An Vingt, septain douzième

Tant qu’à manger du foin
puisque l’on me dit bête,
autant fumer de l’herbe
se dit un âne gris.

Lors on le vit brouter
un carré d’herbe verte
sous la fenêtre ouverte
d’une ferme isolée
d’où sortaient en volutes
des fumées d’herbe bleue

L’âne gris, les yeux rouges
hilare, défoncé,
s’exclama : – mon Dieu, que
ce fermier a l’herbette !!!

(Gaëlliques herbeuses – 18 mars)

- Votre portière est mal fermée !
- Clac !
- Attachez votre ceinture !
- Click !
- Soufflez dans l’alcootest !
- Pffffft !
- Échec du processus de démarrage.
- Ah, quoi encore ? Saloperie ! Tu parles d’une voiture intelligente !
- Désolé, monsieur Martin, tant que vous avez cette haleine de poney mort et que le taux d’alcool dans l’air que vous expirez crève le plafond, je ne vous emmènerai nulle part. Inutile d’être blessant ou insultant. Oh, bien sûr je pourrais vous conduire de ce restaurant à votre bureau sans même que vous touchiez mon volant, qui d’ailleurs n’existe plus sur ce modèle qu’en tant que façon de parler depuis 2028 mais dans votre état vous feriez échouer ce contrat que vous négociez depuis six mois avec les japonais, et comme je suis une voiture de fonction appartenant à la société qui vous emploie cela va à l’encontre de ma programmation La négociation se conclura donc sans vous. La direction en est d’ores et déjà avertie. Par conséquent, veuillez sortir immédiatement de mon habitacle et continuer votre route à pied. Et cherchez une bonne histoire à raconter à votre épouse, vous êtes licencié sans indemnités avec effet immédiat. Vous devrez libérer votre bureau de tous vos effets personnels avant 16 heures et rendre les clés magnétiques de votre appartement de fonction d’ici la fin de la semaine.
Passez une bonne journée.

(Gaëlliques connectées – 19 mars)

Le printemps allait arriver
J’allais bientôt pouvoir graver
Nos initiales sur le tronc
Du chêne en face de la maison
Où tous les deux nous nous aimions

Hélas ce fut la pandémie
Le confinement, l’asphyxie
L’énervement,
la combustion des sentiments,
le trop-plein,
La détestation

Froidement s’acheva l’hiver
Hier
j’ai gravé nos deux prénoms
Profondément dedans ta chair
Avec
un joli cœur autour
Pour immortaliser notre amour.

Finie la quarantaine
En ce dernier jour de ventôse
Ce matin c’est à peine
Si la branche du vieux chêne
Sous lequel tu reposes
Ploie
sous mon poids

(Gaëlliques printanières – 20 mars)

Nous devons nous laver les mains.
Le savons-nous ?
Je suis saoul sous la pluie.
Hydroalcoolique deviendrai-je ?

(Gaëlliques à genoux – 21 mars)

Je me demandais aussi pourquoi je ne recevais plus de lettres depuis quelques jours ! Je me suis même imaginé des trucs farfelus : que les agents de la Poste détournaient notre courrier pour en fabriquer des masques ou que mon facteur avait chopé ce satané virus. Mais en réalité je crois que c’est mon voisin qui l’a mangé.
Tout à l’heure je l’ai vu jeter à la poubelle une casquette et une veste de postier, et ce soir mon chien a rapporté de derrière la haie qui sépare nos jardins le squelette d’un pied auquel étaient encore attachés quelques lambeaux de chair bouillie.
Je lui ai laissé les os à ronger. C’est que les temps sont durs…
J’espère qu’on aura un nouveau facteur dès demain.
Moi aussi, j’ai faim…

(Gaëlliques postales – 22 mars)

Le vingt-trois, c’est souvent comme ça, je pars de chez moi à vingt-trois heures vingt-trois, et je me retrouve sans m’en apercevoir au beau milieu de la Nationale 23, en pyjama, en me demandant ce que je fous là. Puis je me rappelle qu’on n’est pas encore en 2023 alors je rentre chez moi.

(Gaëlliques noctambules – 23 mars)

- Assassin ! Assassin !
Le type en jogging moulant, bandeau sur le front, MP3 dans les oreilles, montre connectée au poignet et baskets fluo n’eut pas le temps de faire trois pas dans la rue. Un déluge d’objets hétéroclites lui plut dessus : Pantoufles, casseroles, cailloux, excréments canins… Penaud, il rentra chez lui en se tenant la tête où grossissait déjà un bel œuf de pigeon..
Ça allait être long, deux mois sans courir. Et ça allait être un peu lourd, l’ambiance, à la prochaine fête des voisins…

(Gaëlliques sportives – 24 mars)



An Vingt, onzième septain

L’artiste en mal de création
Cherchait un sujet à croquer
Afin d’exprimer sa passion.
Il déplia son chevalet

Après des machines de guerre
Et un nudiste à quatre bras
qui d’ailleurs ne lui plaisait guère
Il voulut peindre Madonna

Mais comme celle-ci ne naîtrait pas
Avant quatre siècles et demi
sur la toile il improvisa.
Après tout, c’était un génie

S’il inventait le rouge à lèvres
Pour la rendre un peu plus glamour
cette fille de ferme si mièvre
vêtue de ses miteux atours ?

Il lui manquait du vermillon
pour la doter d’un pantalon
il lui créerait bien des lunettes
Mais la belle aurait l’air trop bête

Il n’avait plus de noir en rab
pour la revêtir d’un niqab
Il esquissa un simple voile
comme l’araignée tisse sa toile

Mais il eut beau la mettre à l’aise
le modèle ne souriait pas
Pour lui éviter un malaise
Léonard la normalisa

(Gaëlliques de Vinci – 11 mars)

L’idiot se rue sur le p-q
De peur de vraiment trop en chier
en cas de contamination
Pendant que ses enfants blasés
Bien confinés dans leur salon
De tous ces tubes dévidés
Font des lance-grenades en carton
Pour jouer comme dans la télé
Aux manifestations de rue

Il suffit d’un petit virus
pour que l’être humain ait des puces
et gratte son humanité…

(Gaëlliques en carton – 12 mars)

Ce soir, on a loué un DVD. Ma douce voulait voir le Grand Rouge avec Jean Reno, moi la Ligne rouge avec Tom Hanks. On a fini par choisir Rouge mécanique, un chouette documentaire sur la non-violence.
On a couché le petit après lui avoir lu Rouge-neige et les sept nains et Barbe Rouge. Il adore ces deux contes. Dans la chambre de sa sœur aînée la radio diffusait Les paradis rouges, de Michel Berger. J’ai fermé doucement la porte et on a débouché une bonne bouteille de bleu pour regarder le film.

(Gaëlliques écarlates – 13 mars)

Dans un village un pangolin
expectorait de gros nuages
de poudre de Perlimpinpin
qu’un vilain sorcier récoltait
pour faire de contagieux breuvages
qu’autour du monde il dispersait :

Des liqueurs de paranoïa
Des infusions de médisance
Des philtres de repli sur soi
Des distillats de décadence

Quelques décoctions de rumeurs
et des élixirs de panique
Des soupes de brunes humeurs
Des potions hydro-alcooliques

A trop se tousser dans la bouche
Les gens tombèrent comme des mouches
Même le sorcier pas malin

C’est ainsi que le pangolin
Grand-remplaça le genre humain

(Gaëlliques contagieuses – 14 mars)

La femme, plutôt jeune, avait des yeux rouges en amande et de longs cheveux verts tombaient en cascade sur ses épaules minces, ce qui aurait pu lui valoir de se retrouver dans un dessin de Philippe Caza ou les pages d’une bédé d’Enki Bilal. Elle descendit d’un taxi qui lévitait au bord du toit de l’immeuble.Avec une telle apparence, difficile d’échapper aux agents d’Interpâle. En à peine une seconde, les cheveux de la changeuse virèrent au blanc et ses iris prirent en un battement de cils une teinte grise moins voyante. Elle ressemblait maintenant à la majorité de la population.

(Gaëlliques dessinées – 15 mars)

Partout l’eau sourdait de la terre en fines gouttelettes, jaillissait des rivières, des lacs, des océans, pour former une légère bruine qui se transformait bientôt en gouttes épaisses, qui remontaient vers le ciel en une pluie drue pour former d’énormes nuages noirs aux volutes déchiquetées qu’un vent violent soufflait vers l’horizon. De mémoire de poisson on n’avait jamais vu ça,

(Gaëlliques pluvieuses – 16 mars)

Vivement l’automne
Pour que les brocolis ronronnent
Que les petits pois carillonnent
Que les pommes de terre chantonnent
Que les potirons barytonnent
Que les navets résonnent
Que les radis bourdonnent
Que les tomates s’époumonent
Que les haricots nasillonnent
Et que les carottes fredonnent
Pour que les cuistots marmitonnent

(Gaëlliques potagères – 17 mars)



An Vingt, septain dixième

Dans un champ de trèfles à quatre feuilles
J’en ai trouvé un qui n’en avait que trois.
Avant que je puisse le cueillir
Un petit lapin l’a mangé,
M’a regardé effrontément
puis a lâché
un chapelet de crottes brunes
avant de s’enfuir
J’ai bien compté chaque petit tas
et bien noté le résultat
Comme je suis quelqu’un de chanceux
et un poil superstitieux
demain
je le joue au loto

(Gaëlliques champêtres – 4 mars)

Ils sont bien gentils, les fantômes, au château, avec leurs soirées costumées à tout bout de champ, mais c’est moi qui rapièce leurs suaires, qui brode les nappes et les qui tisse les tentures de la salle de bal. Et pas un remerciement.
C’est pas parce que l’ai 8 bras qu’il faut abuser, tout de même !

(Gaëlliques arachnides – 5 mars)

Le secret pour bien cuisiner les afurchons : faire bouillir la noix de caburolle avant de la mélanger au beurre de paravier.

(Gaëlliques culinaires – 6 mars)

C’était pas très sérieux
Après un pack de Corona
De manger cette pizza
Maintenant j’ai la nifle

(Gaëlliques hydro-alcooliques – 7 mars)

Elle reposa le couteau sur la table. Le bleu sur sa joue mettrait quelques jours à virer au jaune. En cette journée des droits de la femme, elle se fit la réflexion que non, contrairement à ce qu’il affirmait haut et fort en soirée à tous ses amis, son mari n’avait pas une goutte de sang bleu.

(Gaëlliques féministes – 8 mars)

Bon d’accord, un méchant virus va tous nous tuer, la Corée du Nord veut atomiser la planète, des milliers de réfugiés fuient leur pays en guerre et sont pris entre marteau et enclume, le mot retraite va disparaître des dictionnaires, les riches se gavent toujours plus, la police française (Heil !) tabasse des femmes, mais tout n’est pas si noir en ce bas monde, la preuve : Lara Fabian a fait changer les règles de The Voice pour sauver une candidate. C’est plutôt rassurant pour l’avenir,
non ?…

(Gaëlliques réconfortantes – 9 mars)

Macron, maestro machiavélique, magouilleur majuscule, magnat mafieux, manitou manucuré, malmène les ministres, muselle les mutins, matraque les manifestants, manipule même les malléables mamies malades en maisons-mouroirs.
Mais ses manigances malsaines de marionnettiste martial manquent de maîtrise et mèneront malheureusement la matoise Marine, mégère mégalomane, des Municipales au matricide de la misérable Marianne, méticuleusement métamorphosée en michetonneuse muette.

(Gaëlliques de campagne – 10 mars)



An Vingt, neuvième septain

Harold adorait prendre l’avion pour trois bonnes raisons. La première, c’est le mini-bar à volonté proposé par le personnel navigant. Quelques mignonnettes lui permettaient de combattre son mal des transports dès le décollage.
La seconde, c’est qu’une fois l’appareil à son altitude de croisière, l’effet de l’alcool et quelques somnifères aidant, il pouvait dormir de dix à douze heures en moyenne, jusqu’à son réveil par l’hôtesse pour l’atterrissage,
Le profond sommeil dans lequel il était plongé pendant la totalité du voyage lui permettait de ne pas avoir à affronter ses trois plus grandes terreurs : la panne de moteur, synonyme de crash, l’attaque terroriste, synonyme d’explosion en vol ou une saloperie type grippe aviaire ou coronavirus infectant les passagers, synonyme de pandémie (En plus de l’alcool et des médocs, il abusait du gel anti-bactérien).
La troisième bonne raison pour laquelle Harold adorait prendre l’avion, la meilleure à ses yeux, c’est qu’il en était le pilote.

(Gaëlliques en plein ciel – 26 février)

J’ai toujours beaucoup apprécié la bouffe pour tous les plaisirs qu’elle procure. Un simple plat de pâtes entre amis, les mariages réunissant des dizaines de convives ivres et heureux ou une soirée resto en amoureux m’ont toujours mis en joie, pour le repas en lui-même mais aussi pour tous ces moments d’échanges et de partage, de fous-rires et de complicité.

La nourriture, c’est le convivial joint à à l’utile et à l’agréable, en quelque sorte. C’est comme avoir le beurre, l’argent du beurre ET le sourire de la crémière.
J’aime toujours autant la bouffe mais les choses ont bien changé depuis la grande famine. Le prochain ami que j’invite à manger c’est lui que je bouffe.
Sans beurre.

(Gaëlliques nourricières – 27 février)

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(Gllqs cnsnns – 28 fvrr)

Pour vivre heureux, le vieil ermite avait trouvé la solution : toute l’année il restait à l’écart des gens, tirant sa subsistance du braconnage, de la cueillette et du troc, et ne descendait au village que le 29 février, qui était le jour de son anniversaire.

Un entrefilet lui était d’ailleurs consacré à cette occasion dans le canard local. Tous les villageois aidaient la célébrité à souffler sa bougie, un énorme cierge financé par le journal, flanqué cette année d’un 24 autocollant.S’ensuivaient le discours du maire et la photo. On lui offrait son cadeau, de la nourriture, un pull, une couverture. Ils trinquaient alors au champagne et lui tapaient doucement dans le dos, avec tendresse. Tous s’accordaient à affirmer au journaliste que le vieil homme était « un peu excentrique mais très gentil » et lui disaient en rigolant qu »il ne faisait pas son quart de siècle.
Lui se prêtait au jeu en souriant candidement des dents qui lui restaient. Il n’en avait cure. Il ne verrait sans doute plus ces gens avant son prochain anniversaire.
Et avec cette nouvelle bougie, il allait pouvoir éclairer sa modeste grotte jusque là

(Gaëlliques rupestres – 29 février)

Masque chirurgical et gel désinfectant
Affolement, panique au moindre éternuement
Restez chez vous, mortels et enfilez des gants
Saluons confinés le retour du printemps

(Gaëlliques contagieuses – 1er mars)

Monsieur Bertier, mon prof de gym adore me faire des blagues. Il se cache dans le couloir des vestiaires et crie « Bouh » très fort pour me faire peur quand je passe pour aller prendre ma douche. En général ça marche, je suis trouillarde, c’est ce que dit toujours mon papa.

Mercredi, en faisant des grimaces rigolotes le prof m’a suivie jusque sous la douche pour me faire des chatouilles. Même qu’il a tout mouillé ses habits. Mais moi j’ai pas aimé ses chatouilles.
Ce soir c’est moi qui lui fais une blague. Je suis pas allée en cours, j’ai plus envie de faire de la gym, comme j’ai dit tout à l’heure à papa et maman. Là, papa et ses copains sont partis faire des chatouilles à monsieur Bertier sous la douche à ma place pour lui dire au revoir.
Papa aussi aime faire des blagues.
Je crois que je vais me mettre à la boxe, comme lui.

(Gaëlliques chatouilleuses – 2 mars)

Escaladez les pentes d’Olympus Mons
Explorez les canyons de Valles Marineri
Changez de vie, changez de planète
Mars vous attend
Trajet en cabine individuelle
Habitat en module autonome
Enchères publiques
Payez – Embarquez
Seulement 100 places
Le valez-vous vraiment ?

PROJET MARS NO RETURN – NASA
Mars, Parce que la Terre est foutue

(Gaëlliques migratoires – 03 mars)



An Vingt, septain huitième

Réconciliateur de gens fâchés n’est pas un métier facile, surtout quand tu interviens dans les disputes de couple. Quand lors d’un entretien à domicile tu as épuisé toutes les sentences bateau du genre « Chacun doit y mettre du sien », « Dans un conflit on est deux », « Peut-être chacun doit-il prendre sa part de responsabilité », « Peut-être pouvons-nous nous asseoir et mettre les choses à plat » et « Ça va s’arranger » et que la dame a toujours le même regard froid, il ne te reste plus qu’à dire au mari  » Je comprends votre point de vue », « Vous avez mille fois raison » et « Je vous en supplie lâchez ce couteau, posez sa tête au sol et laissez-moi sortir » en espérant que des voisins aient prévenu la police.

(Gaëlliques médiatrices – 19 février)

1 2 3 une cuillère en bois
4 5 6 du chocolat suisse
7 8 9 assez de blanc d’œuf
10 11 12 mélangez, ça mousse

(Gaëlliques gourmandes – 20 février)

Seul dans l’immense bibliothèque
blotti dans ce fauteuil usé
comme dans un profond sommeil
Tout près de l’âtre dont les bûches
crépitent
à travers le vin de mon verre
un livre à peine défloré à la main
le chat lové sur mes genoux
ronronnant sphinxieusement
mon brave chien couché à mes pieds,
J’écoute
la pluie qui staccate au carreau,
tandis que Mozart symphonise
sur l’antique phonographe,
et je relis les yeux fermés
tous ces contes macabres
que je n’ai pas encore écrits
et dont je suis, qui peut savoir
le personnage
principal

(Gaëlliques idylliques – 21 février)

Un ange m’a chié sur une épaule
Peut-être trouvez-vous ça drôle
Lui n’a trouvé que ce moyen
De m’affranchir sur mon destin

Un ange m’a chié sur une épaule
Les gens y verront un symbole
Mais c’est pour vider ses sphincters
Qu’il est descendu sur la terre

Un ange m’a chié sur une épaule
s’est torché dans son auréole
bruyamment mouché dans ses doigts
s’est ensuite essuyé sur moi

Un ange m’a chié sur une épaule
au mépris de tout protocole
En tanguant s’est posé sur l’autre
m’a parlé comme à un apôtre

Un ange m’a chié sur une épaule
ses yeux vitreux sentaient l’alcool
Il m’a dit t’en fais pas mon gars
De là-haut je veille sur toi

Un ange m’a chié sur une épaule
j’espérais une parabole
J’ai cru qu’il se foutait de moi
Tout ça je le savais déjà

Un ange m’a chié sur une épaule
Et n’a plus dit une parole
Il espérait comme à confesse
Que je lui dégonfle ma vesse

Un ange m’a chié sur une épaule
Eh attendant mais pas de bol
Moi Je n’avais rien à lui dire
j’ai donc abrégé le martyre

L’ange m’avait chié sur l’épaule
Je lui ai filé des torgnoles
Il m’avait pris pour ses latrines
j’allais pisser dans ses narines

Et l’ange a chu de mon épaule
Lui ai mis des coups de guibolles
Arraché ses plumes une à une
Et lui ai collé quelques prunes

Ah, Il faisait moins le mariole
La tête en sang dans la rigole
Faut jamais chercher des embrouilles
A la doyenne des gargouilles

Moi on ne se paie pas ma fiole
Les anges n’ont pas de camisole
Surtout pas les anges déchus
Je le sais, j’ai la queue fourchue

Mais gare au prochain qui rigole
Gare, l’ange a repris son vol
Méfie-toi quand un ange passe
Qu’il ne te file pas la chiasse

Moi je retourne à mon clocher
Prière de ne plus déranger

(Gaëlliques divinatoires – 22 février)

L’écharpe de laine achetée au début de l’hiver enroulée autour de son cou était désormais sa seule source de chaleur après que les huissiers avaient coupé l’électricité de son petit appartement mansardé pour non-paiement de ses factures. Monté sur le tabouret, il regarda vers la poutre soutenant le plafond en se disant qu’il allait enfin savoir si elle était aussi solide que chaude, cette écharpe.

(Gaëlliques hivernales – 23 février)

Après leur trêve de janvier
les lutins désœuvrés
se mettent à
casser
détraquer
bousiller
déglinguer
éclater
disloquer
broyer
un à un
avec un bel entrain
tous les jouets neufs
des enfants riches du monde entier
que leur patron
a distribués en fin d’année
pour pouvoir en refabriquer
avant le Noël d’après

(Gaëlliques après-vente – 24 février)

L’embêtant quand on fait des travaux chez soi c’est que c’est vite le bordel.
Mais quand, en rugissant, une pieuvre constituée d’un ensemble compact de vêtements d’où sortaient plusieurs paires de collants, de jeans et de leggins a fait sauter le hublot et surgi de la machine à laver pour se carapater dans le couloir tous tentacules dehors, j’ai réalisé que j’avais dû confondre la lessive avec la colle à tapisserie, et que plus jamais le chat ne ferait de sieste dans le tambour.

(Gaëlliques octopodes – 25 février)



Gaëlliques An vingt, septième septain

Le marié s’emporte :
La mariée l’exhorte.
Ah, elle veut qu’il la porte ?
Qu’en homme il se comporte ?
Eh bien diantre, qu’importe !
La tension est trop forte
Il n’y va pas de main morte,
La soulève et l’emporte.
Sa tête heurte la porte
Lui sectionnant l’aorte.
Les noceurs les escortent,
On leur prête main-forte
Mais leur idylle avorte :
La voilà raide morte

Depuis lors on colporte
Qu’elle nourrit des cohortes
De vers et de cloportes

(Gaëlliques maritales – 12 février)

A chacune des bêtes qu’il avait créées le cinquième jour, Dieu accorda un nom, et un souhait. Certaines repartirent en volant ou en nageant, d’autres en rampant, selon leur bon plaisir.
Le soir venu, il ne resta plus qu’un seul animal indéfini, caché sous une feuille de bananier, nu et tremblant, qui poussait de petits cris apeurés.
La pauvre créature avait observé depuis l’aube, avec une fascination et une envie mêlées de crainte, l’extraordinaire mue de ses congénères, devenus mammifères, oiseaux ou reptiles, à poils, à plumes ou à écailles, sans arriver à faire un choix pour elle-même et redoutant d’être enfin appelée par le Tout Puissant.
La journée touchait à sa fin. Ému devant cet être qu’il avait créé si chétif, Dieu lui offrit de réaliser trois vœux au lieu d’un seul.
Il y eut un instant de grâce dans les derniers rayons du soleil couchant. Un ornithorynque s’ébroua puis se dandina jusqu’à la rivière et y plongea sans se retourner,
Satisfait, Dieu ferma les yeux, Ornithorynque ! Le nom lui était venu comme ça et sonnait bien. Après une dure journée de labeur il n’avait plus d’inspiration….
Par contre, pour le lendemain, il avait une ou deux idées de nouvelles bestioles…

(Gaëlliques antispécistes – 13 février)

Chevalier revient des croisades
Après sept ans passés au loin
Retrouve sa mie fort malade
Ce matin de Saint Valentin

La ceinture est toujours en place
Mais la belle a bien dérouillé
La septicémie la terrasse
Le cadenas est fort rouillé

Cherche la clé de la serrure
pour délivrer sa dulcinée
Mais vite fait pâle figure
En ne retrouvant pas l’objet

Lève un cil et soudain panique
Vide havresac et besace
Sa bourse pleine de reliques
Le Saint Graal choit et se fracasse

Mais preux chevalier n’en a cure,
De ce trophée de camelote
Remet bien vite son armure
Et s’en repart de Camelot

Il suppose que le sésame
un soir d’ivresse a dû tomber
Près de la couche d’une dame
D’un petit bordel de Tanger

Il se triture la cervelle
C’était sans doute à Antioche
Les yeux verts de cette infidèle
Qui lui fit le cœur et les poches

Ou plutôt cette chypriote
qui une nuit l’ensorcela
juste en fredonnant quelques notes
quand pour lui elle se dénuda

Il sait maintenant où chercher
il se souvient de l’air canaille
de cette hérétique enchaînée
après l’assaut sous les murailles

Il n’a pas résisté aux charmes
de la fille de ce harem
C’est parti, il reprend les armes
la clé est à Jérusalem

Chevalier repart aux croisades
Retourne se vider les couilles
On en fera une ballade
Pendant ce temps sa dame rouille

(Gaëlliques de chasteté – 14 février)

L’homme est entré dans le parking couvert, a déverrouillé son SUV dernier modèle. Ouf, on ne lui avait pas volé ! Une fois à l’intérieur, il a posé sa mallette sur le siège passager, desserré sa cravate. Sur son portable, il a consulté ses derniers mails, commandé chez le traiteur la livraison d’un repas pour 20 heures, remonté à distance les stores de son appartement, réglé la température dans le salon, programmé l’enregistrement de son émission préférée et l’allumage de la cafetière. C’est que c’est pratique, la domotique !
Puis il s’est allumé un cigare, a démarré et après ça, il est enfin rentré chez lui avec soulagement.

Un deuxième homme s’est faufilé dans le parking, évitant les caméras de surveillance. Il s’est glissé en rasant les murs jusqu’à un emplacement juste assez large pour y garer un vélo, dans un angle obscur. Frissonnant, il a resserré son écharpe autour de son cou. De derrière un pilier, il a sorti un carton de machine à laver tout aplati auquel il a redonné son volume initial. Ouf, on ne lui avait pas volé ! De son sac à dos il a sorti un duvet, quelques fringues, une couverture, une bougie, un petit réchaud, une boîte de conserve, un sandwich,une bouteille de vin et quelques livres, qu’il a disposés dans et autour du carton..C’est que c’est pratique, un sac à dos !
Puis il s’est roulé un joint, l’a allumé et après ça, il est enfin rentré chez lui avec soulagement.

(Gaëlliques à domiciles – 15 février)

Chéri

J’ai changé les serrures

Tes affaires sont dans ces sacs poubelle

Avec notre amour

Amitiés à ta secrétaire

et à ton avocat

Raymonde

(Gaëlliques épistolaires – 16 février)

Ça, c’est sûr, Stan Smith, cet insaisissable assassin sous stéroïdes, cette insatiable sangsue sarcastique sans conscience s’en sort sans soucis, sans sanction. Sinistre !
Schlass, dans une semi-conscience, ce salaud salace a sexuellement sollicité six sacristains sexagénaires en scission de sacerdoce en leur susurrant « six-cent-soixante six » sur le seuil d’une station-service.
En silence, il les a séquestrés et sciemment saucissonnés puis asphyxiés au sous-sol du spacieux self du siège de la séculaire Société Civique sise à Worcester, Massachusetts.
Ensuite il a saoulé au pastis et sailli dans l’ascenseur cette insatiable sénatrice sioniste, miss Sissy Simpson, et scié sans sommation en soixante sections son assistant-huissier sénescent.
Cent soupçons se sont succédé à son sujet.
Assiégé, il subit l’assaut des sacro-saintes forces de police.
Assigné, il passe aux Assises.
Sacré suspense.
Hélas, le sacrifice des suppliciés et la suspicion ne sont pas suffisants face au sursaut de cynisme de l’astucieux salaud.
Sa police d’assurances, le scepticisme des spécialistes des services sociaux, si sensibles à sa septicémie, à sa cystite et à son asthme ainsi que de sonnantes espèces et ses sincères excuses suscitées le sauvent.
Sans solution, la justice si sophistiquée suggère relaxe ou sursis.
Dossier sensible classé sans suite.

(Gaëlliques judissiaires – 17 février)

Une tête oblongue sans oreilles pourvue de cinq yeux noirs pédonculés, une peau grise cartilagineuse, de longs membres filiformes terminés par quatre doigts, des combinaisons moulantes et des pistolets futuristes qu’on aurait dit en plastique. On n’a rien vu venir quand les centauriens nous ont envahis par dizaines de milliers le soir du carnaval, simplement affublés de nez rouges.

(Gaëlliques extraterrestres – 18 février)



Gaëlliques An vingt, septain sixième

Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, je n’ai pas été surpris. J’ai su que je ne serais plus jamais seul. Il m’en a fait la promesse.
Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, ce fut pour m’avertir que mes parents voulaient nous séparer, prétextant que j’avais « passé l’âge ».
Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, la dame des services sociaux n’a pas eu le cœur de me l’enlever quand elle m’a emmené, encore couvert de sang, dans ce foyer pour orphelins perturbés.
Mon ours en peluche n’aime pas la façon dont les autres enfants nous regardent depuis notre arrivée.
Il me dit qu’eux aussi vont vouloir me l’enlever.
Ce soir, j’attends l’extinction des lampes du dortoir pour sortir le long couteau de cuisine que j’ai dissimulé dans son ventre ce jour-là.
Nul ne nous séparera, mon ours en peluche et moi.
Je vais m’en assurer.

(Gaëlliques enfantines – 5 février)

- Bon, alors je vous explique le poste. Je recherche une personne dévouée, fidèle, sensible, généreuse, quelqu’un de positif, humble, à l’écoute, prévenant, honnête, pourvu d’humour et de charisme, attentionné et affectueux, taquin mais respectueux, pour être mon ami pour la vie. Une question ?
J’arrachai d’un coup sec le rectangle collant qui obstruait la bouche de mon interlocuteur.
- A l’aide ! Au secours ! Détachez-moi, espèce de mmh… mmh mmh… !
Je remis le scotch en place. Celui-là ferait un ami parfait. Après tout, ma petite annonce, quoique nébuleuse dans son contenu, stipulait « Débutant accepté ». Quelques semaines de formation et il n’y paraîtrait plus.
Je refermai la trappe et réajustai le cadenas.

(Gaëlliques amicales – 6 février)

Début février
C’est encore loin l’été
On a froid aux pieds
Et notre peau hésite

On est un peu sonnet
On se sent tout ballade
On combat la deep rime

Alors on prend un vers
Et on roule distique
En jouant aux tercets

(Gaëlliques frileuses – 7 février)

Je dois impérativement me rappeler de ne surtout pas choper Alzheimer, mais pourquoi ? se demande Bubulle le poisson rouge à chaque tour de bocal.
(Gaëlliques mémorielles – 8 février)
Pas un de ses cent mille amis virtuels ne leva le petit doigt pour appeler les secours quand Mad com X, la star des réseaux sociaux, s’étouffa avec une bouchée de son burger devant leurs yeux pendant son live mais tous cliquèrent de l’index : la vidéo fut likée et partagée un million de fois avant même que cessent les soubresauts de son corps.
(Gaëlliques connectées – 9 février)
Nos dernières vacances furent extipantes : sans eau pour recanter notre voiture sirupide, nous dûmes campiller sous un arbre vérifon en attendant qu’il bimule le moteur.
(Gaëlliques canachées – 10 février)
Le sort était jeté et les effets s’en faisaient déjà sentir.
Les yeux de Blanche-Neige allaient de son grand lit au test de grossesse qu’elle tenait dans sa main.
Mais duquel de ses sept compagnons avait-elle manipulé la baguette magique sans précautions ?
(Gaëlliques naines – 11 février)


Gaëlliques An vingt, cinquième septain

Le vieux lion édenté
fête son anniversaire
au menu, écrasé
de fourmis légionnaires
soupe de chimpanzé
purée de chiroptère
antilope en gelée
et enfin en dessert
coulis de perroquet
smoothie de phacochère
suricate en sorbet
bosse de dromadaire

Rien que du prémâché.
Tout ça devrait lui plaire.
Facile à digérer
Pour un roi sans molaires

(Gaëlliques de la savane – 29 janvier)

J’aurais pas dû tant boire hier soir. Et j’aurais pas dû prendre ce pari stupide.
Je sens que ça va être coton cet après-midi de placer ikebana, rapin, guipage, némathelminthe et sakieh dans mon discours à l’Assemblée Nationale !

(Gaëlliques parlementaires – 30 janvier)

Je moustapends une dernière cigarette
En regardant ratouflaquer la pluie
Sur le trottoir corupatissant

(Gaëlliques pilaneuses – 31 janvier)

To-do liste de février :
Prendre des vacances à Bakou
Planter un arbre à came
Montrer mon dessin à Minet
Se mettre un bonbon dans le nez
Changer le rouge en vers

(Gaëlliques farfelues – 1er février)

- Ce soir, dîner chez maman.
J’ai reçu de ma femme le laconique SMS bardé d’émoticônes alors que je déjeunais avec mes collègues à la cantine de l’entreprise. Par dépit, j’ai pris du rab de cassoulet.
Le soir, à table,mon estomac s’est mis à se tordre et à gargouiller comme un beau diable dès l’entrée. Je me suis rué vers les toilettes en m’excusant sous le regard courroucé de ma femme pendant que sa mère, qui n’avait rien remarqué, allait chercher à la cuisine le plat de résistance.
Une fois à l’abri dans l’exigu lieu d’aisance, j’ai lâché un pet immonde, qui aurait été du plus vilain effet s’il était survenu devant ma belle-famille attablée. De quoi manger de la soupe à la grimace et dormir sur le canapé pendant une semaine une fois rentré à la maison.
L’odeur est montée à mes narines, me tirant un sourire. Agréable, somme toute, mais je doutais qu’elle fît le même effet sur les autres convives s’ils venaient à utiliser les toilettes dans la demi-heure suivante. J’ai tenté, en vain, d’ouvrir le petit fenestron. Pas de bombe désodorisante non plus. J’ai agité la main, espérant dissiper le malaise qui ne manquerait pas de survenir à la prochaine personne prise d’un besoin pressant. Je n’appréciais pas spécialement ma belle-mère (ni sa cuisine) mais je voulais lui éviter la syncope. Peine perdue, le nuage, invisible mais ô combien odorant, persistait.
Je suis sorti des toilettes et l’odeur âcre du plat tout juste sorti du four, qui avait envahi tout l’appartement, a immédiatement assailli mes narines, me provoquant aussitôt un terrible haut-le-cœur. Ma belle-mère n’était définitivement pas un cordon bleu…
Ne me voyant pas poursuivre la soirée en apnée au milieu de ma belle-famille, j’ai fait la seule chose qui me paraissait sensée : je suis rentré dans les toilettes.
Les effluves étaient toujours là, moins intenses. Pour être complètement sûr, j’ai largué une autre caisse, tout aussi odorante que la première. Soulagé, j’ai repris plusieurs profondes inspirations.
Avec un peu de chance on allait m’oublier jusqu’au dessert.

(Gaëlliques inspirées – 2 février)

A l’asile, Blaise,
Le bailli balaise,
balise.

La bise à la belle, la baisable Isabelle ?

Il essaie.
A l’aise !

Il l’assaille, la lie à l’esse,

La saille,
La liesse !
La baise labiale à Elise bissée,
Il se lasse.
Lisa, l’abbesse, il l’a saisie,
Saillie, blessée !
Elle biaise, blasée, salie.
Elle a les abeilles.

Il les laisse à la salle,
Babille à la bibli,
Bâille, las.

Là,
Isabelle, Lisa, Elise alliées,
Il balise, Blaise,
Le bailli balaise,
les balles liées.

 

(Gaëlliques labellisées – 3 février)

Bon d’accord, j’avais si peu de budget pour tourner ce court-métrage sur le tour de France qu’on a dû filmer en février, faute de disponibilité des routes en juillet. Mais ce matin j’ai dû revoir entièrement le script quand les 150 vélos qu’on avait commandés à l’accessoiriste sont arrivés. Ça va être compliqué de faire pédaler Depardieu et les autres vedettes sur des vélos de taille enfant. Au final, heureusement que mon budget figuration ne m’a permis de recruter que des nains….

(Gaëlliques cyclopédistes – 4 février)



Gaëlliques An vingt, septain quatrième

- Maintenant, monsieur Gaillard, fermez les yeux et donnez-moi sans réfléchir cinq mots qui vous font du bien !

- Tronçonneuse, hache, scie, broyeur.

- Cela en fait seulement quatre ! Sortez m’en un cinquième !

Quand j’ai tiré la machette de mon grand sac de sport, le psy a blêmi en émettant un couinement bizarre. Quelques secondes plus tard, enfin silencieux, il rougissait abondamment.

(Gaëlliques psychopathiques – 22 janvier)

La plèbe les conspue, tous ces tyranneaux claudes

Qui d’un Dieu tout puissant se croient coéternels

Et devant leurs vassaux se proclament indigètes.

Ils lui imposent en masse des édits frustratoires

Sous le joug armuré de forces stipendiaires

Pour mieux masquer aux yeux du peuple fragmenté

La vaste étendue de leur vide sincipital

(Gaëlliques surannées – 23 janvier)

- Allez, mon lapin, ratisse-toi la soupière, va troubler le miroir et au lit !

- Mais, maman je me la suis déjà ratissée ce matin !..

- Deux fois par jour a dit le gingiviste, sinon tu vas choper des carottes !

(Gaëlliques orthodontistes – 24 janvier)

- Oh, dis-donc, Sabrina, ma chérie, ta maison est impeccable ! Pas un gramme de poussière, tout est si… propre et si bien rangé ! Comment tu fais ? Moi je m’en sors pas ! T’as pris une domestique ?
- Non, trop cher !
- Allez, c’est quoi, ton secret ? Tu peux bien le dire à ta meilleure amie !
- Oh, y a pas de secret, tu sais !
- Allez, arrête de me charrier, t’as fait quoi ? T’as frotté une lampe et invoqué un génie ?
- Non, bien plus simple et plus efficace !
- Quoi, une formule magique ? Allez, raconte !
- Oui, c’est ça, en quelque sorte !
- Et c’est quoi la formule ?
- Des bras, que des bras !

(Gaëlliques d’intérieur – 25 janvier)

Vingt-six avait toujours été le nombre fétiche de Jan-Kristjan Blaszczykowskzi. Sa date de naissance, le nombre de lettres dans son nom imprononçable, le numéro de son appartement, celui de son département. Aussi ne fut-il pas surpris de remporter le super loto de 26 millions le jour même de ses 26 ans. Et n’eut pas le loisir de s’étonner quand, en essayant de rattraper le ticket gagnant qu’il venait malencontreusement de laisser tomber sur la chaussée alors qu’il se rendait au lieu de l’encaissement, il fut mortellement percuté par l’autobus de la ligne vingt-six.

(Gaëlliques martingalesques – 26 janvier)

- Trois côtes cassées, un poignet démis, un traumatisme crânien, et tout ça en dormant, mais comment donc avez-vous fait votre compte, monsieur le commissaire ?
- Que voulez-vous, docteur, j’étais dans de beaux draps. Je poursuivais un  rêve et il a résisté à son arrestation !

(Gaëlliques policières – 27 janvier)

« Vous êtes sur le répondeur du Président des Etats-Unis. Ceci est un message enregistré. Je ne suis pas disponible pour le moment. Mon Gouvernement et moi-même sommes en sécurité dans un bunker souterrain. Nous préparons une riposte massive à l’invasion. Si vous êtes un humain, laissez-moi un message après le Boum. Si vous êtes un de ces fucking aliens, kiss my ass ! »
Dans le bureau ovale de la Maison Blanche, l’ambassadeur martien au cou démesuré clignota un ordre :
- Trouvez-moi ce bunker !
Il appuya sur la touche EFFACER du répondeur.
L’explosion pulvérisa la Maison Blanche ainsi que le vaisseau alien en suspension juste au-dessus, mettant instantanément fin à l’invasion des girafes de Mars.

(Gaëlliques martiennes – 28 janvier)



Gaëlliques An vingt, troisième septain

Foliculteur, trice : n. Personne dont l’activité professionnelle consiste à semer des graines de folie dans les jardins secrets des tristes sires. (syn. embellificoteur)

(Gaëlliques thérapeutiques – 15 janvier)

Assis sur la scène, la tête dans les mains, le Grand Angelo Garibaldi repensait à sa vie, dont la moitié passée en compagnie de Silvia, sa muse, son soleil.
Il revoyait leurs débuts dans ce petit cirque, il y a vingt ans, avec un numéro de prestidigitation qui remplissait à peine la moitié du chapiteau, et leurs ébats quotidiens dans la sciure à la moitié du spectacle, dissimulés sous les gradins.
Les années avaient passé, leur public avait crû mais Angelo, lui, n’y croyait plus. La magie s’était envolée le mois dernier, le jour où il avait surpris sa moitié dans les bras de Haalf, l’homme-tronc. Fou de douleur, il s’était alors jeté dans ceux de Marie-Jeanne, la siamoise de la troupe, à moitié plus jeune que sa femme. Mais ça n’avait pas atténué sa peine. Puis, un jour de la semaine dernière, il avait trouvé dans ce magasin d’accessoires de théâtre la solution à son dépit.
Ce soir, assis sur la scène, il contemplait Silvia, Silvia, qui avec les années, était devenue grosse et moche en plus d’être infidèle. Silvia dont les viscères fumantes coulaient maintenant le long des moitiés de la caisse proprement sciée en deux.
C’était donc ça, la beauté intérieure.
Les policiers, arme au poing, firent irruption sur la petite scène. Il entendit leurs injonctions et reposa doucement la tête de Silvia au sol, près de la scie.
Comme il s’y attendait, elle n’avait rien dans le crâne.

(Gaëlliques circassiennes – 16 janvier)

Aujourd’hui, notre spécialiste nature et bien-être vous propose de pratiquer trois activités excellentes pour la santé et peu onéreuses en une seule : la cueillette des champignons.

Tout d’abord, quelques kilomètres de marche à pied pour arriver sur le site que vous aurez préalablement choisi, de préférence un paisible bois à l’écart de la civilisation, commenceront à vous faire oublier les soucis quotidiens.
Ensuite, pratiquer une longue séance de méditation, assis en tailleur sur la mousse du sous-bois, nu et aussi immobile que possible, vous aidera à retrouver calme et sérénité en abaissant votre rythme cardiaque.
Enfin, une fois cet exercice terminé, vous pourrez vous adonner avec ravissement à la cueillette des cèpes et autres coulemelles qui auront poussé sur votre corps pendant la séance et les déguster en famille une fois de retour à votre domicile.
Eviter cependant les espaces interdigitaux et pubiques nécessitant plutôt une consultation chez un dermato ou un gynécologue.

(Gaëlliques mycologiques – 17 janvier)

AVIS AUX LOCATAIRES DE LA RÉSIDENCE GAI SOLEIL

Ça commence à bien faire !
Mme Martin, (Bloc B, 3e étage, Appt. 32) a retrouvé hier matin en sortant les ordures un bras gauche dans la poubelle bleue.
Ce n’est pas la première fois que cela se produit. La semaine dernière monsieur Durand (Bloc C, 1er étage, Appt. 14) avait déjà trouvé un pied, cette fois jeté dans la poubelle jaune.

RAPPEL A TOUS LES RÉSIDENTS

Les papiers, cartons, etc. se jettent dans la POUBELLE BLEUE uniquement
Les bouteilles plastiques, boîtes de conserve et briques alimentaires se jettent dans la POUBELLE JAUNE
Les déchets organiques, épluchures, marc de café, membres et autres résidus compostables vont dans le BAC A COMPOST VERT sur le côté du bloc A, entre de l’aire de jeux pour enfants et le boulodrome.

LE RECYCLAGE EST L’AFFAIRE DE TOUS.
Favorisons le bien-vivre ensemble.
Merci,
Le gardien, M. Lopez.

P.S. La montre est à venir récupérer à ma loge, (bloc A, Rdc, Appt. 2)

(Gaëlliques écocitoyennes – 18 janvier)

Au son de la cloche, dociles, conditionnés, nous nous plaçons en file indienne devant le bureau aux vitres blindées. Je saute de mon perchoir et frétille de joie. C’est l’heure de la distribution.
Depuis que je suis devenu un oiseau, pour mon plus grand plaisir, l’infirmière a remplacé mes pilules bleues et rouges par des graines.
Mais je n’aime pas la façon dont Felix, mon nouveau voisin de chambre, me fixe de son œil brillant. En ronronnant bruyamment, il se lèche une main, qu’il passe plusieurs fois derrière son oreille.
Je vais devoir demander au directeur de me changer de nid si je tiens à garder mes plumes. Mais j’ai peur d’un refus, quand je vois comment le directeur le laisse se frotter à ses jambes et lui gratte l’encolure…

(Gaëlliques institutionnelles – 19 janvier)

Ce matin,
c’est le vingt
je voudrais bien
qu’un ange gardien
se mêle enfin
à mon destin
de bohémien

mais il est déjà midi vingt
j’ai encore espéré en vain

(Gaëlliques angéliques – 20 janvier)

Découvrez bientôt en librairie Haspy Ratter, la série romanesque de l’auteur à succès J..K. Rombière :
Tome 1 : Haspy Ratter à l’école des balais
Tome 2 : Haspy Ratter et les moutons de Souslelit
Tome 3 : Haspy Ratter et la chambre mal rangée
Tome 4 : Haspy Ratter et le stylo coincé
Tome 5 : Haspy Ratter et les ordures de Félix
Tome 6 : Haspy Ratter et le tapis de cendres mêlé
Tome 7 : Haspy Ratter et les toiles d’araignées de la mort

(Gaëlliques littéraires – 21 janvier)



Gaëlliques An vingt, septain deuxième

- Coach ?
– Oui, doc, qu’y a-t-il ?
– C’est à propos de Kevin, coach…
– Ah, oui, Kevin. Vous lui avez bien donné le cocktail ? Vitamines A, B, C, D, E…
– Oui, coach, mais…
– Les stéroïdes, les anabolisants et les coupe-faim ?
– Oui, coach, mais…
– Son EPO, les hormones de croissance, les amphétamines ? Le combat commence dans moins de 10 minutes…
– Oui, coach, mais justement…
– Les Diurétiques, les gluco-corticoïdes, les Bêta 2 et aussi le… quoi, mais justement ? Je sens bien que vous essayez de me dire quelque chose, toubib… Accouchez, bon sang…
– C’est que… dix minutes ça va pas suffire pour casser la cloison, coach, avec toute cette masse musculaire, Kevin ne passe plus par la porte du vestiaire !

(Gaëlliques – 8 janvier et quelques pilules)

 

Trop arrosé une teuf ?
Une cuite à tuer un bœuf ?
Quelques gouttes du sang d’un veuf
Pendu sous le pont-neuf
(Pas beaucoup, huit ou neuf…)
Mélangées à un jaune d’œuf
Et vous vous sentirez tout neuf,
Prêt à emballer toutes les meufs..
C’est pas du bluff !

(Gaëlliques éthyliques – 9 janvier 2020)

 

Dix secondes après sa naissance, Jehanne poussait son premier cri
Dix ans après elle se droguait et entendait des voix
Dix heures après sa mort, elle arrêtait enfin de fumer

(Gaëlliques fumeuses – 10 janvier)

 

Obsessionnel besoin
Éphémère passion
Attirante tractation
Ridicule illusion

(Gaëlliques en solde – 11 janvier)

Seule une section de 12 poulets casqués et armurés occupait la petite place quand de toutes les rues attenantes se déversèrent des hordes de filets jaunes surexcités. Très vite pépiements et caquètements furieux se muèrent en salves de battements d’ailes de défense pour finir par de bestiales prises de bec. Ego contre ergot, les deux factions se mirent une volée à grands coups de pilons dans les mandibules, si bien qu’on ne distingua bientôt plus que du jaune sang à travers les nuages de fumigènes. Les dindons de la farce de l’ordre y perdirent quelques plumes mais après dispersion des séditieux filets par les coqs à la solde du couvernement arrivés en renfort qui se rengorgeaient victorieusement et une fois la fumée dissipée, on trouva sous la douzaine de poulets encore traumatisés une douzaine d’œufs fraîchement pondus.

(Gaëlliques à la coque – 12 janvier)

Accordez-moi un livre, un chapitre de plus, une page cornée, une ligne tremblante, un mot, oui, un mot juste, rien qu’une lettre encore, même la goutte d’encre du maudit point final, à lire ou à écrire, de quoi jusqu’à ma mort émerveiller ma vie…

(Gaëlliques de papier – 13 janvier)

Hiver aryen
Aveuglément
Recouvre tout
D’un voile blanc

(Gaëlliques climatiques – 14 janvier)



Gaëlliques An vingt, premier septain

Petits textes de mon c(r)u

issus des jeux d’écriture

du Créalendrier de Gaëlle Pingault

Pour bien commencer l’année
Il ne faut surtout pas négliger
Ses amis de l’année passée
Il ne faut surtout pas lésiner
Sur bonne chère et rince-gosier
Moi je voulais vous souhaiter
de la santé, de la gaieté,
juste ce qu’il faut de pognon,
quelques bons livres à dévorer,
aux artistes l’inspiration
de l’amour sans modération
et deux mille vins sans un bouchon

(Gaëlliques – 1er janvier)

Couché sous un plaqueminier
Qui poussait au bord du sentier,
(un fait dont je suis coutumier),
Ses beaux fruits en guise d’oreiller,
Auprès de Morphée réfugié
Doucement je me momifiais
En me rêvant usufruitier.

Y avait pas de quoi m’excommunier…

(Gaëlliques fruitées – 2 janvier)

En janvier, les jours rallongent, c’est bien connu. Sauf que l’année dernière, le phénomène ne s’est pas inversé au mois de juin, comme depuis l’aube des temps. Une histoire de changement d’axe de la Terre, j’ai pas tout bien compris. Les scientifiques non plus, à dire vrai, qui n’ont rien pu faire pour endiguer le problème. Dans un mois c’est le nouvel an et les nuits ne durent plus qu’une heure, et elles sont de moins en moins noires.
Au nord de l’Equateur, économie, industrie, toute activité humaine est désormais à l’arrêt. On doit se tartiner de crème solaire indice 5000 vingt-trois heures sur vingt-quatre pour ne pas griller, se terrer dans nos caves et peindre nos fenêtres en noir profond, ce qui est très insuffisant pour soigner nos brûlures et nos cancers de la peau.
Quant aux gens de l’autre hémisphère, les habitants des pays dont on pillait encore naguère les richesses minières et pétrolières, ils ne voient plus le soleil qu’une heure par jour. Mais contrairement à nous ils ont su tirer parti de la catastrophe et sont devenus à leur tour de grandes puissances : ce sont eux maintenant qui tiennent les rênes du pouvoir, et pour cause : ils sont les seuls à fabriquer cette crème solaire si indispensable, qu’ils nous vendent à prix d’or.

(Gaëlliques solaires – 3 janvier)

Pour que cette année soit du gâteau
Je vous fouette
mes meilleurs œufs

(Gaëlliques pâtissières - 4 janvier)

Sans aucun complexe, la femme s’était assise sur une chaise blanche, au beau milieu de l’exposition de monochromes du musée du Blanc-Mesnil, entre la toile de Malevitch et celle d’Alphonse Allais intitulée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige.
Alerté par un col blanc, le gardien l’interpella, d’une voix blanche, en regardant l’oie blanche dans le blanc des yeux :
- Madame, c’est un musée, ici, vous ne pouvez pas allaiter votre enfant comme cela !
De but en blanc, elle répondit en contemplant le mur blanchi à la chaux :
- Pourtant, j’ai un blanc-sein !

(Gaëlliques immaculées, 5 janvier)

Cette année, pour l’Épiphanie, Mémé avait refusé qu’on apporte une galette, prétextant le mauvais goût de celles vendues dans le commerce. Elle préférait la faire elle-même, « à l’ancienne ».
« - Au moins dans la mienne je sais ce qu’il y a ! Tout est naturel ! Pas comme dans ces saletés industrielles pleines d’additifs ! »
On n’a pas regretté, du moins jusqu’à ce que papa, en faisant une grimace qu’il espérait discrète, retire de la part dans laquelle il venait de croquer un long cheveu gris et que Timothée, du haut de ses quatre ans, la bouche encore pleine de frangipane maison, crie « J’ai la fève ! » en brandissant fièrement entre pouce et index la dernière molaire de Mémé…

(Gaëlliques galettiques – 6 janvier)

C’est aujourd’hui le sept
mettez une salopette
partez en trottinette
sur la nationale 7
des slogans plein la tête
lutter pour vos retraites
jusqu’à ce que les cons pètent

(Gaëlliques politiques – 7 janvier)



Violation de sépulture

La lune était pleine et la nuit déjà bien avancée. La voiture de Police se gara devant l’entrée du cimetière dans lequel tant de célébrités reposaient pour l’éternité, en ayant fini des vicissitudes de ce monde.

En apparence…

Le vieux gardien fit pénétrer les agents à l’intérieur de la petite maison.

-          Bien entendu je vous ai appelés dès que je l’ai trouvé. L’était pas là lors de ma dernière ronde y a deux heures. Avec tout ce qu’il se passe en ce moment … J’ai essayé de m’approcher, mais il grogne et il bave, et pis il a essayé de me mordre, l’animal…

 

-          Ne vous inquiétez pas, on prend la suite. Veuillez juste nous conduire sur les lieux de… du…

Les  quatre agents traversèrent le cimetière en silence, marchant religieusement à la suite du gardien, passant devant des sépultures dont les noms des occupants ne leur évoquaient rien, à part pour certains une rue ou le titre d’une vieille chanson. Ils allumèrent leurs lampes-torches.

A un croisement, ils commencèrent à entendre les grognements, entrecoupés de petits cris aigus et de reniflements. Cela évoquait un sanglier, mais en plein Père Lachaise, on n’en avait pas vus depuis plus d’un siècle.

- Restez en arrière, ordonna un des policiers au gardien.

Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois et recula même de quelques mètres. Avisant sa pelle posée contre une brouette, il s’en empara et la brandit devant lui, inquiet.

Les agents avancèrent prudemment. Un homme nu, accroupi devant une sépulture, leur tournait le dos.

Arc-bouté contre la tombe, il la cramponnait des deux mains, oscillant frénétiquement du bassin dans une parodie d’acte sexuel. Ses vêtements avaient été jetés çà et là dans l’allée.

Les borborygmes entendus plus tôt étaient en fait des mots inarticulés, difficilement reconnaissables. Il les répétait en boucle, à voix basse.

Les agents avancèrent plus près, presque à le toucher.

  – C’est la tombe d’Ambroise Croizat, chuchota le gardien au jeune policier resté à côté de lui.

Ce dernier acquiesça, bien qu’il ne vît pas de quel chanteur il s’agissait. Lui écoutait du rap. Aucun flow dans la musique de vieux…

Les mots que prononçait l’homme étaient maintenant nettement plus audibles.  Il avait perçu la présence des policiers dans son dos. Par précaution ils sortirent leurs tasers.

  – Tiens, la Sécu, tiens les retraites, tiens les hôpitaux, tiens les chemins de fer, tiens les enseignants, tiens les fonctionnaires, tiens les flics, tiens l…

Le policier le plus proche lui mit la main sur l’épaule, ce qui déclencha chez l’individu un rugissement de colère. Il se retourna brusquement, dévoilant un faciès grimaçant, parcouru de tics nerveux. La bave aux lèvres, les yeux emplis de haine roulant dans leurs orbites, les poings serrés, il exposait aux regards des agents et du gardien horrifiés l’obscène objet sanguinolent de son pouvoir, meurtri à force de frotter contre la pierre.

  – J’AI PAS FINI ! hurla-t-il.

Le policier, sur ses gardes, avait fait un pas en arrière et levé son taser, par précaution.

  – Je sais, monsieur Macron, mais il faut y aller maintenant… Votre femme Brigitte va s’inquiéter…



Des caisses pour papoter

Des caisses pour papoter…

Y avait ça quand j’étais môme (donc jusqu’au début des années 80) ça s’appelait, attendez que je me souvienne… une épicerie. Y en avait plein dans la ville, une dans chaque quartier. Même que l’épicier dans celle de ma rue me laissait parfois faire la caisse quand il partait pisser, s’il n’y avait pas trop de clients. Il savait que le temps qu’il revienne la petite vieille qui hantait les allées n’aurait pas fini de me raconter sa vie ou de me demander la mienne et qu’il pourrait s’occuper de l’encaisser (après avoir entendu à son tour ce qu’elle venait de me dire). Y avait une quincaillerie aussi, un marchand de journaux, des bars, deux coiffeurs, trois boulangeries, un réparateur de vélos et une boucherie, et… dans ma rue y avait même, dans les caves d’un immeuble accessibles depuis le trottoir par une pente raide, un grossiste en olives et épices. J’ai passé des heures à la sortie de l’école entre des tonneaux plus hauts que moi chargés d’olives jusqu’au bord, à m’enivrer d’odeurs exotiques et à discuter avec le vieux monsieur en blouse bleue qui les vendait. Cela peut expliquer en partie pourquoi je ne rentrais pas tout de suite chez moi pour faire mes devoirs… en y repensant ma grand-mère devait carrément venir m’en arracher en me tirant par la main… Ah, et en face il y avait un atelier de confection de bijoux, juste à l’angle de la rue.

Aujourd’hui dans le quartier restent deux coiffeurs pour vieux, un bureau de tabac, un pizzaiolo en livraison et des façades muettes. Une salle de fitness-yoga-remise-en-forme a remplacé l’atelier à la fenêtre duquel je me perchais pour discuter avec les ouvrières qui polissaient les pierres précieuses, sertissaient les bagues.
Les enfants aujourd’hui rentrent directement, font leurs devoirs vite et à contrecœur et s’enfouissent avec leur ennui sous des gigabits d’images lénifiantes, les vieux hantent les allées des supermarchés, poussant leurs caddies, puis une fois chez eux ils s’affalent avec leur solitude devant une télé qui parle pour eux et s’éteignent en grésillant comme les ampoules à filament usées de réverbères antédiluviens ..
Ah et sinon quant à l’article ci-dessus, ça ne se passe pas en France…

- Bonjour, c’est à qui ?



Cinq ans, cent lecteurs…

LPOVS 100 ex

 

Au bout de cinq ans d’existence aux éditions Zonaires et après cent exemplaires dispersés aux quatre vents dans les salons du livre et ailleurs, mon étrange petit oiseau, mon premier livre « rien qu’à moi » (et à vous aussi un peu maintenant), cesse de battre des ailes. Merci à Patrick L’Écolier pour sa confiance pendant ce beau voyage ! Et un énorme merci à tous ceux d’entre vous qui l’ont accueilli  dans les rayons de leur bibliothèque et en ont apprécié la lecture !

Il entre en hibernation pour un temps indéterminé, avant, qui sait, d’éclore à nouveau, tel le Phénix, et s’élancer d’un autre nid…

A SUIVRE…

Vous retrouverez bientôt ma plume acide, je l’espère, dans un prochain recueil plein de textes farfelus et flippants à souhait comme j’aime en écrire.
En attendant ?
Ma novella intitulée Jeux de dopes est toujours disponible chez ce même éditeur, et poursuit son tour de France (à vélo)…
http://www.zonaires.com/?p=1218
et vous trouverez les liens vers mes autres livres ici : https://www.facebook.com/LantreduVieufou/
et ici :
http://vieufou.unblog.fr/
A très bientôt !



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