Crise de foi

Agenouillé devant l’autel, les mains jointes devant lui, Jo est en adoration, tourné vers la grande croix de bois sur laquelle un homme expie pour l’éternité les péchés des crédules passés, présents et à venir. Les vitraux éclairés par le soleil couchant nimbent l’endroit d’une lueur surnaturelle. Aurait-il trouvé la foi ? De son vivant il n’a jamais été bien croyant. Et vu le peu de cervelle qui lui reste… Ici, maintenant, Jo se sent désormais comme ce Jésus, adulé puis pourchassé. En vérité il parvient surtout à se souvenir de la période où il est pourchassé, et encore celle-ci ne s’étend-elle plus que sur vingt-quatre heures en arrière, tout au plus.

Et puis avec sa peau qui s’est tannée depuis l’évènement, les nombreuses nuits passées dehors dans le froid, sous la pluie, les multiples cicatrices qu’il a au front (et ailleurs) les trous dans ses mains, son flanc, ses pieds (mais aussi ses biceps, genoux, mollets, joue, boîte crânienne), Jo se trouve des ressemblances avec la statue qui tend les bras là-haut sur sa croix, promettant son sang et son corps. « Le corps du Christ ». L’expression le tire de sa rêverie et le ramène à des considérations bien plus terre-à-terre.

Agenouillé devant l’autel, en adoration devant un gros morceau de foie sanguinolent, Jo se remet à manger religieusement, sous le regard muet du supplicié cloué au-dessus de lui, les savoureuses parties du corps du bedonnant bedeau venu changer les fleurs pour la messe du lendemain.



Nuit d’ivresse

Jo sait qu’il ne devrait pas égorger ce clochard titubant qui retourne à son foyer de sans-abris en se tenant aux murs et en insultant le ciel et sa mère. Mais il a tellement faim.  C’est plus fort que lui. Le vieux ne crie même pas. Jo plonge ses ongles tranchants dans les carotides, aveuglé par le jaillissement pourpre, arrache des lambeaux de chair de la dépouille qui tiédit déjà, boit longuement, voluptueusement, le sang du vieillard à même sa gorge crasseuse. La tête lui tourne. Le voilà ivre-mort. Ivre-mort-vivant ! Deux neurones encore connectés dans le peu qui lui reste de cervelle trouvent le jeu de mots plaisant. Soudain son corps toujours agrippé à sa victime s’agite de soubresauts. Le voilà mort-vivant de rire, maintenant !

Jo ne parvient plus à attraper aucune proie et finit la nuit dans un caniveau, à vomir une nouvelle fois tripes et boyaux. Pas seulement les siens.

C’est décidé, il ne touchera plus jamais une goutte d’alcool.

Il s’enfonce dans le petit jour après avoir remis ses organes à peu près en place, en émettant un gémissement qui pourrait sans doute passer pour un rire aux oreilles de quelqu’un d’aussi saoul ou d’aussi mort que lui. Mais ce matin pour une fois sa démarche titubante n’effraie personne.



Manif pour tous

Un jeune homme en costume chic, le cheveu impeccablement gominé, l’air bien éduqué, descend la rue en courant vers la place où se tient le rassemblement, cramponnant une pancarte qui proclame :

Un enfant=un papa+une maman.

Alors qu’il passe à sa portée, Jo surgit de l’ombre et arrache d’un coup sec pancarte, main et bras jusqu’à l’épaule, sans un regard pour l’homme qui s’affale sans connaissance sur le trottoir, se vidant de son sang dans le caniveau, le costume même pas froissé.

Brandissant fièrement le bras qui tient encore la pancarte dont il ne comprend pas la signification, Jo se lance de son pas traînant en direction du cœur de la manif, tout en mâchant consciencieusement la viande qu’il rogne autour de la tête de l’humérus de son trophée.
Il est vite dépassé par d’autres jeunes, qui courent en riant vers la place avec d’autres pancarte et scandent des slogans qui n’ont aucun sens pour lui :

- Les pédés au bûcher ! Les…

Nul ne fait attention à lui. Comme son nom l’indique, la manif est vraiment pour tous ! Jo se mêle à la populace, profite de ce providentiel bain de foule, sans aucune crainte. Même avec le peu de matière grise qui lui reste, il sait qu’il devrait passer inaperçu, au milieu de tant de décérébrés.

 

 



Toujours prêt

De sa jeunesse chez les scouts, Jo ne se rappelle plus grand chose à présent. Surtout depuis qu’il est dans cet état. Un jour lointain, il a su faire des brelages, monter une tente en moins d’un quart d’heure, pêcher à la main et il pouvait reconnaître les traces de plus de 15 animaux sauvages. Sa chemise était ornée de nombreux écussons valorisant ses compétences dans tous ces domaines.

Maintenant, il ne sait plus rien faire de tout ça. Même pas tourner la molette d’un simple briquet pour allumer un feu. Heureusement que les braises de celui du camp rougeoient encore. Il n’a plus faim, à présent, mais il a si froid…

La seule chose qu’il n’a pas oubliée, c’est comment disposer les branches en pyramide pour que le feu prenne efficacement. Il commence à empiler de cette manière bras et jambes des scouts de la troupe au-dessus de l’âtre renaissant, tout en regardant le soleil se lever, nostalgique.

 



Rase campagne

- Qu’est-ce que c’était ? T’as senti ?

- Rien, ma caille, on a dû passer sur un nid-de-poule ! Arf !

- Rigole pas avec ça Albert, je crois bien que quelque chose s’est jeté sur le pare-brise.

- Un lièvre qui aura sauté un peu trop haut ou une branche, tombée d’un arbre au mauvais moment. En tout cas rien de sérieux, le pare-brise n’est même pas fendu !

- Ne plaisant pas avec ça, Albert. Et si c’était un être humain. Arrête-toi, il faut vérifier.

- M’arrêter ? Mais ça caille, ma caille, t’as vu où on est, là ? Et puis quel être humain normalement constitué viendrait se promener dans un  trou paumé pareil, par nuit de brouillard en plus ?

Jo regarda les phares décroître au loin. Il fit quelques mètres en titubant et ramassa son bras, arraché de l’épaule par la violence de l’impact et projeté dans le fossé. Dans le peu de cerveau que contenait encore sa boîte crânienne, l’image d’une vieille couturière au fond d’une laverie à l’ancienne scintilla un bref moment et s’éteignit, aussitôt remplacée par une obsession familière :
Manger.

Et arrêter l’auto-stop. Définitivement.

Son bras sous le bras, il se remit en quête de nourriture.



Devoir de citoyen

Jo est repu. Aujourd’hui c’est dimanche et il s’est posté toute la matinée dans la petite rue menant à l’école où la plupart des petits vieux du village sont consciencieusement venus voter, dès l’aube. Il a fait bombance.
C’est qu’il a un faible pour la cervelle de mouton.



Haut les mains !

- Haut les mains, crie le cambrioleur en entrant, arme au poing, dans la petite banque où Jo est venu déjeuner.

Seul ce dernier, de dos, obtempère.

- Plus haut ! Je veux voir tes mains.

Mais Jo, du fait de sa particularité, ne peut pas les lever plus haut que les épaules. Alors, il se retourne lentement, livrant au regard du criminel qui pâlit sous sa cagoule une vue de l’intérieur de la banque. Pas étonnant que ni les clients ni le guichetier n’aient levé les mains à son arrivée. Tout ce sang sur les murs et les grandes baies vitrées… Ces organes éparpillés entre les meubles en macabres guirlandes… Tous ces corps démembrés, dévorés pour certains… Son estomac se révulse et il vomit dans son couvre-chef en lycra. Revenant à lui, le malfrat voit alors, mais bien trop tard, les mains de Jo tendues vers lui, le sang encore frais qui couvre son menton et ses yeux éteints mais pourtant rivés sur le fond de son âme. Saisissant le cou de l’infortuné voleur, il lui enfonce dix doigts terreux aux ongles cassés dans la gorge et serre, ignorant le râle d’asphyxie du mourant.Quand le corps n’est plus qu’une loque entre ses doigts, il se remet à manger.

Après ce copieux repas, il lui reste quand même encore une petite place.



Prendre la mouche

Des innombrables larves grouillant dans l’abdomen putréfié de Jo le mort-vivant, qui en sème une partie sur son passage, naissent des dizaines, des centaines de mouches qui s’élèvent dans l’air et le suivent en tourbillonnant dans un nuage vrombissant de plus en dense.

Lui-même pourchasse un vivant terrorisé qui s’enfuit comme une mouche, en pensant, la peur au ventre, à celles qu’il enfantera à son tour si Jo l’attrape. 

La proie oblique à gauche, Jo, l’estomac vide, sur les talons.

L’homme réalise trop tard que sa vie est une impasse.

La rue aussi.

Et la boucle est bouclée, et la mouche est mangée.



Inspiration ? Expiration.

La vie d’écrivain est parfois bien cruelle. Vous baissez le nez à peine quelques minutes pour cramponner papier et stylo et noter une idée géniale avant qu’elle ne s’envole. Quand vous relevez la tête, votre femme et vos enfants vous ont quitté.
Et la voiture est bonne pour la casse.



Du cinéma

- Papa, ça existe, les morts-vivants ?

- Seulement dans les films, mon grand. C’est du cinéma.

L’enfant quitta brièvement le jardin des yeux pour considérer son père d’un air grave, puis son regard replongea à travers le carreau embué.

- Alors tu peux me dire dans quel film il a joué, papi Jo ? Parce qu’il est dans le jardin.



Harcèlement scolaire

- Ton blouson, ou je t’arrache la tête !

Mais le caïd n’entend pas la réponse. D’une part parce que sa victime, dans un hurlement aigu, s’est  relevée  pour fuir de  toute la vitesse que lui permettent ses petites jambes et disparaître au coin de la ruelle plongée dans l’obscurité.

D’autre part parce que nul son ne pénètre plus par les oreilles du jeune tortionnaire dont la tête, brutalement arrachée du cou dans un craquement sinistre, se balance désormais au bout du bras de Jo, le mort-vivant, surgi de l’ombre par surprise.



Sûreté nucléaire

- Chéri, y a un type flippant qui vient d’entrer dans notre jardin.

- Ah bon ? A quoi il ressemble ?

- Il a l’air mal en point. Il trébuche, il bave, il est tout gris, euh… il lui manque un bras et une partie du visage. Ses vêtements sont tout déchirés et ensanglantés. Il renifle et se tourne vers la maison. Oh, chéri, il m’a vue, il vient dans notre direction…

- Appelle vite les militaires qui gardent la Centrale !

Elle contempla l’uniforme aux armes de la  Sûreté nucléaire du mort-vivant qui franchissait le perron en gémissant, de sa démarche traînante.

- Euh, chéri, je crois bien que c’en est un…



Dead kiss

Jo plonge ses lèvres desséchées vers le cou offert de sa compagne. Tandis qu’il goûte les délices de sa chair, elle entreprend de mastiquer l’oreille de son amant, maintenant à portée de ses dents pourries, découvertes par son absence de lèvres, qui luisent dans la clarté du lampadaire. Puis, d’un geste vif de la tête, elle sépare le magma sanglant du reste du visage et déglutit. L’organe méconnaissable ressort par l’orifice béant ouvert en travers de son cou, luisant et informe, et reste en équilibre sur le bord de la plaie luisante, curieux bijou sanguinolent. De son suçon carnassier, Jo ramène un gros bout de chair putréfiée, qu’il mâche et avale bruyamment avant de déchirer lentement, presque tendrement, du bout des dents, la joue de sa partenaire, dénudant le reste de sa mâchoire. Preste, cette dernière happe l’appendice buccal tendu devant elle, tire et arrache. Jo, insensible à la perte soudaine de sa langue, croque le nez offert, dont chair et cartilage se détachent du visage dans un chuintement sensuel, emportant encore un morceau de joue. Leurs mains se frôlent en leur intimité. De ses doigts secs, chacun fouaille tendrement les entrailles de son amant, de son aimée, qui se déversent sur le trottoir en un flot gluant. Enfin, ils tiennent dans leurs mains poisseuses le cœur de leur amour qui depuis longtemps ne palpite plus, que pour eux seuls. Le vrai festin peut commencer. Leurs yeux éteints ne se quittent pas, ne se quitteront plus jamais.

Ils s’aiment.

 

Autre texte (du jour) issu d’un jeu d’écriture : Réécrire de manière plus dynamique. « Ils s’embrassèrent passionnément. » Ici encore, j’ai triché, mettant le texte au présent. J’ai également repris le personnage de Jo, qui m’amuse.



Jo mange bruyamment

Le crissement d’un tissu qui se déchire, le craquement sec d’une branche qui se rompt, le flot glougloutant du ruisseau, voilà les sons qu’émet la gorge du serveur, emplissant le restaurant bondé. Jo n’en a cure, désormais seulement guidé par sa faim. Il n’entend pas le hurlement des clients fuyant vers la sortie. Il replonge son visage rougi aux yeux éteints dans la plaie béante, qui n’émet plus qu’un faible clapotis, et se met à manger, mastiquant et déglutissant dans le silence revenu, seulement troublé par les derniers râles d’agonie du jeune homme et le bip bip ininterrompu du carnet de commandes électronique que son doigt crispé n’a pas lâché.

Texte issu d’un exercice  d’écriture  : On reproche souvent aux auteurs d’utiliser des adverbes qui pourraient être remplacés sans aucune difficulté par une description dynamique.

« Jo mangeait bruyamment. »

A la place de ce petit bout de phrase lapidaire. Écrivez un texte dynamique, donnez du détail bref, n’ayez pas peur d’en faire trop…

J’espère que je n’en ai pas trop fait…

j’ai pris la liberté de mettre le texte au présent



Vingt-cinq bonnes raisons de ne pas lire Infemmes et sangsuelles, de Frédéric GAILLARD

Vous n’aimez pas lire.

L’auteur n’est pas une femme, il n’y connaît donc rien sur le sujet.

Les deux grosses fautes d’orthographe dans le titre dénotent de grosses lacunes en français auxquelles s’ajoutent un manque de relecture et un énorme  laisser-aller éditorialiste. Si le reste du livre est à l’avenant…

L’auteur n’a pas dépassé la classe de troisième, l’a même redoublée,  et voudrait nous faire croire qu’il l’a écrit lui-même ! On le soupçonne d’employer au noir des mots dont il ne connaît pas le sens. D’ailleurs on en retrouve à l’intérieur du livre qui n’existent même pas !

La couverture ne comporte pas de bandeau rouge « Le livre du siècle ».

Pour le même prix vous pourriez passer une excellente soirée au ciné devant le dernier blockbuster de la Warner. Seul mais avec des pop-corn et un coca…

Vous êtes de la famille ou un ami de l’auteur, et ça fait 5 ans qu’il vous gonfle avec ça, alors maintenant, STOP !

C’est du grand n’importe quoi, ces histoires ! à l’image de ses 3 premiers livres…

L’auteur s’est fait tellement peur en écrivant qu’il a failli ne pas finir certaines de ces histoires.

Ses phrases font plus de 3 mots.

Il se sert honteusement de la plume d’une auteure de talent pour se faire mousser dans la préface.

S’il dépasse les 100 exemplaires vendus, il va se la péter grave…

Son précédent livre n’a pas obtenu  le prix Nobel de littérature.

Aucun animal n’a été maltraité durant l’écriture de ce livre.

Névrosées, arrivistes, tordues, colériques, misandres, quelle vision des femmes a donc l’auteur !

Vous attendez la traduction en vieux français.

Le recueil ne sera pas au programme du bac 2017.

Il n’est pas édité chez Galligrasseuil.

Laurent Ruquier et Yann Moix n’en ont pas parlé.

L’auteur est dans le dictionnaire. Des noms communs.

L’auteur est soupçonné de collusion avec le monde des ténèbres et aurait été aperçu certaines  nuits de sabbat dansant nu sous la lune, dans le cimetière de la ville où il réside, en compagnie de silhouettes fantomatiques.

Ça l’inciterait à en écrire un autre.

Vous vous êtes reconnu/e dans un des personnages. C’est voulu. Chacun va retrouver  dans les personnages ses propres démons. A déconseiller aux âmes sans cible.

Vous attendez les adaptations de France Télévisions avec Marius Colucci, Marilou Berry et Marion Game.

Ce sont des nouvelles et vos ne lisez que des romans. La nouvelle est un sous-genre de la littérature pour écrivains fainéants en manque d’inspiration et de talent.

L’auteur ne sait pas compter.

http://lune-ecarlate.com/produit/infemmes-et-sangsuelles/

(tiré du Best-Seller intitulé 250 bonnes raisons de ne pas lire Infemmes et Sangsuelles, de Frédéric GAILLARD – à paraître)

Et vous pouvez trouver de vrais avis sur ce recueil ici :

http://vieufou.unblog.fr/impressions-sangsuelles/



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