans plus tôt. Quand les flics vinrent le plaquer au sol pour lui passer les menottes, l’aspergeant copieusement au passage de gaz lacrymogènes, ces mêmes flics sur lesquels, dès le lendemain, on jetterait ces mêmes fleurs au cours de la manif, la peinture était déjà sèche.

(Gaëlliques florales – 9 mai)

Je me souviens des mots que me disait mon père :
« Tu veux être accepté, respecté par tes pairs ? Fais-leur donc soupçonner une plus grosse paire… »

(Gaëlliques hors pair – 10 mai)

Enfin, je fais ce qui me plaît,
Se dit l’humain déconfiné
L’homo-hydro-alcoolisé,
Dès le matin du onze mai.
Ça fait longtemps que j’en rêvais.
Tiens, aujourd’hui, moi, je voudrais
Aller dans un endroit bondé
Où les gens vont pour consommer
Comme un étroit supermarché,
Le petit ciné du quartier
Ou bien un bus inter-cités
A la foule me mélanger
Puis d’un seul coup me démasquer,
Sans filtre et sans gants me montrer
Sur tous ces rats postillonner
Et puis tousser,
Baver,
Cracher
Pour finir par éternuer
Désabusé, désinhibé
Dans le coude, à moi étranger,
D’un con fini désinfecté
Afin de savoir ou en est
Vraiment rendue l’humanité
Sous sa couronne d’immunité,

Mais je crois plutôt que je vais
Rentrer et puis me recoucher

(Gaëlliques virales – 11 mai)

- Votre mission, si vous l’acceptez, sera de rapufler les mistouris avec un labouve.
Quand je reçus de l’Etat-major ce message incompréhensible, codé en néo-novlangue argotique, je me fis la réflexion que je n’étais plus de la première jeunesse. Lors de ma dernière mission on m’avait fait ratisser des carottes sur Mars, ce qui signifiait simplement aller éliminer un narcotrafiquant au Caire. Allez savoir où ils vont chercher leurs expressions, au Ministère. Et pourquoi ils se compliquent tant la vie, des fois…
Devant ce nouveau casse-tête linguistique, je dus même reconnaître – à défaut de l’avouer à mes supérieurs, à qui j’arrivais encore à donner le change – que j’étais quelque peu dépassé, avec mon franglais so old-school et mon verlan de titi parisien face à leurs expressions post-futuristes tellement hypes.
Déjà que ma condition physique me mettait hors-jeu pour la plupart des opérations risquées, si je n’arrivais même plus à déchiffrer les ordres de missions codés envoyés par mes chefs, la pension de retraite – pardon, l’Ehpad – pour espions en fin de vie, ou du moins en fin de carrière, allait sans doute très vite compter dans ses honorables murs un pensionnaire de plus, en ma modeste personne.
Mais pour différer l’inéluctable, je devais déjà décrypter ce maudit charabia et me sortir avantageusement de cette mission. De préférence sans réveiller ma sciatique !

(Gaëlliques et services secrets – 12 mai)



An Vingt, septain dix-huitième

Méchant virus oblige, les restaurants du précambrien affichaient sur leur devanture :
Menu du jour : mets théoriques.
Dernier repas avant extinction
Ce soir on broute au sort.

(Gaëlliques antédiluviennes – 29 avil)

En avril s’il te restait du fil
En mai tu seras masqué
Pour peau de bal

(Gaëlliques couturières – 30 avril)

En ce moment quand je dis que les derniers à m’avoir vu bosser ne sont pas jeunes, eh ben c’est pas une blague de Coluche !

(Gaëlliques pluricentenaires – 1er mai)

Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais revu la fille à qui j’avais offert en cadeau de fiançailles un pied d’Arum Titan sur le point d’éclore.

(Gaëlliques florales – 2 mai)

Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur automatique de Dieu. Je ne suis pas là pour le moment et ne peux vous répondre dans l’immédiat.
Pour vérifier votre éligibilité à cette pandémie, tapez 1
Pour savoir si vous êtes susceptible d’y survivre, tapez 2.
Pour un résumé des règles de distanciation sociale à transgresser, tapez 3.
Pour un rappel des gestes barrière à négliger, tapez 4.
Pour obtenir votre température spirituelle, tapez 5
Pour trouver les différents points de non-vente de masques, tapez 6.
Pour connaître la couleur de votre département, tapez 7
Pour avoir une estimation de la date de votre déconfinement, tapez 8
Pour vérifier le nombre de places disponibles au paradis, tapez 9
Pour obtenir un conseiller, appuyez sur la touche Diable.
Merci de bien vouloir patienter ou réessayez d’appeler ultérieurement.
(6,66€ la minute + coût de l’appel)
Bonjour, vous êtes bien sur le…

(Gaëlliques divines – 3 mai)

- Bonjour, je suis Saint-Pierre, votre ange-gardien, Dieu étant confiné sur Son nuage, Il n’effectue plus qu’un service restreint, en télétravail, et m’a demandé de vous accueillir et de m’occuper du dispatch. Veuillez me présenter vos attestations dérogatoires dûment datées, remplies et signées. Je sais, madame, en bas, on vous a dit que vous pouviez faire votre jogging sans risque. Eh bien, on vous a menti, je n’y suis pour rien. De toute façon les responsables seront bientôt là. Quand ça ? Oh, ici, la notion du temps, vous savez… Suffisamment tôt. Très vite, si j’en juge par le poids de leur karma !
Pas de bousculade, il y a assez de place pour tout le monde.
Oui, monsieur, vous pouvez enlever votre masque, maintenant vous n’en avez plus besoin et en plus vous le portiez mal, ce qui explique votre présence parmi nous.,. et oui, on peut désormais s’asseoir à proximité de ses petits camarades. Oui, vous pouvez tousser aussi, vous êtes tous déjà morts. Fallait y penser avant ! Je vais procéder à une prise de température. Si vous avez plus de 39, vous serez placé en quarantaine pour éviter toute contagion. Il ne faudrait pas que nos autres pensionnaires attrapent une angine. Oui, je fais de l’humour si je veux.
Bon, je commence. Vous êtes ici parce que vous avez tous refusé l’isolement à zéro euro qui vous a été proposé par nos services et ..
- Euh, excusez-moi, il doit y avoir une erreur, j’avais juste demandé à Lui parler au téléphone !
- En conduisant, monsieur, en conduisant…

(Gaëlliques divines, suite – 4 mai)

 

On aurait voulu s’appeler le club des 5, rapport à ces bouquins dont Jean-Mi avait toujours un exemplaire dans son cartable, qu’il lisait entre deux cours. Sauf que, du coup, ça aurait manqué d’originalité. Et qu’en plus; on était sept, moi y compris.
Jean-Mi était l’intello de la bande, premier de la classe et fort en tout sauf en sport. Contre quelques euros, il faisait les devoirs des autres, en rajoutant quelques fautes pour éviter que ça se voie trop.
Hippo avait toujours dans son cartable une trousse de premiers secours. En vrai il s’appelait Olivier, mais comme il était hypocondriaque, les autres lui avaient trouvé ce surnom qui lui collait à la peau comme un des sparadraps que sa mère, infirmière à l’hosto, appliquait sur ses boutons d’acné le matin et qu’il arrachait rageusement juste avant d’arriver au collège.
Nono, une tronche en maths, faisait office de comptable de la bande et gardait notre maigre trésor, quelques gâteaux, des billes et des BD piquées à une bande rivale, qu’on avait mis en commun et qu’il planquait dans une boîte en fer enterrée derrière l’église. Il disait à qui voulait l’entendre qu’un jour, quand le trésor aurait beaucoup grossi, il serait élu maire de la ville.
Y avait aussi Chris, le castagneur, toujours prompt à déclencher les bagarres à la récré, et à accuser l’autre d’avoir commencé quand le pion venait les séparer.
Manu était notre chef. C’était le chouchou de sa prof de français. Faut dire qu’il faisait sans arrêt le fayot. Du coup, elle lui mettait toujours des bonnes notes. Dès qu’on se retrouvait dans le terrain vague derrière le lotissement, il mettait son masque de Zorro et inventait des scénarios dans lesquels on était toujours les gentils et où on sauvait le monde des méchants. Il nous donnait plein d’ordres et il fallait qu’on lui obéisse sans discuter sous peine de ne plus faire partie de la bande.
D’ailleurs , au début, y avait une fille avec nous, mais elle était si bête que les garçons n’ont pas voulu qu’elle reste.
Y avait aussi Doudou, un grand échalas que les autres appelaient comme ça parce qu’il se promenait toujours avec son doudou, un vieil ours en peluche mal en point qui laissait chaque jour échapper un peu plus de son rembourrage en coton par un accroc sur sa joue. Lui aussi aurait voulu être chef, mais face à Manu, il ne la ramenait pas trop.
Enfin, y avait moi, qui les rejoignais dès leur sortie des cours. J’étais en quelque sorte leur mascotte, un grand berger allemand efflanqué mais fidèle qu’ils avaient surnommé Didier, après avoir vu un film débile où un chien se transformait en homme. J’étais là pour poursuivre les membres des bandes rivales et leur mordre les mollets, ce que je m’appliquais à faire de mon mieux, sachant que mon zèle serait récompensé d’un gâteau et d’une caresse sur l’échine.
Mais il y a quelques jours, ils ont attrapé une mauvaise grippe et leurs parents les ont gardés à la maison. Sans mes petits maîtres, je me suis mis à errer au hasard des rues et, désœuvré, j’ai essayé de choper les jarrets du premier humain que je croisai, pensant que ça les ferait revenir, et avec eux les récompenses habituelles. En vain. On m’a poursuivi, capturé et mis dans une cage étroite et malodorante. Bien sûr, on me nourrit, mais ce matin, je suis particulièrement inquiet. Je n’aime pas du tout l’odeur de cet humain qui s’approche doucement de moi avec une voix faussement rassurante et un cylindre terminé par une longue aiguille dans la main. Je lui montre les crocs en grognant mais ça n’a pas l’air de l’impressionner, lui.
Hé, les copains, j’ai besoin de vous, là.
Vous êtes oùùùùùù ?

(Gaëlliques en bande organisée – 5 mai)



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