Haut les mains !

- Haut les mains, crie le cambrioleur en entrant, arme au poing, dans la petite banque où Jo est venu déjeuner.

Seul ce dernier, de dos, obtempère.

- Plus haut ! Je veux voir tes mains.

Mais Jo, du fait de sa particularité, ne peut pas les lever plus haut que les épaules. Alors, il se retourne lentement, livrant au regard du criminel qui pâlit sous sa cagoule une vue de l’intérieur de la banque. Pas étonnant que ni les clients ni le guichetier n’aient levé les mains à son arrivée. Tout ce sang sur les murs et les grandes baies vitrées… Ces organes éparpillés entre les meubles en macabres guirlandes… Tous ces corps démembrés, dévorés pour certains… Son estomac se révulse et il vomit dans son couvre-chef en lycra. Revenant à lui, le malfrat voit alors, mais bien trop tard, les mains de Jo tendues vers lui, le sang encore frais qui couvre son menton et ses yeux éteints mais pourtant rivés sur le fond de son âme. Saisissant le cou de l’infortuné voleur, il lui enfonce dix doigts terreux aux ongles cassés dans la gorge et serre, ignorant le râle d’asphyxie du mourant.Quand le corps n’est plus qu’une loque entre ses doigts, il se remet à manger.

Après ce copieux repas, il lui reste quand même encore une petite place.



Prendre la mouche

Des innombrables larves grouillant dans l’abdomen putréfié de Jo le mort-vivant, qui en sème une partie sur son passage, naissent des dizaines, des centaines de mouches qui s’élèvent dans l’air et le suivent en tourbillonnant dans un nuage vrombissant de plus en dense.

Lui-même pourchasse un vivant terrorisé qui s’enfuit comme une mouche, en pensant, la peur au ventre, à celles qu’il enfantera à son tour si Jo l’attrape. 

La proie oblique à gauche, Jo, l’estomac vide, sur les talons.

L’homme réalise trop tard que sa vie est une impasse.

La rue aussi.

Et la boucle est bouclée, et la mouche est mangée.



Du cinéma

- Papa, ça existe, les morts-vivants ?

- Seulement dans les films, mon grand. C’est du cinéma.

L’enfant quitta brièvement le jardin des yeux pour considérer son père d’un air grave, puis son regard replongea à travers le carreau embué.

- Alors tu peux me dire dans quel film il a joué, papi Jo ? Parce qu’il est dans le jardin.



Harcèlement scolaire

- Ton blouson, ou je t’arrache la tête !

Mais le caïd n’entend pas la réponse. D’une part parce que sa victime, dans un hurlement aigu, s’est  relevée  pour fuir de  toute la vitesse que lui permettent ses petites jambes et disparaître au coin de la ruelle plongée dans l’obscurité.

D’autre part parce que nul son ne pénètre plus par les oreilles du jeune tortionnaire dont la tête, brutalement arrachée du cou dans un craquement sinistre, se balance désormais au bout du bras de Jo, le mort-vivant, surgi de l’ombre par surprise.



Sûreté nucléaire

- Chéri, y a un type flippant qui vient d’entrer dans notre jardin.

- Ah bon ? A quoi il ressemble ?

- Il a l’air mal en point. Il trébuche, il bave, il est tout gris, euh… il lui manque un bras et une partie du visage. Ses vêtements sont tout déchirés et ensanglantés. Il renifle et se tourne vers la maison. Oh, chéri, il m’a vue, il vient dans notre direction…

- Appelle vite les militaires qui gardent la Centrale !

Elle contempla l’uniforme aux armes de la  Sûreté nucléaire du mort-vivant qui franchissait le perron en gémissant, de sa démarche traînante.

- Euh, chéri, je crois bien que c’en est un…



Dead kiss

Jo plonge ses lèvres desséchées vers le cou offert de sa compagne. Tandis qu’il goûte les délices de sa chair, elle entreprend de mastiquer l’oreille de son amant, maintenant à portée de ses dents pourries, découvertes par son absence de lèvres, qui luisent dans la clarté du lampadaire. Puis, d’un geste vif de la tête, elle sépare le magma sanglant du reste du visage et déglutit. L’organe méconnaissable ressort par l’orifice béant ouvert en travers de son cou, luisant et informe, et reste en équilibre sur le bord de la plaie luisante, curieux bijou sanguinolent. De son suçon carnassier, Jo ramène un gros bout de chair putréfiée, qu’il mâche et avale bruyamment avant de déchirer lentement, presque tendrement, du bout des dents, la joue de sa partenaire, dénudant le reste de sa mâchoire. Preste, cette dernière happe l’appendice buccal tendu devant elle, tire et arrache. Jo, insensible à la perte soudaine de sa langue, croque le nez offert, dont chair et cartilage se détachent du visage dans un chuintement sensuel, emportant encore un morceau de joue. Leurs mains se frôlent en leur intimité. De ses doigts secs, chacun fouaille tendrement les entrailles de son amant, de son aimée, qui se déversent sur le trottoir en un flot gluant. Enfin, ils tiennent dans leurs mains poisseuses le cœur de leur amour qui depuis longtemps ne palpite plus, que pour eux seuls. Le vrai festin peut commencer. Leurs yeux éteints ne se quittent pas, ne se quitteront plus jamais.

Ils s’aiment.

 

Autre texte (du jour) issu d’un jeu d’écriture : Réécrire de manière plus dynamique. « Ils s’embrassèrent passionnément. » Ici encore, j’ai triché, mettant le texte au présent. J’ai également repris le personnage de Jo, qui m’amuse.



Jo mange bruyamment

Le crissement d’un tissu qui se déchire, le craquement sec d’une branche qui se rompt, le flot glougloutant du ruisseau, voilà les sons qu’émet la gorge du serveur, emplissant le restaurant bondé. Jo n’en a cure, désormais seulement guidé par sa faim. Il n’entend pas le hurlement des clients fuyant vers la sortie. Il replonge son visage rougi aux yeux éteints dans la plaie béante, qui n’émet plus qu’un faible clapotis, et se met à manger, mastiquant et déglutissant dans le silence revenu, seulement troublé par les derniers râles d’agonie du jeune homme et le bip bip ininterrompu du carnet de commandes électronique que son doigt crispé n’a pas lâché.

Texte issu d’un exercice  d’écriture  : On reproche souvent aux auteurs d’utiliser des adverbes qui pourraient être remplacés sans aucune difficulté par une description dynamique.

« Jo mangeait bruyamment. »

A la place de ce petit bout de phrase lapidaire. Écrivez un texte dynamique, donnez du détail bref, n’ayez pas peur d’en faire trop…

J’espère que je n’en ai pas trop fait…

j’ai pris la liberté de mettre le texte au présent



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