Reflets d’outre-mort

Depuis l’incident, le monde de Jo est divisé en deux catégories.

Ses congénères zombies, dont il évite le contact, faute de conversation intéressante. Leur principal sujet de préoccupation est de manger ou d’arracher son morceau de chair à un autre zombie en plein repas.

Les vivants, qui se divisent en 2 parties, chasseur et gibier,  dont la frontière n’est pas très nette et peut évoluer rapidement. Un vivant peut passer instantanément de l’une à l’autre, sans prévenir. Mais les deux ont le même goût, peut-être un peu plus relevé pour l’une des deux catégories, celle qui court mais qui a peur.

Le gibier suinte la peur à des kilomètres. Les animaux ont presque entièrement disparu, tandis que le gibier humain est de moins en moins nombreux à mesure qu’il se fait attraper par Jo ou un de ses congénères. Dans ce cas, le malheureux humain peut alors à son tour évoluer en deux sous-groupes : finir vraiment mort et dévoré, ou devenir à son tour un zombie. Tout dépend dans ce cas de ce qui reste du malheureux et de sa cervelle. Le gibier est en général facile à attraper, chacun des individus le composant se détachant tour à tour de la sécurité que leur apporte le nombre. Il suffit d’être patient.

Le chasseur quant à lui est à fuir absolument. Souvent se déplaçant en bandes, mais pratiquement exempts de peur, ces vivants traquent Jo et ses semblables mais fichent aussi la trouille au gibier, semant une confusion monstre. Ils sont capables de vous décapiter d’un coup de sabre, d’exploser le reste du contenu de votre boîte crânienne d’un coup de fusil, expédiant ce qui restait de votre âme, de l’essence de votre être, contenu dans le peu de matière cervicale que vous aviez sauvé jusque là, sur tous les murs des environs. Pour résumer, armé  et en bande le vivant est le chasseur, désarmé et seul, il est le gibier.

Jo se considère comme le seul membre d’une troisième catégorie à la frontière entre les autres : Lui-même.

Et puis, plus fort que tout, omniprésent, il y a ce besoin viscéral qui lui fait perdre toute lucidité, oublier tout le reste : LA FAIM.

D’ailleurs Jo en est là de sa réflexion qu’il se retrouve devant un spécimen de vivant lui aussi à cheval entre les genres. Il se rassure faussement derrière une batte de base-ball, mais il sue la peur. Et il est seul. Erreur.

Il est grand temps de passer à table…



Lectures

Quand le sang ne circule plus, les nuits sont fraîches, se dit Jo, en jetant du combustible dans le feu afin de le raviver. Il a trouvé refuge pour la nuit dans une vieille bibliothèque désaffectée inoccupée depuis longtemps. Quand il pénètre au centre de l‘énorme bâtiment encore garni d’immenses rayonnages de livres, meurt pourtant un petit feu de braises, preuve d’un récent passage de vivants. Chouette, si ça se trouve, c’est le gibier qui reviendra à lui. Quant à ses congénères, ils doivent être en chasse, il se pourrait qu’il en croise quelques-uns pendant la nuit. Mais pour l’instant il n’a pas faim. Il veut juste se protéger de ce froid qui l’envahit un peu plus chaque nuit depuis l’incident.

Sur l’âtre renaissant, il jette un par un de gros livres, aux couvertures ornées de symboles et de dessins qu’il ne comprend pas. Qu’il ne comprend plus. Il se revoit en train de manipuler ces objets, dans son autre vie, y trouver du plaisir. Il les ouvre et scrute intensément tous les minuscules caractères des pages du livre, comme dans ses souvenirs, sans pouvoir deviner le moindre usage, donner la moindre signification à ces gestes. Sans plus aucun sentiment.

Il se fournit dans le rayon fantastique. Shining, Ravage, 1984, La nuit des temps, Joyland, Sutures, Les Contes du Grand Veneur, les titres défilent dans ses mains, vides de sens, et vont rejoindre le brasier qui grossit, l’emplissant d’une douce chaleur. De temps en temps il en ouvre un au hasard, mais échoue à déchiffrer les idéogrammes tracés sur le papier. On s’occupe comme on peut en attendant la faim. Il essaye même d’en mâchouiller quelques pages mais l’opération s’avère sans aucun intérêt.

Il marque un temps d’arrêt sur Farenheit 451, en voyant les flammes peintes sur la couverture, puis finit par le jeter aussi dans les flammes, ainsi qu’un roman nommé Frankenstein dans son édition ancienne et un épais volume du Trône de fer.

Les nuits sont froides dans la mort.

Un bruit métallique, le son étouffé d’une voix dans le couloir de la bibliothèque. C’est certainement son prochain repas, qui vient se livrer à domicile. Ça tombe bien, sa faim revient. Infemmes et sangsuelles et Le démon des morts rejoignent le brasier et Jo s’avance dans la pénombre à la rencontre de son visiteur.

C’est que la culture, cela ne nourrit pas son homme.



Coquetterie

A travers la vitrine du grand magasin, Jo observe son reflet dans le grand miroir dressé derrière les mannequins de plastique. Une parcelle d’intelligence en lui a reconnu le lui de sa vie d’avant. Le beau gosse de la fac. Une silhouette  crasseuse, ensanglantée, morcelée vient bien vite se substituer à cette vision, la silhouette du lui de maintenant. Il grogne en regardant ce front couturé de cicatrices, ces lambeaux de peau manquants à certains endroits de son visage, ce gros trou dans sa tempe par où fuit inexorablement l’intelligence et la lucidité qui lui restent, cette absence de nez, cette joue crevée dont un pan, racorni, pend encore sur son menton, ces cheveux brûlés par endroits,  collés en plaque à sa peau parcheminée. Toujours à travers le miroir, il s’attarde sur ses bras nus, osseux, examine muscles desséchés et tendons saillants, ce trou à la place d’un de ses biceps, en forme de mâchoire humaine, qu’il s’est auto-infligé un jour de grosse fringale. Il ne s’en souvient pas. Il a peu conscience de ce qu’il est, encore moins de ce qu’il était avant, à part lors de rapides et intenses flashes, comme à cet instant précis, devant le magasin. Mais ça ne dure jamais très longtemps et ne perturbe pas son occupation quotidienne : trouver à manger. Ces mains osseuses auxquelles il manque plusieurs phalanges, mais qui ont un jour, il s’en souvient, adroitement couru sur un de ces étranges meubles aux dents blanches et noires dont il ne se rappelle désormais ni le nom ni le son. Maintenant, ses ongles longs, ébréchés, terreux sont de dangereux rasoirs et de véritables nids à maladies mortelles. L’avantage, c’est qu’il a arrêté de se les ronger. Dans le miroir, il distingue enfin son ventre et comprend pourquoi il a toujours aussi faim, étant donné la largeur du trou duquel s’échappent quelques vers paresseux ainsi qu’un  bout d’intestin qui pend jusqu’à ses genoux. Jo s’efforce de l’y remettre, se tortillant comme pour réajuster les pans d’une chemise imaginaire dans son pantalon, avec l’air aussi gêné que si sa braguette était ouverte. D’ailleurs, celle-ci l’est mais ne dévoile depuis bien longtemps plus aucune intimité. Le reste du pantalon et les muscles de ses jambes sont complètement lacérés. Des lambeaux de tissu et de chair séchée pendent autour de lui en ribambelles brunâtres, virevoltant élégamment à chacun de ses mouvements.

Mu par un soudain réflexe, Jo pénètre dans le magasin pas la vitrine brisée, s’entaillant un peu plus les jambes. Est-ce un autre réflexe incontrôlé qui lui fait saisir un des simulacres de plastique, puis un autre, et leur arracher tour à tour la tête et les quatre membres, étonné lui-même de tant de facilité ?

Près de quatre heures plus tard, Jo ressort du magasin. On aurait du mal à le reconnaître. Il porte, devant derrière,  un pantalon de jogging enfilé par dessus l’ancien, dérobé à un des mannequins et un bustier serré à la taille volé à un autre, qui lui donne une silhouette vaguement féminine. Il a mis plus d’une heure à les enfiler, sans aucun souvenir de la marche à suivre. Et autant à boutonner le bustier, pour protéger sa cavité abdominale des évasions impromptues. Mais comme il a boutonné lundi avec mardi et jeudi avec samedi, des bouts d’intestins se font déjà la malle par les ouvertures. Et une déchirure dans la jambe du jogging, qui n’a pas résisté aux dents coupantes de la vitrine brisée, laisse de nouveau pendouiller les guirlandes de cuir le long de ses jambes. Ainsi vêtu, il pourrait lancer la mode « banlieue-chic-freak ».

Mais le summum du look, c’est le large chapeau de paille surmonté d’une grosse fleur de tissu rose dont il s’est affublé pour cacher son crâne défoncé et qui le classe désormais dans la catégorie « freak improbable ».

Il jette un dernier coup d’œil dans le miroir avant de repartir et d’oublier définitivement toute coquetterie pour aller assouvir sa faim naissante, ruinant du même coup son tout nouveau costume.

Après tout, il est encore pas mal…



Vibrations

Dissimulé derrière une poubelle, Jo termine son repas : Un avant-bras osseux qu’il arrache d’une torsion au coude auquel il était naturellement attaché, celui d’une ado maigrichonne au seuil du permis de conduire.

Il ne fait pas attention tout de suite à la vibration qui anime sa maigre pitance. Ce n’est qu’en voulant « nettoyer » les doigts qu’il découvre entre eux un objet rectangulaire aux bords arrondis, lisse et brillant. Un instant, il joue avec son propre reflet, sur la surface polie de la chose, qui se remet à vibrer. Effrayé comme seuls peuvent l’être en pareil cas un mort-vivant ou un pithécanthrope égaré dans notre siècle, mais ne se reconnaissant dans aucune des deux catégories, il jette le bras sur le trottoir. Le tâte du bout du pied et finit par le ramasser. La vibration étrange a cessé.

Il tente de séparer l’objet de son casse-croûte mais les doigts, crispés dessus par la mort, lui font une solide cage. Il en brise deux et les grignote rêveusement tout en examinant le curieux artefact, qui diffuse maintenant une étrange lumière. Jo garde froid le peu de sang qui reste encore dans les veines sténosées et appuie sur le pouce. La lumière change. Il effectue ce geste plusieurs fois, fasciné, et obtient le même résultat, faisant apparaître d’autres images en deux dimensions, photographies qui ne lui évoquent rien.

Alors qu’il bataille à désarticuler le pouce, l’objet vibre à nouveau. Jo arrête son geste. Appuie sur l’objet. Une voix s’en échappe, sans provoquer aucune réaction chez le zombie, toujours affairé à sa tâche, et qui en a oublié tout le reste.

- Cindy ? Cindy, c’est Maman. Réponds-moi, chérie, je suis inquiète, avec tout ce qui se passe, il fait nuit et…

- Craaac !

- Aaaah ! Cindy, c’était quoi ce bruit ? Réponds à maman, chérie…

Les tendons du pouce ont enfin cédé, libérant le mystérieux objet qui continue d’émettre une voix féminine angoissée, à laquelle Jo répond de temps en temps par une onomatopée que la mère de Cindy, au bord de la crise de nerfs, traduit tantôt par un oui, tantôt par un non mais qui n’est en réalité n’est que le grognement de satisfaction d’un zombie en cours de réplétion.

Jo a fini son repas. Il a sucé les os jusqu’à la moelle. Les larmes au téléphone se sont diluées dans le brouhaha de la cité. Reprenant son errance, il ramasse machinalement l’appareil et joue à appuyer dessus, tête baissée, les yeux rivés sur l’écran. Cette position est assez inconfortable,  et il percute souvent poteaux, murs et poubelles mais de temps en temps une nouvelle voix sort du smartphone, qu’il porte à son oreille pour écouter ce murmure dont il ne comprend désormais plus un mot mais qui l’apaise inexplicablement.

Et Jo remarque que tous les vivants qu’il croise sur sa route ont un pareil objet et continuellement les yeux rivés dessus. Stupéfait comme peut l’être un zombie, il découvre qu’alors, aucun ne fait plus attention à lui. Le cou ainsi tordu ou l’objet collé contre son oreille, il est totalement invisible à leurs yeux, même au milieu d’une foule.

La prochaine chasse sera plus facile. Tant qu’il reste de la batterie…



Crise de foi

Agenouillé devant l’autel, les mains jointes devant lui, Jo est en adoration, tourné vers la grande croix de bois sur laquelle un homme expie pour l’éternité les péchés des crédules passés, présents et à venir. Les vitraux éclairés par le soleil couchant nimbent l’endroit d’une lueur surnaturelle. Aurait-il trouvé la foi ? De son vivant il n’a jamais été bien croyant. Et vu le peu de cervelle qui lui reste… Ici, maintenant, Jo se sent désormais comme ce Jésus, adulé puis pourchassé. En vérité il parvient surtout à se souvenir de la période où il est pourchassé, et encore celle-ci ne s’étend-elle plus que sur vingt-quatre heures en arrière, tout au plus.

Et puis avec sa peau qui s’est tannée depuis l’évènement, les nombreuses nuits passées dehors dans le froid, sous la pluie, les multiples cicatrices qu’il a au front (et ailleurs) les trous dans ses mains, son flanc, ses pieds (mais aussi ses biceps, genoux, mollets, joue, boîte crânienne), Jo se trouve des ressemblances avec la statue qui tend les bras là-haut sur sa croix, promettant son sang et son corps. « Le corps du Christ ». L’expression le tire de sa rêverie et le ramène à des considérations bien plus terre-à-terre.

Agenouillé devant l’autel, en adoration devant un gros morceau de foie sanguinolent, Jo se remet à manger religieusement, sous le regard muet du supplicié cloué au-dessus de lui, les savoureuses parties du corps du bedonnant bedeau venu changer les fleurs pour la messe du lendemain.



Nuit d’ivresse

Jo sait qu’il ne devrait pas égorger ce clochard titubant qui retourne à son foyer de sans-abris en se tenant aux murs et en insultant le ciel et sa mère. Mais il a tellement faim.  C’est plus fort que lui. Le vieux ne crie même pas. Jo plonge ses ongles tranchants dans les carotides, aveuglé par le jaillissement pourpre, arrache des lambeaux de chair de la dépouille qui tiédit déjà, boit longuement, voluptueusement, le sang du vieillard à même sa gorge crasseuse. La tête lui tourne. Le voilà ivre-mort. Ivre-mort-vivant ! Deux neurones encore connectés dans le peu qui lui reste de cervelle trouvent le jeu de mots plaisant. Soudain son corps toujours agrippé à sa victime s’agite de soubresauts. Le voilà mort-vivant de rire, maintenant !

Jo ne parvient plus à attraper aucune proie et finit la nuit dans un caniveau, à vomir une nouvelle fois tripes et boyaux. Pas seulement les siens.

C’est décidé, il ne touchera plus jamais une goutte d’alcool.

Il s’enfonce dans le petit jour après avoir remis ses organes à peu près en place, en émettant un gémissement qui pourrait sans doute passer pour un rire aux oreilles de quelqu’un d’aussi saoul ou d’aussi mort que lui. Mais ce matin pour une fois sa démarche titubante n’effraie personne.



Manif pour tous

Un jeune homme en costume chic, le cheveu impeccablement gominé, l’air bien éduqué, descend la rue en courant vers la place où se tient le rassemblement, cramponnant une pancarte qui proclame :

Un enfant=un papa+une maman.

Alors qu’il passe à sa portée, Jo surgit de l’ombre et arrache d’un coup sec pancarte, main et bras jusqu’à l’épaule, sans un regard pour l’homme qui s’affale sans connaissance sur le trottoir, se vidant de son sang dans le caniveau, le costume même pas froissé.

Brandissant fièrement le bras qui tient encore la pancarte dont il ne comprend pas la signification, Jo se lance de son pas traînant en direction du cœur de la manif, tout en mâchant consciencieusement la viande qu’il rogne autour de la tête de l’humérus de son trophée.
Il est vite dépassé par d’autres jeunes, qui courent en riant vers la place avec d’autres pancarte et scandent des slogans qui n’ont aucun sens pour lui :

- Les pédés au bûcher ! Les…

Nul ne fait attention à lui. Comme son nom l’indique, la manif est vraiment pour tous ! Jo se mêle à la populace, profite de ce providentiel bain de foule, sans aucune crainte. Même avec le peu de matière grise qui lui reste, il sait qu’il devrait passer inaperçu, au milieu de tant de décérébrés.

 

 



Toujours prêt

De sa jeunesse chez les scouts, Jo ne se rappelle plus grand chose à présent. Surtout depuis qu’il est dans cet état. Un jour lointain, il a su faire des brelages, monter une tente en moins d’un quart d’heure, pêcher à la main et il pouvait reconnaître les traces de plus de 15 animaux sauvages. Sa chemise était ornée de nombreux écussons valorisant ses compétences dans tous ces domaines.

Maintenant, il ne sait plus rien faire de tout ça. Même pas tourner la molette d’un simple briquet pour allumer un feu. Heureusement que les braises de celui du camp rougeoient encore. Il n’a plus faim, à présent, mais il a si froid…

La seule chose qu’il n’a pas oubliée, c’est comment disposer les branches en pyramide pour que le feu prenne efficacement. Il commence à empiler de cette manière bras et jambes des scouts de la troupe au-dessus de l’âtre renaissant, tout en regardant le soleil se lever, nostalgique.

 



Rase campagne

- Qu’est-ce que c’était ? T’as senti ?

- Rien, ma caille, on a dû passer sur un nid-de-poule ! Arf !

- Rigole pas avec ça Albert, je crois bien que quelque chose s’est jeté sur le pare-brise.

- Un lièvre qui aura sauté un peu trop haut ou une branche, tombée d’un arbre au mauvais moment. En tout cas rien de sérieux, le pare-brise n’est même pas fendu !

- Ne plaisant pas avec ça, Albert. Et si c’était un être humain. Arrête-toi, il faut vérifier.

- M’arrêter ? Mais ça caille, ma caille, t’as vu où on est, là ? Et puis quel être humain normalement constitué viendrait se promener dans un  trou paumé pareil, par nuit de brouillard en plus ?

Jo regarda les phares décroître au loin. Il fit quelques mètres en titubant et ramassa son bras, arraché de l’épaule par la violence de l’impact et projeté dans le fossé. Dans le peu de cerveau que contenait encore sa boîte crânienne, l’image d’une vieille couturière au fond d’une laverie à l’ancienne scintilla un bref moment et s’éteignit, aussitôt remplacée par une obsession familière :
Manger.

Et arrêter l’auto-stop. Définitivement.

Son bras sous le bras, il se remit en quête de nourriture.



Devoir de citoyen

Jo est repu. Aujourd’hui c’est dimanche et il s’est posté toute la matinée dans la petite rue menant à l’école où la plupart des petits vieux du village sont consciencieusement venus voter, dès l’aube. Il a fait bombance.
C’est qu’il a un faible pour la cervelle de mouton.



Haut les mains !

- Haut les mains, crie le cambrioleur en entrant, arme au poing, dans la petite banque où Jo est venu déjeuner.

Seul ce dernier, de dos, obtempère.

- Plus haut ! Je veux voir tes mains.

Mais Jo, du fait de sa particularité, ne peut pas les lever plus haut que les épaules. Alors, il se retourne lentement, livrant au regard du criminel qui pâlit sous sa cagoule une vue de l’intérieur de la banque. Pas étonnant que ni les clients ni le guichetier n’aient levé les mains à son arrivée. Tout ce sang sur les murs et les grandes baies vitrées… Ces organes éparpillés entre les meubles en macabres guirlandes… Tous ces corps démembrés, dévorés pour certains… Son estomac se révulse et il vomit dans son couvre-chef en lycra. Revenant à lui, le malfrat voit alors, mais bien trop tard, les mains de Jo tendues vers lui, le sang encore frais qui couvre son menton et ses yeux éteints mais pourtant rivés sur le fond de son âme. Saisissant le cou de l’infortuné voleur, il lui enfonce dix doigts terreux aux ongles cassés dans la gorge et serre, ignorant le râle d’asphyxie du mourant.Quand le corps n’est plus qu’une loque entre ses doigts, il se remet à manger.

Après ce copieux repas, il lui reste quand même encore une petite place.



Prendre la mouche

Des innombrables larves grouillant dans l’abdomen putréfié de Jo le mort-vivant, qui en sème une partie sur son passage, naissent des dizaines, des centaines de mouches qui s’élèvent dans l’air et le suivent en tourbillonnant dans un nuage vrombissant de plus en dense.

Lui-même pourchasse un vivant terrorisé qui s’enfuit comme une mouche, en pensant, la peur au ventre, à celles qu’il enfantera à son tour si Jo l’attrape. 

La proie oblique à gauche, Jo, l’estomac vide, sur les talons.

L’homme réalise trop tard que sa vie est une impasse.

La rue aussi.

Et la boucle est bouclée, et la mouche est mangée.



Inspiration ? Expiration.

La vie d’écrivain est parfois bien cruelle. Vous baissez le nez à peine quelques minutes pour cramponner papier et stylo et noter une idée géniale avant qu’elle ne s’envole. Quand vous relevez la tête, votre femme et vos enfants vous ont quitté.
Et la voiture est bonne pour la casse.



Du cinéma

- Papa, ça existe, les morts-vivants ?

- Seulement dans les films, mon grand. C’est du cinéma.

L’enfant quitta brièvement le jardin des yeux pour considérer son père d’un air grave, puis son regard replongea à travers le carreau embué.

- Alors tu peux me dire dans quel film il a joué, papi Jo ? Parce qu’il est dans le jardin.



Harcèlement scolaire

- Ton blouson, ou je t’arrache la tête !

Mais le caïd n’entend pas la réponse. D’une part parce que sa victime, dans un hurlement aigu, s’est  relevée  pour fuir de  toute la vitesse que lui permettent ses petites jambes et disparaître au coin de la ruelle plongée dans l’obscurité.

D’autre part parce que nul son ne pénètre plus par les oreilles du jeune tortionnaire dont la tête, brutalement arrachée du cou dans un craquement sinistre, se balance désormais au bout du bras de Jo, le mort-vivant, surgi de l’ombre par surprise.



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