An vingt, Dix-neuvième septain

Comme elle se prénommait
Prudence
Elle appela sa fille
Sûreté.
Parce qu’on ne sait jamais…

(Gaëlliques prénominales – 6 mai)

Mai où sont donc passés les gens ?
Mai pourquoi tous ces masques inquiets ?
Mai quand reviendra le bon vieux temps ?
Mai mes vers non plus n’ont-ils pas pied ?
Mai en verra-t-on bientôt la fin ?
Mai vivement le mois de juin

Qu’on en fume un…

(Gaëlliques monstruelles – 7 mai)

Pourquoi appelle-t-on ces étranges créatures des fripons ? se demandait mémé en regardant le bébé suçoter son dentier. Après tout, c’est moi qui suis fripée !

(Gaëlliques sansâgénaires – 8 mai)

Virevoltant et pirouettant avec élégance sous les plaintes langoureuses d’un saxo qui s’échappaient d’une fenêtre entrouverte, une bombe de peinture au bout de chacun de ses longs bras graciles, le grapheur recouvrait les pavés de jaunes et d’ors, reproduisant fidèlement sur toute la surface de la rue piétonne les tournesols qu’avait peints Van Gogh cent trente ans plus tôt. Quand les flics vinrent le plaquer au sol pour lui passer les menottes, l’aspergeant copieusement au passage de gaz lacrymogènes, ces mêmes flics sur lesquels, dès le lendemain, on jetterait ces mêmes fleurs au cours de la manif, la peinture était déjà sèche.

(Gaëlliques florales – 9 mai)

Je me souviens des mots que me disait mon père :
« Tu veux être accepté, respecté par tes pairs ? Fais-leur donc soupçonner une plus grosse paire… »

(Gaëlliques hors pair – 10 mai)

Enfin, je fais ce qui me plaît,
Se dit l’humain déconfiné
L’homo-hydro-alcoolisé,
Dès le matin du onze mai.
Ça fait longtemps que j’en rêvais.
Tiens, aujourd’hui, moi, je voudrais
Aller dans un endroit bondé
Où les gens vont pour consommer
Comme un étroit supermarché,
Le petit ciné du quartier
Ou bien un bus inter-cités
A la foule me mélanger
Puis d’un seul coup me démasquer,
Sans filtre et sans gants me montrer
Sur tous ces rats postillonner
Et puis tousser,
Baver,
Cracher
Pour finir par éternuer
Désabusé, désinhibé
Dans le coude, à moi étranger,
D’un con fini désinfecté
Afin de savoir ou en est
Vraiment rendue l’humanité
Sous sa couronne d’immunité,

Mais je crois plutôt que je vais
Rentrer et puis me recoucher

(Gaëlliques virales – 11 mai)

- Votre mission, si vous l’acceptez, sera de rapufler les mistouris avec un labouve.
Quand je reçus de l’Etat-major ce message incompréhensible, codé en néo-novlangue argotique, je me fis la réflexion que je n’étais plus de la première jeunesse. Lors de ma dernière mission on m’avait fait ratisser des carottes sur Mars, ce qui signifiait simplement aller éliminer un narcotrafiquant au Caire. Allez savoir où ils vont chercher leurs expressions, au Ministère. Et pourquoi ils se compliquent tant la vie, des fois…
Devant ce nouveau casse-tête linguistique, je dus même reconnaître – à défaut de l’avouer à mes supérieurs, à qui j’arrivais encore à donner le change – que j’étais quelque peu dépassé, avec mon franglais so old-school et mon verlan de titi parisien face à leurs expressions post-futuristes tellement hypes.
Déjà que ma condition physique me mettait hors-jeu pour la plupart des opérations risquées, si je n’arrivais même plus à déchiffrer les ordres de missions codés envoyés par mes chefs, la pension de retraite – pardon, l’Ehpad – pour espions en fin de vie, ou du moins en fin de carrière, allait sans doute très vite compter dans ses honorables murs un pensionnaire de plus, en ma modeste personne.
Mais pour différer l’inéluctable, je devais déjà décrypter ce maudit charabia et me sortir avantageusement de cette mission. De préférence sans réveiller ma sciatique !

(Gaëlliques et services secrets – 12 mai)



An Vingt, septain dix-huitième

Méchant virus oblige, les restaurants du précambrien affichaient sur leur devanture :
Menu du jour : mets théoriques.
Dernier repas avant extinction
Ce soir on broute au sort.

(Gaëlliques antédiluviennes – 29 avil)

En avril s’il te restait du fil
En mai tu seras masqué
Pour peau de bal

(Gaëlliques couturières – 30 avril)

En ce moment quand je dis que les derniers à m’avoir vu bosser ne sont pas jeunes, eh ben c’est pas une blague de Coluche !

(Gaëlliques pluricentenaires – 1er mai)

Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais revu la fille à qui j’avais offert en cadeau de fiançailles un pied d’Arum Titan sur le point d’éclore.

(Gaëlliques florales – 2 mai)

Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur automatique de Dieu. Je ne suis pas là pour le moment et ne peux vous répondre dans l’immédiat.
Pour vérifier votre éligibilité à cette pandémie, tapez 1
Pour savoir si vous êtes susceptible d’y survivre, tapez 2.
Pour un résumé des règles de distanciation sociale à transgresser, tapez 3.
Pour un rappel des gestes barrière à négliger, tapez 4.
Pour obtenir votre température spirituelle, tapez 5
Pour trouver les différents points de non-vente de masques, tapez 6.
Pour connaître la couleur de votre département, tapez 7
Pour avoir une estimation de la date de votre déconfinement, tapez 8
Pour vérifier le nombre de places disponibles au paradis, tapez 9
Pour obtenir un conseiller, appuyez sur la touche Diable.
Merci de bien vouloir patienter ou réessayez d’appeler ultérieurement.
(6,66€ la minute + coût de l’appel)
Bonjour, vous êtes bien sur le…

(Gaëlliques divines – 3 mai)

- Bonjour, je suis Saint-Pierre, votre ange-gardien, Dieu étant confiné sur Son nuage, Il n’effectue plus qu’un service restreint, en télétravail, et m’a demandé de vous accueillir et de m’occuper du dispatch. Veuillez me présenter vos attestations dérogatoires dûment datées, remplies et signées. Je sais, madame, en bas, on vous a dit que vous pouviez faire votre jogging sans risque. Eh bien, on vous a menti, je n’y suis pour rien. De toute façon les responsables seront bientôt là. Quand ça ? Oh, ici, la notion du temps, vous savez… Suffisamment tôt. Très vite, si j’en juge par le poids de leur karma !
Pas de bousculade, il y a assez de place pour tout le monde.
Oui, monsieur, vous pouvez enlever votre masque, maintenant vous n’en avez plus besoin et en plus vous le portiez mal, ce qui explique votre présence parmi nous.,. et oui, on peut désormais s’asseoir à proximité de ses petits camarades. Oui, vous pouvez tousser aussi, vous êtes tous déjà morts. Fallait y penser avant ! Je vais procéder à une prise de température. Si vous avez plus de 39, vous serez placé en quarantaine pour éviter toute contagion. Il ne faudrait pas que nos autres pensionnaires attrapent une angine. Oui, je fais de l’humour si je veux.
Bon, je commence. Vous êtes ici parce que vous avez tous refusé l’isolement à zéro euro qui vous a été proposé par nos services et ..
- Euh, excusez-moi, il doit y avoir une erreur, j’avais juste demandé à Lui parler au téléphone !
- En conduisant, monsieur, en conduisant…

(Gaëlliques divines, suite – 4 mai)

 

On aurait voulu s’appeler le club des 5, rapport à ces bouquins dont Jean-Mi avait toujours un exemplaire dans son cartable, qu’il lisait entre deux cours. Sauf que, du coup, ça aurait manqué d’originalité. Et qu’en plus; on était sept, moi y compris.
Jean-Mi était l’intello de la bande, premier de la classe et fort en tout sauf en sport. Contre quelques euros, il faisait les devoirs des autres, en rajoutant quelques fautes pour éviter que ça se voie trop.
Hippo avait toujours dans son cartable une trousse de premiers secours. En vrai il s’appelait Olivier, mais comme il était hypocondriaque, les autres lui avaient trouvé ce surnom qui lui collait à la peau comme un des sparadraps que sa mère, infirmière à l’hosto, appliquait sur ses boutons d’acné le matin et qu’il arrachait rageusement juste avant d’arriver au collège.
Nono, une tronche en maths, faisait office de comptable de la bande et gardait notre maigre trésor, quelques gâteaux, des billes et des BD piquées à une bande rivale, qu’on avait mis en commun et qu’il planquait dans une boîte en fer enterrée derrière l’église. Il disait à qui voulait l’entendre qu’un jour, quand le trésor aurait beaucoup grossi, il serait élu maire de la ville.
Y avait aussi Chris, le castagneur, toujours prompt à déclencher les bagarres à la récré, et à accuser l’autre d’avoir commencé quand le pion venait les séparer.
Manu était notre chef. C’était le chouchou de sa prof de français. Faut dire qu’il faisait sans arrêt le fayot. Du coup, elle lui mettait toujours des bonnes notes. Dès qu’on se retrouvait dans le terrain vague derrière le lotissement, il mettait son masque de Zorro et inventait des scénarios dans lesquels on était toujours les gentils et où on sauvait le monde des méchants. Il nous donnait plein d’ordres et il fallait qu’on lui obéisse sans discuter sous peine de ne plus faire partie de la bande.
D’ailleurs , au début, y avait une fille avec nous, mais elle était si bête que les garçons n’ont pas voulu qu’elle reste.
Y avait aussi Doudou, un grand échalas que les autres appelaient comme ça parce qu’il se promenait toujours avec son doudou, un vieil ours en peluche mal en point qui laissait chaque jour échapper un peu plus de son rembourrage en coton par un accroc sur sa joue. Lui aussi aurait voulu être chef, mais face à Manu, il ne la ramenait pas trop.
Enfin, y avait moi, qui les rejoignais dès leur sortie des cours. J’étais en quelque sorte leur mascotte, un grand berger allemand efflanqué mais fidèle qu’ils avaient surnommé Didier, après avoir vu un film débile où un chien se transformait en homme. J’étais là pour poursuivre les membres des bandes rivales et leur mordre les mollets, ce que je m’appliquais à faire de mon mieux, sachant que mon zèle serait récompensé d’un gâteau et d’une caresse sur l’échine.
Mais il y a quelques jours, ils ont attrapé une mauvaise grippe et leurs parents les ont gardés à la maison. Sans mes petits maîtres, je me suis mis à errer au hasard des rues et, désœuvré, j’ai essayé de choper les jarrets du premier humain que je croisai, pensant que ça les ferait revenir, et avec eux les récompenses habituelles. En vain. On m’a poursuivi, capturé et mis dans une cage étroite et malodorante. Bien sûr, on me nourrit, mais ce matin, je suis particulièrement inquiet. Je n’aime pas du tout l’odeur de cet humain qui s’approche doucement de moi avec une voix faussement rassurante et un cylindre terminé par une longue aiguille dans la main. Je lui montre les crocs en grognant mais ça n’a pas l’air de l’impressionner, lui.
Hé, les copains, j’ai besoin de vous, là.
Vous êtes oùùùùùù ?

(Gaëlliques en bande organisée – 5 mai)



An Vingt, dix-septième septain

- Je repensais à ma dernière fête d’anniversaire, cloîtré chez moi, seul, sans famille ni amis, à boire bière sur bière devant la télé toute la soirée jusqu’à m’écrouler d’alcool et de déprime avant minuit sans même avoir ouvert le cadeau que je m’étais fait pour l’occasion (encore une bière)….
- Ouais, quelle plaie, ce confinement, saloperie de virus !
- Confinement ? Ah non, mon anniv, c’était huit mois avant.. .

(Gaëlliques en solitaire – 22 avril)

Le message vocal stocké sur la clé USB que j’avais extirpée de l’enveloppe kraft à mon nom disait :
« - Bonjour, ici Franck Riester. Votre mission, si vous l’acceptez, sera de finir d’écrire votre prochain recueil de nouvelles, de remanier votre futur premier roman, de les soumettre tous deux à un éditeur, d’en trouver un également qui soit séduit et amusé par votre recueil de micro-nouvelles, « Court, mais trash », un autre qui veuille bien accepter dans son catalogue votre toute première novella, « Le petit oiseau va sortir », en rupture de nid depuis quelques mois, d’en trouver encore un assez fou pour reprendre sous son toit votre premier recueil préfacé par Emma Crt, « Infemmes et sangsuelles », sans logis à partir de juillet, de rencontrer un éditeur poète qui succombe au charme acide de vos « Lettres aMères et autres Peaux-haines », recueil de textes autobiogothiques, et un doux rêveur enfin pour accepter de publier votre récit de fantasy éco-terroriste richement illustré par Philippe Lemaire,
Tout cela en restant à votre domicile, en portant un masque et en toussant dans votre coude, crise sanitaire oblige.
Comme toujours si vous ou l’un de vos personnages étiez capturé ou tué, ce qui ne manque pas d’arriver dans vos histoires, le ministère de la Culture nierait avoir eu connaissance de vos agissements et de votre existence. Bonne chance. Ce message s’autodétruira dans quelques instants… »
J’ôtai la clé de mon ordinateur, la posai dans le cendrier et attendis vainement pendant plusieurs minutes de la voir se consumer. J’y mis finalement le feu avec mon briquet en songeant que pour que le ministre en personne me demande, à moi, de poursuivre mes scribouillages, la culture française était vraiment mal barrée…

(Gaëlliques impossibles – 23 avril)

Nihistylisme : (n.m.) Mouvement pictural apparu dans le premier quart du XXIe siècle un peu partout dans le monde. Les artistes ne pouvant plus, faute de moyens, se procurer peinture, pinceaux, toiles ou chevalets se sont mis à peindre avec leurs doigts, dans le vide, les paysages qu’ils voyaient devant eux.
La plupart ne signèrent pas leur non-création, dans un souci de distinction entre l’oeuvre, pure et éternelle, et l’artiste, cet éphémère cloporte, et leurs noms sont rapidement tombés dans l’oubli.
Beaucoup à cette période ont d’ailleurs été arrêtés sur dénonciation, leurs gestes étranges étant assimilés à de la sorcellerie ou pris pour de la psychose par les gardiens de l’ordre moral, puis internés en asile artistiques car déclarés émotionnellement inadaptés à la société et sont morts dans des cellules capitonnées bien avant qu’on s’aperçoive de l’existence d’œuvres magnifiques et qu’on reconnaisse le nihistylisme comme un courant artistique à part entière.
Une des non-toiles nihistylistes les plus célèbres est intitulée « Les ruines de Notre Dame vues des ruines du pont de la Tournelle « . Elle est visible uniquement à Paris, depuis les vestiges du pont suscité situé en face de l’île de la Cité, par temps clair, et est aussi célèbre et représentative de ce courant que le non-tableau intitulé « Trois pyramides un sphinx et pas mal de sable », qu’on peut seulement contempler au Caire, ou que la très connue « Feyzin la nuit la raffinerie ».
Un courant très semblable, appelé relectisme, est apparu en littérature à peu près à la même époque, consistant pour les écrivains à adapter leur art à leur faible niveau de vie, en passant de l’écriture de nouveaux ouvrages, chronophage, coûteuse et peu lucrative, à la relecture de livres préexistants.
Là encore, aucun nom de relecteurs de grands livres comme « Télé Z – semaine du 2 au 8 août 2010″ ou « Annuaire 2015 de la Seine Saint-Denis » n’est passé à la postérité.
Seul leur art a survécu.

(Gaëlliques wikipédlistes – 24 avril)

Forcément,
une maille à l’endroit
une maille à l’envers
il n ‘avance pas vite
ce tricot

(Gaëlliques en pelote – 25 avril)

C’est la trêve, déconfineurs
Menés par les distanciateurs
Sur ordre des parlementeurs
Désinfectez ces balconneurs
A grands jets de javelliseur

(Gaëlliques de vingt heures – 26 avril)

Le temps c’est de l’argent, disait mon grand-père. Je n’ai compris cette maxime que ce matin, en trouvant profondément enfouie dans le jardin une vieille horloge comtoise, qui s’est révélée, une fois ouverte, remplie d’une fortune en pièces d’or.

(Gaëlliques horlogères – 27 avril)

Fait
Comme un rat
Dans une cave d’affinage
J’ai mangé des tommes
Et j’ai ri

(Gaëlliques fromagères – 28 avril)



An Vingt, septain seizième

Confiné depuis un mois à l’hôtel du Chamois d’or, en bas des pistes de cette station de sports d’hiver réputée mais pour l’heure dépourvue de neige et de vacanciers, il enchaînait matin midi et soir raclettes, fondues et tartiflettes, et se prenait de plus en plus souvent à rêver d’une bonne, d’une simple ratatouille.

(Gaëlliques légumineuses – 15 avril)

J’avais inventé le robot parfait, capable de faire la vaisselle, laver le linge, faire le ménage, les courses et d’aider les enfants à faire leurs devoirs. Tout se déroulait sans la moindre anicroche, jusqu’à ce que, subtil hommage, je décide de l’affubler du visage de ma femme.

(Gaëlliques d’intérieur- 16 avril)

Ça faisait un moment que je n ‘entendais plus les enfants, suffisamment longtemps pour me dire que ce silence suspect cachait quelque chose de louche, quand je vis soudain passer à toute allure dans la rue en pente Rominou, le chat des voisins, les quatre pattes engoncées dans une paire de rollers, les oreilles en arrière en signe de mécontentement, une ribambelle de boîtes de conserve attachées à sa queue hérissée, suivi de très près par les garnements hilares.
Ils auraient au moins pu lui mettre un casque !

(Gaëlliques à roulettes – 17 avril)

Les enfants du confinement rêvent
Qu’ils s’embrassent
Enfin sans leurs masques

(Gaëlliques déconfinées – 18 avril)

Ô, Toi, mon canapé
Adoré,
Jamais je ne t’ai trempé.
Je te le promets.
Ou peut-être
Juste une fois,
Mais ça ne compte pas,
C’était un accident
J’étais bourré.
Je te jure
Qu’elle n’était rien
pour moi,
Cette bière…
D’ailleurs
J’ai mis son cadavre
Dans la remise,
Avec les autres
Et je n’y ai plus jamais pensé.

(Gaëlliques sur canapé – 19 avril)

Naguère en terre d’Israël
Par un beau matin de juillet
Une mine anti-personnel
S’éprit de la paire de souliers
Que chaussait un jeune rebelle
Sorti sans trop se méfier
Afin de retrouver sa belle
Sous les feuilles d’un olivier.
Tout en rêvant d’amours charnelles
De lèvres roses à mordiller
En imaginant sa gazelle,
Il n’arrêtait de trépigner.

Mais hélas la vie est cruelle,
La mine, se sentant dédaignée,
Son courroux fit des étincelles
Et jalouse, elle prit son pied.

(Gaëlliques unipédistes – 20 avril)

Le mois de mai sera aussi oubliable que le mois d’avril fut mémorable. Ou vice versa, je ne sais plus. Enfin, pas encore. Je vous dirai ça en juin. Peut-être.

(Gaëlliques mémorielles – 21 avril)



An Vingt, quinzième septain

En avril,
ne te déconfine
pas d’un fil

Avril viral ? Lirai, ravi !

(Gaëlliques à vrilles – 8 avril)

J’avais promis à ma femme un bain bien chaud et un bon dîner à son retour du travail. Quand la clé tourna dans la serrure, j’augmentai le feu sous les marmites d’eau frémissante où flottaient déjà quelques légumes et saisis le hachoir.

(Gaëlliques conjugales – 9 avril)

Chère télévision
Pourrais-tu arrêter
de passer en boucle
la pub pour Covidis ?
Pour toi, la vie,
c’est ça, crédit,
Mais pour nous autres,
c’est sacré, dis !

(Gaëlliques cathodiques – 10 avril)

Avril
A l’aube
Au bord de l’océan
Admirer le lever du soleil
Alone
Apaisé
Alangui
Avec juste
Aux oreilles le vent
Amoureux des vagues

(Gaëlliques hors-saison – 11 avril)

Communiqué du Ministère de la culture
A partir de ce lundi, pour faire face à la grave crise qu’affronte en ce moment l’Education Nationale et à la baisse générale du niveau des études dans notre pays, la lettre A sera retirée de notre alphabet. Par conséquent tous les mots contenant cette lettre seront supprimés des dictionnaires et de tous les futurs livres édités et imprimés, ainsi que du langage courant et de tout support informatique.
Ce plan de redressement devrait faire gagner des milliards d’euros à notre économie, épurer l’ensemble des apprentissages en simplifiant la langue de plusieurs milliers de mots, et soulager le dos de nos chères têtes blondes en allégeant le contenu de leurs cartables, .
Cette méthode pourrait, si elle est couronnée de succès, se voir appliquée à d’autres lettres de l’alphabet dès la prochaine rentrée scolaire. La suppression des lettres B et C fait déjà l’objet d’une étude approfondie.

(Gëlliques sns l lettre – 12 vril)

Je connais dans un presbytère un curé qui soigne ficus, yuccas et fougères par la prière. Devinez quoi ? Les autres prêtres l’appellent le père vert. Je connais également une nonne qui passe ses journées à la cave, la tête sous le tonneau, à goûter les récoltes des vignes du Seigneur. Eh bien, les sœurs du couvent l’ont surnommée la mère rouge.

(Gaëlliques ecclésiastiques – 13 avril)

- Et on termine cette visite de l’ISS par le module Beam, un habitat spatial gonflable qui est t… oui, recrue, une question ?
- Oui, commandant, ce bouton rouge, là, à quoi il sert ?
- N’y touchez surtout pas, malheureux ! Il nous ramènerait sur Terre. Ils sont tous confinés, là-bas !

(Gaëllique spatiales – 14 avril)

 



An Vingt, septain quatorzième

Je leur annoncerais bien la victoire totale sur l’épidémie et la fin du confinement grâce à l’extrême efficacité de la politique du gouvernement lors de ma conférence de presse de ce soir, mais je ne suis pas sûr que ça fasse marrer grand monde aujourd’hui, se dit le premier ministre au moment de rédiger son intervention télévisée.

(Gaëlliques et attrapes – 1er avril)

Ce champ de maïs
semblait avoir été peint
par Van Gogh
d’après une description
que lui en aurait fait
Stephen King

(Gaëlliques paysagères – 2 avril)

Le drôle de lézard qu’avait reçu Thomas pour son onzième anniversaire de la part d’un oncle éloigné qui vivait en Amérique du sud avait rendu tous ses copains verts de jalousie, mais ils furent encore plus impressionnés quelques temps plus tard la nuit où, d’un souffle puissant, le dragonnet, surnommé Godzy par son petit maître, fit fondre la vitre de son vivarium, mit le feu à la maison et prit la poudre d’escampette.

(Gaëlliques de compagnie – 3 avril)

Dans tous les gâteaux de tes anniversaires, j’ai mélangé un quart d’énergie, un quart de tendresse, un quart de gentillesse et un quart de malice. Je les ai laissés lever tendrement pendant dix-huit ans en te regardant discrètement grandir et dorer à travers la vitre du four. Le résultat, tendre et croustillant à la fois, est à croquer, et me rend chaque jour un peu plus fier d’être ton papatissier..

(Gaëlliques d’anniversaire – 4 avril)

Jadis je faisais le mur
Désormais je fais mûr
Un jour je ferai l’mort

Alors ça sert à quoi
Que je me casse le col ?

(Gaëlliques à mur-mures – 5 avril)

Quand il l’a vu passer au large, l’étique naufragé enhaillonné de guirlandes d’algues brunes s’est enfoui à toute vitesse sous le sable blanc de son île déserte, se faisant tout petit, parfaitement immobile et silencieux jusqu’à ce que le titanesque paquebot de croisière ait disparu de l’horizon. Pas question ces temps-ci de déroger aux gestes barrières.

(Gaëlliques prudentes – 6 avril)

Au programme de la fête de l’avriculture :
10 h : Poison d’Avril (Rock avricole)
14 heures : Championnat de crachat de noyaux d’avrocats
16 heures : Showcase : Avril Lavigne.
Tout au long de la journée :
Démonstration d’arrachage d’avrichauts « à l’ancienne »
Dégustation d’avricots
21 heures : Grand feu d’avrifice.
Fête de l’avriculture, l’Isle sur Avray,
à partir de 9 heures
Dimanche 3 mai 2020

(Gaëlliques avriolantes – 7 avril)



An Vingt, treizième septain

Sur mon attestation de déplacement dérogatoire, j’ai indiqué comme motif « aller ratisser des carottes sur la planète Mars ». Hier j’avais marqué » « ratisser la soupière », les flics m’ont laissé passer. Je crois qu’ils ne vérifient pas vraiment les raisons de nos sorties. Demain, j’irai faucher des patates sur Ganymède et vendredi je fais une soupe !

(Gaëlliques dérogatoires – 25 mars)

L’horloger en chef de Tau IV, la planète aux trois soleils, avait bien du travail, quand il devait, seize fois par an pendant presque une semaine entière, régler les montres et les pendules de toute la population au moment de passer de l’heure d’hiver à celle d’été, et inversement.

(Gaëlliques horlogères – 26 mars)

Je sais,
depuis le temps
que tu t’y entraînes sur ta console
tu es déçu
que tous ces morts
ne se relèvent pas
avec des envies
de cerveaux frais.
Mais crois-moi sur parole
tu auras d’autres occasions
en grandissant
d’étrenner
ton fusil-tronçonneuse.
Il reste des vivants.

(Gaëlliques de consolation – 27 mars)

A force
d’aligner des livres
sur les rayonnages
de tous les murs
de la bibliothèque
dans laquelle
je me suis installé
confortablement
pour lire
je crois que
je n’en retrouverai plus
la porte de sortie
si seulement
je la cherche un jour

(Gaëlliques idéales – 28 mars)

En entendant les paroles du président à la télé, j’eus un tremblement d’effroi : nous étions en guerre contre un virus, il fallait rester confinés en famille, pour une durée officieusement indéterminée mais provisoirement définie à une quinzaine de jours par notre Gouvernement.

La guerre…
Sur le canapé du salon, ma femme était en train de gagner celle qu’elle avait déclarée il y a plusieurs années à l’apesanteur et aux pots de Ben & Jerry’s parfum Caramel Chew Chew.
Du coin de l’œil, j’aperçus ma fille qui menait une lutte inégale et quotidienne depuis déjà six mois contre son adolescence ingrate face à son miroir de poche moucheté de sébum, et en entendant le fracas barbare de la bataille à laquelle se livrait mon fils dans sa chambre, sur sa batterie, contre nos voisins du dessus, un couple de retraités sans histoires heureusement sourdingues, je me fis la réflexion qu’elle était bien mal barrée, cette guerre…

Mais j’ouvris quand même la fenêtre à vingt heures précises pour me battre avec l’ensemble de mes concitoyens réquisitionnés, frappant courageusement mes mains l’une contre l’autre dans l’obscurité pendant deux longues minutes, submergé par le sentiment de servir vaillamment ma patrie, d’être en quelque sorte un héros du quotidien, semblable moi aussi à ceux que j’applaudissais, avant que ma femme, rompant le charme, ne me crie sèchement depuis son canapé :
- Ferme ça, crétin, tu vas nous faire attraper la mort !

(Gaëlliques martiales – 29 mars)

Hiver de fin 2020
- Bonjour, facteur !
- Bonjour madame Michu, c’est pour le calendrier.
- Ah, faites voir ce que vous avez cette année. Pas des motos, hein, ni des bagnoles, mon mari est mort en mars. Ni des chatons ou des dessins animés, mes enfants aussi sont morts, en juin. Et mes petits-enfants en août. Ils auront au moins profité de grandes vacances. C’est quoi, celui-là ? Les agents de la Poste les plus chauds ? Bah dites donc, y z’ont pas froid ! Pis c’est pas des gringalets comme vous ! Et lui, faudra lui dire que le masque FFP2, c’est pas là que ça se met, il me semble ! Bon, allez, je vous le prends ! Et celui-ci, avec ces drôles de formes pleines de couleurs, c’est quoi ? Pas des sex-toys, quand même ?
- Non, 12 virus parmi les plus dangereux, agrandis au microscope. Allez savoir pourquoi, les gens se passionnent pour ça cette année. Ebola, Corona, VIH, fièvre jaune et j’en passe. Un par signe du zodiaque. Vous êtes quoi comme signe, madame Michu ?
- Oh, moi je suis cancer, alors, vos virus…

(Gaëlliques calendaires – 30 mars)

Voilà, c’est fini.
A force de lorgner
sur les silhouettes colorées
qui tournaient en rond dans l’aquarium
et de les taquiner du bout de la patte,
Mirou le chaton gris
est tombé à l’eau.
Plouf !

Les piranhas n’en ont rien laissé.

(Gaëlliques piscicoles – 31 mars)



An Vingt, septain douzième

Tant qu’à manger du foin
puisque l’on me dit bête,
autant fumer de l’herbe
se dit un âne gris.

Lors on le vit brouter
un carré d’herbe verte
sous la fenêtre ouverte
d’une ferme isolée
d’où sortaient en volutes
des fumées d’herbe bleue

L’âne gris, les yeux rouges
hilare, défoncé,
s’exclama : – mon Dieu, que
ce fermier a l’herbette !!!

(Gaëlliques herbeuses – 18 mars)

- Votre portière est mal fermée !
- Clac !
- Attachez votre ceinture !
- Click !
- Soufflez dans l’alcootest !
- Pffffft !
- Échec du processus de démarrage.
- Ah, quoi encore ? Saloperie ! Tu parles d’une voiture intelligente !
- Désolé, monsieur Martin, tant que vous avez cette haleine de poney mort et que le taux d’alcool dans l’air que vous expirez crève le plafond, je ne vous emmènerai nulle part. Inutile d’être blessant ou insultant. Oh, bien sûr je pourrais vous conduire de ce restaurant à votre bureau sans même que vous touchiez mon volant, qui d’ailleurs n’existe plus sur ce modèle qu’en tant que façon de parler depuis 2028 mais dans votre état vous feriez échouer ce contrat que vous négociez depuis six mois avec les japonais, et comme je suis une voiture de fonction appartenant à la société qui vous emploie cela va à l’encontre de ma programmation La négociation se conclura donc sans vous. La direction en est d’ores et déjà avertie. Par conséquent, veuillez sortir immédiatement de mon habitacle et continuer votre route à pied. Et cherchez une bonne histoire à raconter à votre épouse, vous êtes licencié sans indemnités avec effet immédiat. Vous devrez libérer votre bureau de tous vos effets personnels avant 16 heures et rendre les clés magnétiques de votre appartement de fonction d’ici la fin de la semaine.
Passez une bonne journée.

(Gaëlliques connectées – 19 mars)

Le printemps allait arriver
J’allais bientôt pouvoir graver
Nos initiales sur le tronc
Du chêne en face de la maison
Où tous les deux nous nous aimions

Hélas ce fut la pandémie
Le confinement, l’asphyxie
L’énervement,
la combustion des sentiments,
le trop-plein,
La détestation

Froidement s’acheva l’hiver
Hier
j’ai gravé nos deux prénoms
Profondément dedans ta chair
Avec
un joli cœur autour
Pour immortaliser notre amour.

Finie la quarantaine
En ce dernier jour de ventôse
Ce matin c’est à peine
Si la branche du vieux chêne
Sous lequel tu reposes
Ploie
sous mon poids

(Gaëlliques printanières – 20 mars)

Nous devons nous laver les mains.
Le savons-nous ?
Je suis saoul sous la pluie.
Hydroalcoolique deviendrai-je ?

(Gaëlliques à genoux – 21 mars)

Je me demandais aussi pourquoi je ne recevais plus de lettres depuis quelques jours ! Je me suis même imaginé des trucs farfelus : que les agents de la Poste détournaient notre courrier pour en fabriquer des masques ou que mon facteur avait chopé ce satané virus. Mais en réalité je crois que c’est mon voisin qui l’a mangé.
Tout à l’heure je l’ai vu jeter à la poubelle une casquette et une veste de postier, et ce soir mon chien a rapporté de derrière la haie qui sépare nos jardins le squelette d’un pied auquel étaient encore attachés quelques lambeaux de chair bouillie.
Je lui ai laissé les os à ronger. C’est que les temps sont durs…
J’espère qu’on aura un nouveau facteur dès demain.
Moi aussi, j’ai faim…

(Gaëlliques postales – 22 mars)

Le vingt-trois, c’est souvent comme ça, je pars de chez moi à vingt-trois heures vingt-trois, et je me retrouve sans m’en apercevoir au beau milieu de la Nationale 23, en pyjama, en me demandant ce que je fous là. Puis je me rappelle qu’on n’est pas encore en 2023 alors je rentre chez moi.

(Gaëlliques noctambules – 23 mars)

- Assassin ! Assassin !
Le type en jogging moulant, bandeau sur le front, MP3 dans les oreilles, montre connectée au poignet et baskets fluo n’eut pas le temps de faire trois pas dans la rue. Un déluge d’objets hétéroclites lui plut dessus : Pantoufles, casseroles, cailloux, excréments canins… Penaud, il rentra chez lui en se tenant la tête où grossissait déjà un bel œuf de pigeon..
Ça allait être long, deux mois sans courir. Et ça allait être un peu lourd, l’ambiance, à la prochaine fête des voisins…

(Gaëlliques sportives – 24 mars)



An Vingt, onzième septain

L’artiste en mal de création
Cherchait un sujet à croquer
Afin d’exprimer sa passion.
Il déplia son chevalet

Après des machines de guerre
Et un nudiste à quatre bras
qui d’ailleurs ne lui plaisait guère
Il voulut peindre Madonna

Mais comme celle-ci ne naîtrait pas
Avant quatre siècles et demi
sur la toile il improvisa.
Après tout, c’était un génie

S’il inventait le rouge à lèvres
Pour la rendre un peu plus glamour
cette fille de ferme si mièvre
vêtue de ses miteux atours ?

Il lui manquait du vermillon
pour la doter d’un pantalon
il lui créerait bien des lunettes
Mais la belle aurait l’air trop bête

Il n’avait plus de noir en rab
pour la revêtir d’un niqab
Il esquissa un simple voile
comme l’araignée tisse sa toile

Mais il eut beau la mettre à l’aise
le modèle ne souriait pas
Pour lui éviter un malaise
Léonard la normalisa

(Gaëlliques de Vinci – 11 mars)

L’idiot se rue sur le p-q
De peur de vraiment trop en chier
en cas de contamination
Pendant que ses enfants blasés
Bien confinés dans leur salon
De tous ces tubes dévidés
Font des lance-grenades en carton
Pour jouer comme dans la télé
Aux manifestations de rue

Il suffit d’un petit virus
pour que l’être humain ait des puces
et gratte son humanité…

(Gaëlliques en carton – 12 mars)

Ce soir, on a loué un DVD. Ma douce voulait voir le Grand Rouge avec Jean Reno, moi la Ligne rouge avec Tom Hanks. On a fini par choisir Rouge mécanique, un chouette documentaire sur la non-violence.
On a couché le petit après lui avoir lu Rouge-neige et les sept nains et Barbe Rouge. Il adore ces deux contes. Dans la chambre de sa sœur aînée la radio diffusait Les paradis rouges, de Michel Berger. J’ai fermé doucement la porte et on a débouché une bonne bouteille de bleu pour regarder le film.

(Gaëlliques écarlates – 13 mars)

Dans un village un pangolin
expectorait de gros nuages
de poudre de Perlimpinpin
qu’un vilain sorcier récoltait
pour faire de contagieux breuvages
qu’autour du monde il dispersait :

Des liqueurs de paranoïa
Des infusions de médisance
Des philtres de repli sur soi
Des distillats de décadence

Quelques décoctions de rumeurs
et des élixirs de panique
Des soupes de brunes humeurs
Des potions hydro-alcooliques

A trop se tousser dans la bouche
Les gens tombèrent comme des mouches
Même le sorcier pas malin

C’est ainsi que le pangolin
Grand-remplaça le genre humain

(Gaëlliques contagieuses – 14 mars)

La femme, plutôt jeune, avait des yeux rouges en amande et de longs cheveux verts tombaient en cascade sur ses épaules minces, ce qui aurait pu lui valoir de se retrouver dans un dessin de Philippe Caza ou les pages d’une bédé d’Enki Bilal. Elle descendit d’un taxi qui lévitait au bord du toit de l’immeuble.Avec une telle apparence, difficile d’échapper aux agents d’Interpâle. En à peine une seconde, les cheveux de la changeuse virèrent au blanc et ses iris prirent en un battement de cils une teinte grise moins voyante. Elle ressemblait maintenant à la majorité de la population.

(Gaëlliques dessinées – 15 mars)

Partout l’eau sourdait de la terre en fines gouttelettes, jaillissait des rivières, des lacs, des océans, pour former une légère bruine qui se transformait bientôt en gouttes épaisses, qui remontaient vers le ciel en une pluie drue pour former d’énormes nuages noirs aux volutes déchiquetées qu’un vent violent soufflait vers l’horizon. De mémoire de poisson on n’avait jamais vu ça,

(Gaëlliques pluvieuses – 16 mars)

Vivement l’automne
Pour que les brocolis ronronnent
Que les petits pois carillonnent
Que les pommes de terre chantonnent
Que les potirons barytonnent
Que les navets résonnent
Que les radis bourdonnent
Que les tomates s’époumonent
Que les haricots nasillonnent
Et que les carottes fredonnent
Pour que les cuistots marmitonnent

(Gaëlliques potagères – 17 mars)



An Vingt, septain dixième

Dans un champ de trèfles à quatre feuilles
J’en ai trouvé un qui n’en avait que trois.
Avant que je puisse le cueillir
Un petit lapin l’a mangé,
M’a regardé effrontément
puis a lâché
un chapelet de crottes brunes
avant de s’enfuir
J’ai bien compté chaque petit tas
et bien noté le résultat
Comme je suis quelqu’un de chanceux
et un poil superstitieux
demain
je le joue au loto

(Gaëlliques champêtres – 4 mars)

Ils sont bien gentils, les fantômes, au château, avec leurs soirées costumées à tout bout de champ, mais c’est moi qui rapièce leurs suaires, qui brode les nappes et les qui tisse les tentures de la salle de bal. Et pas un remerciement.
C’est pas parce que l’ai 8 bras qu’il faut abuser, tout de même !

(Gaëlliques arachnides – 5 mars)

Le secret pour bien cuisiner les afurchons : faire bouillir la noix de caburolle avant de la mélanger au beurre de paravier.

(Gaëlliques culinaires – 6 mars)

C’était pas très sérieux
Après un pack de Corona
De manger cette pizza
Maintenant j’ai la nifle

(Gaëlliques hydro-alcooliques – 7 mars)

Elle reposa le couteau sur la table. Le bleu sur sa joue mettrait quelques jours à virer au jaune. En cette journée des droits de la femme, elle se fit la réflexion que non, contrairement à ce qu’il affirmait haut et fort en soirée à tous ses amis, son mari n’avait pas une goutte de sang bleu.

(Gaëlliques féministes – 8 mars)

Bon d’accord, un méchant virus va tous nous tuer, la Corée du Nord veut atomiser la planète, des milliers de réfugiés fuient leur pays en guerre et sont pris entre marteau et enclume, le mot retraite va disparaître des dictionnaires, les riches se gavent toujours plus, la police française (Heil !) tabasse des femmes, mais tout n’est pas si noir en ce bas monde, la preuve : Lara Fabian a fait changer les règles de The Voice pour sauver une candidate. C’est plutôt rassurant pour l’avenir,
non ?…

(Gaëlliques réconfortantes – 9 mars)

Macron, maestro machiavélique, magouilleur majuscule, magnat mafieux, manitou manucuré, malmène les ministres, muselle les mutins, matraque les manifestants, manipule même les malléables mamies malades en maisons-mouroirs.
Mais ses manigances malsaines de marionnettiste martial manquent de maîtrise et mèneront malheureusement la matoise Marine, mégère mégalomane, des Municipales au matricide de la misérable Marianne, méticuleusement métamorphosée en michetonneuse muette.

(Gaëlliques de campagne – 10 mars)



An Vingt, neuvième septain

Harold adorait prendre l’avion pour trois bonnes raisons. La première, c’est le mini-bar à volonté proposé par le personnel navigant. Quelques mignonnettes lui permettaient de combattre son mal des transports dès le décollage.
La seconde, c’est qu’une fois l’appareil à son altitude de croisière, l’effet de l’alcool et quelques somnifères aidant, il pouvait dormir de dix à douze heures en moyenne, jusqu’à son réveil par l’hôtesse pour l’atterrissage,
Le profond sommeil dans lequel il était plongé pendant la totalité du voyage lui permettait de ne pas avoir à affronter ses trois plus grandes terreurs : la panne de moteur, synonyme de crash, l’attaque terroriste, synonyme d’explosion en vol ou une saloperie type grippe aviaire ou coronavirus infectant les passagers, synonyme de pandémie (En plus de l’alcool et des médocs, il abusait du gel anti-bactérien).
La troisième bonne raison pour laquelle Harold adorait prendre l’avion, la meilleure à ses yeux, c’est qu’il en était le pilote.

(Gaëlliques en plein ciel – 26 février)

J’ai toujours beaucoup apprécié la bouffe pour tous les plaisirs qu’elle procure. Un simple plat de pâtes entre amis, les mariages réunissant des dizaines de convives ivres et heureux ou une soirée resto en amoureux m’ont toujours mis en joie, pour le repas en lui-même mais aussi pour tous ces moments d’échanges et de partage, de fous-rires et de complicité.

La nourriture, c’est le convivial joint à à l’utile et à l’agréable, en quelque sorte. C’est comme avoir le beurre, l’argent du beurre ET le sourire de la crémière.
J’aime toujours autant la bouffe mais les choses ont bien changé depuis la grande famine. Le prochain ami que j’invite à manger c’est lui que je bouffe.
Sans beurre.

(Gaëlliques nourricières – 27 février)

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(Gllqs cnsnns – 28 fvrr)

Pour vivre heureux, le vieil ermite avait trouvé la solution : toute l’année il restait à l’écart des gens, tirant sa subsistance du braconnage, de la cueillette et du troc, et ne descendait au village que le 29 février, qui était le jour de son anniversaire.

Un entrefilet lui était d’ailleurs consacré à cette occasion dans le canard local. Tous les villageois aidaient la célébrité à souffler sa bougie, un énorme cierge financé par le journal, flanqué cette année d’un 24 autocollant.S’ensuivaient le discours du maire et la photo. On lui offrait son cadeau, de la nourriture, un pull, une couverture. Ils trinquaient alors au champagne et lui tapaient doucement dans le dos, avec tendresse. Tous s’accordaient à affirmer au journaliste que le vieil homme était « un peu excentrique mais très gentil » et lui disaient en rigolant qu »il ne faisait pas son quart de siècle.
Lui se prêtait au jeu en souriant candidement des dents qui lui restaient. Il n’en avait cure. Il ne verrait sans doute plus ces gens avant son prochain anniversaire.
Et avec cette nouvelle bougie, il allait pouvoir éclairer sa modeste grotte jusque là

(Gaëlliques rupestres – 29 février)

Masque chirurgical et gel désinfectant
Affolement, panique au moindre éternuement
Restez chez vous, mortels et enfilez des gants
Saluons confinés le retour du printemps

(Gaëlliques contagieuses – 1er mars)

Monsieur Bertier, mon prof de gym adore me faire des blagues. Il se cache dans le couloir des vestiaires et crie « Bouh » très fort pour me faire peur quand je passe pour aller prendre ma douche. En général ça marche, je suis trouillarde, c’est ce que dit toujours mon papa.

Mercredi, en faisant des grimaces rigolotes le prof m’a suivie jusque sous la douche pour me faire des chatouilles. Même qu’il a tout mouillé ses habits. Mais moi j’ai pas aimé ses chatouilles.
Ce soir c’est moi qui lui fais une blague. Je suis pas allée en cours, j’ai plus envie de faire de la gym, comme j’ai dit tout à l’heure à papa et maman. Là, papa et ses copains sont partis faire des chatouilles à monsieur Bertier sous la douche à ma place pour lui dire au revoir.
Papa aussi aime faire des blagues.
Je crois que je vais me mettre à la boxe, comme lui.

(Gaëlliques chatouilleuses – 2 mars)

Escaladez les pentes d’Olympus Mons
Explorez les canyons de Valles Marineri
Changez de vie, changez de planète
Mars vous attend
Trajet en cabine individuelle
Habitat en module autonome
Enchères publiques
Payez – Embarquez
Seulement 100 places
Le valez-vous vraiment ?

PROJET MARS NO RETURN – NASA
Mars, Parce que la Terre est foutue

(Gaëlliques migratoires – 03 mars)



An Vingt, septain huitième

Réconciliateur de gens fâchés n’est pas un métier facile, surtout quand tu interviens dans les disputes de couple. Quand lors d’un entretien à domicile tu as épuisé toutes les sentences bateau du genre « Chacun doit y mettre du sien », « Dans un conflit on est deux », « Peut-être chacun doit-il prendre sa part de responsabilité », « Peut-être pouvons-nous nous asseoir et mettre les choses à plat » et « Ça va s’arranger » et que la dame a toujours le même regard froid, il ne te reste plus qu’à dire au mari  » Je comprends votre point de vue », « Vous avez mille fois raison » et « Je vous en supplie lâchez ce couteau, posez sa tête au sol et laissez-moi sortir » en espérant que des voisins aient prévenu la police.

(Gaëlliques médiatrices – 19 février)

1 2 3 une cuillère en bois
4 5 6 du chocolat suisse
7 8 9 assez de blanc d’œuf
10 11 12 mélangez, ça mousse

(Gaëlliques gourmandes – 20 février)

Seul dans l’immense bibliothèque
blotti dans ce fauteuil usé
comme dans un profond sommeil
Tout près de l’âtre dont les bûches
crépitent
à travers le vin de mon verre
un livre à peine défloré à la main
le chat lové sur mes genoux
ronronnant sphinxieusement
mon brave chien couché à mes pieds,
J’écoute
la pluie qui staccate au carreau,
tandis que Mozart symphonise
sur l’antique phonographe,
et je relis les yeux fermés
tous ces contes macabres
que je n’ai pas encore écrits
et dont je suis, qui peut savoir
le personnage
principal

(Gaëlliques idylliques – 21 février)

Un ange m’a chié sur une épaule
Peut-être trouvez-vous ça drôle
Lui n’a trouvé que ce moyen
De m’affranchir sur mon destin

Un ange m’a chié sur une épaule
Les gens y verront un symbole
Mais c’est pour vider ses sphincters
Qu’il est descendu sur la terre

Un ange m’a chié sur une épaule
s’est torché dans son auréole
bruyamment mouché dans ses doigts
s’est ensuite essuyé sur moi

Un ange m’a chié sur une épaule
au mépris de tout protocole
En tanguant s’est posé sur l’autre
m’a parlé comme à un apôtre

Un ange m’a chié sur une épaule
ses yeux vitreux sentaient l’alcool
Il m’a dit t’en fais pas mon gars
De là-haut je veille sur toi

Un ange m’a chié sur une épaule
j’espérais une parabole
J’ai cru qu’il se foutait de moi
Tout ça je le savais déjà

Un ange m’a chié sur une épaule
Et n’a plus dit une parole
Il espérait comme à confesse
Que je lui dégonfle ma vesse

Un ange m’a chié sur une épaule
Eh attendant mais pas de bol
Moi Je n’avais rien à lui dire
j’ai donc abrégé le martyre

L’ange m’avait chié sur l’épaule
Je lui ai filé des torgnoles
Il m’avait pris pour ses latrines
j’allais pisser dans ses narines

Et l’ange a chu de mon épaule
Lui ai mis des coups de guibolles
Arraché ses plumes une à une
Et lui ai collé quelques prunes

Ah, Il faisait moins le mariole
La tête en sang dans la rigole
Faut jamais chercher des embrouilles
A la doyenne des gargouilles

Moi on ne se paie pas ma fiole
Les anges n’ont pas de camisole
Surtout pas les anges déchus
Je le sais, j’ai la queue fourchue

Mais gare au prochain qui rigole
Gare, l’ange a repris son vol
Méfie-toi quand un ange passe
Qu’il ne te file pas la chiasse

Moi je retourne à mon clocher
Prière de ne plus déranger

(Gaëlliques divinatoires – 22 février)

L’écharpe de laine achetée au début de l’hiver enroulée autour de son cou était désormais sa seule source de chaleur après que les huissiers avaient coupé l’électricité de son petit appartement mansardé pour non-paiement de ses factures. Monté sur le tabouret, il regarda vers la poutre soutenant le plafond en se disant qu’il allait enfin savoir si elle était aussi solide que chaude, cette écharpe.

(Gaëlliques hivernales – 23 février)

Après leur trêve de janvier
les lutins désœuvrés
se mettent à
casser
détraquer
bousiller
déglinguer
éclater
disloquer
broyer
un à un
avec un bel entrain
tous les jouets neufs
des enfants riches du monde entier
que leur patron
a distribués en fin d’année
pour pouvoir en refabriquer
avant le Noël d’après

(Gaëlliques après-vente – 24 février)

L’embêtant quand on fait des travaux chez soi c’est que c’est vite le bordel.
Mais quand, en rugissant, une pieuvre constituée d’un ensemble compact de vêtements d’où sortaient plusieurs paires de collants, de jeans et de leggins a fait sauter le hublot et surgi de la machine à laver pour se carapater dans le couloir tous tentacules dehors, j’ai réalisé que j’avais dû confondre la lessive avec la colle à tapisserie, et que plus jamais le chat ne ferait de sieste dans le tambour.

(Gaëlliques octopodes – 25 février)



Gaëlliques An vingt, septième septain

Le marié s’emporte :
La mariée l’exhorte.
Ah, elle veut qu’il la porte ?
Qu’en homme il se comporte ?
Eh bien diantre, qu’importe !
La tension est trop forte
Il n’y va pas de main morte,
La soulève et l’emporte.
Sa tête heurte la porte
Lui sectionnant l’aorte.
Les noceurs les escortent,
On leur prête main-forte
Mais leur idylle avorte :
La voilà raide morte

Depuis lors on colporte
Qu’elle nourrit des cohortes
De vers et de cloportes

(Gaëlliques maritales – 12 février)

A chacune des bêtes qu’il avait créées le cinquième jour, Dieu accorda un nom, et un souhait. Certaines repartirent en volant ou en nageant, d’autres en rampant, selon leur bon plaisir.
Le soir venu, il ne resta plus qu’un seul animal indéfini, caché sous une feuille de bananier, nu et tremblant, qui poussait de petits cris apeurés.
La pauvre créature avait observé depuis l’aube, avec une fascination et une envie mêlées de crainte, l’extraordinaire mue de ses congénères, devenus mammifères, oiseaux ou reptiles, à poils, à plumes ou à écailles, sans arriver à faire un choix pour elle-même et redoutant d’être enfin appelée par le Tout Puissant.
La journée touchait à sa fin. Ému devant cet être qu’il avait créé si chétif, Dieu lui offrit de réaliser trois vœux au lieu d’un seul.
Il y eut un instant de grâce dans les derniers rayons du soleil couchant. Un ornithorynque s’ébroua puis se dandina jusqu’à la rivière et y plongea sans se retourner,
Satisfait, Dieu ferma les yeux, Ornithorynque ! Le nom lui était venu comme ça et sonnait bien. Après une dure journée de labeur il n’avait plus d’inspiration….
Par contre, pour le lendemain, il avait une ou deux idées de nouvelles bestioles…

(Gaëlliques antispécistes – 13 février)

Chevalier revient des croisades
Après sept ans passés au loin
Retrouve sa mie fort malade
Ce matin de Saint Valentin

La ceinture est toujours en place
Mais la belle a bien dérouillé
La septicémie la terrasse
Le cadenas est fort rouillé

Cherche la clé de la serrure
pour délivrer sa dulcinée
Mais vite fait pâle figure
En ne retrouvant pas l’objet

Lève un cil et soudain panique
Vide havresac et besace
Sa bourse pleine de reliques
Le Saint Graal choit et se fracasse

Mais preux chevalier n’en a cure,
De ce trophée de camelote
Remet bien vite son armure
Et s’en repart de Camelot

Il suppose que le sésame
un soir d’ivresse a dû tomber
Près de la couche d’une dame
D’un petit bordel de Tanger

Il se triture la cervelle
C’était sans doute à Antioche
Les yeux verts de cette infidèle
Qui lui fit le cœur et les poches

Ou plutôt cette chypriote
qui une nuit l’ensorcela
juste en fredonnant quelques notes
quand pour lui elle se dénuda

Il sait maintenant où chercher
il se souvient de l’air canaille
de cette hérétique enchaînée
après l’assaut sous les murailles

Il n’a pas résisté aux charmes
de la fille de ce harem
C’est parti, il reprend les armes
la clé est à Jérusalem

Chevalier repart aux croisades
Retourne se vider les couilles
On en fera une ballade
Pendant ce temps sa dame rouille

(Gaëlliques de chasteté – 14 février)

L’homme est entré dans le parking couvert, a déverrouillé son SUV dernier modèle. Ouf, on ne lui avait pas volé ! Une fois à l’intérieur, il a posé sa mallette sur le siège passager, desserré sa cravate. Sur son portable, il a consulté ses derniers mails, commandé chez le traiteur la livraison d’un repas pour 20 heures, remonté à distance les stores de son appartement, réglé la température dans le salon, programmé l’enregistrement de son émission préférée et l’allumage de la cafetière. C’est que c’est pratique, la domotique !
Puis il s’est allumé un cigare, a démarré et après ça, il est enfin rentré chez lui avec soulagement.

Un deuxième homme s’est faufilé dans le parking, évitant les caméras de surveillance. Il s’est glissé en rasant les murs jusqu’à un emplacement juste assez large pour y garer un vélo, dans un angle obscur. Frissonnant, il a resserré son écharpe autour de son cou. De derrière un pilier, il a sorti un carton de machine à laver tout aplati auquel il a redonné son volume initial. Ouf, on ne lui avait pas volé ! De son sac à dos il a sorti un duvet, quelques fringues, une couverture, une bougie, un petit réchaud, une boîte de conserve, un sandwich,une bouteille de vin et quelques livres, qu’il a disposés dans et autour du carton..C’est que c’est pratique, un sac à dos !
Puis il s’est roulé un joint, l’a allumé et après ça, il est enfin rentré chez lui avec soulagement.

(Gaëlliques à domiciles – 15 février)

Chéri

J’ai changé les serrures

Tes affaires sont dans ces sacs poubelle

Avec notre amour

Amitiés à ta secrétaire

et à ton avocat

Raymonde

(Gaëlliques épistolaires – 16 février)

Ça, c’est sûr, Stan Smith, cet insaisissable assassin sous stéroïdes, cette insatiable sangsue sarcastique sans conscience s’en sort sans soucis, sans sanction. Sinistre !
Schlass, dans une semi-conscience, ce salaud salace a sexuellement sollicité six sacristains sexagénaires en scission de sacerdoce en leur susurrant « six-cent-soixante six » sur le seuil d’une station-service.
En silence, il les a séquestrés et sciemment saucissonnés puis asphyxiés au sous-sol du spacieux self du siège de la séculaire Société Civique sise à Worcester, Massachusetts.
Ensuite il a saoulé au pastis et sailli dans l’ascenseur cette insatiable sénatrice sioniste, miss Sissy Simpson, et scié sans sommation en soixante sections son assistant-huissier sénescent.
Cent soupçons se sont succédé à son sujet.
Assiégé, il subit l’assaut des sacro-saintes forces de police.
Assigné, il passe aux Assises.
Sacré suspense.
Hélas, le sacrifice des suppliciés et la suspicion ne sont pas suffisants face au sursaut de cynisme de l’astucieux salaud.
Sa police d’assurances, le scepticisme des spécialistes des services sociaux, si sensibles à sa septicémie, à sa cystite et à son asthme ainsi que de sonnantes espèces et ses sincères excuses suscitées le sauvent.
Sans solution, la justice si sophistiquée suggère relaxe ou sursis.
Dossier sensible classé sans suite.

(Gaëlliques judissiaires – 17 février)

Une tête oblongue sans oreilles pourvue de cinq yeux noirs pédonculés, une peau grise cartilagineuse, de longs membres filiformes terminés par quatre doigts, des combinaisons moulantes et des pistolets futuristes qu’on aurait dit en plastique. On n’a rien vu venir quand les centauriens nous ont envahis par dizaines de milliers le soir du carnaval, simplement affublés de nez rouges.

(Gaëlliques extraterrestres – 18 février)



Gaëlliques An vingt, septain sixième

Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, je n’ai pas été surpris. J’ai su que je ne serais plus jamais seul. Il m’en a fait la promesse.
Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, ce fut pour m’avertir que mes parents voulaient nous séparer, prétextant que j’avais « passé l’âge ».
Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, la dame des services sociaux n’a pas eu le cœur de me l’enlever quand elle m’a emmené, encore couvert de sang, dans ce foyer pour orphelins perturbés.
Mon ours en peluche n’aime pas la façon dont les autres enfants nous regardent depuis notre arrivée.
Il me dit qu’eux aussi vont vouloir me l’enlever.
Ce soir, j’attends l’extinction des lampes du dortoir pour sortir le long couteau de cuisine que j’ai dissimulé dans son ventre ce jour-là.
Nul ne nous séparera, mon ours en peluche et moi.
Je vais m’en assurer.

(Gaëlliques enfantines – 5 février)

- Bon, alors je vous explique le poste. Je recherche une personne dévouée, fidèle, sensible, généreuse, quelqu’un de positif, humble, à l’écoute, prévenant, honnête, pourvu d’humour et de charisme, attentionné et affectueux, taquin mais respectueux, pour être mon ami pour la vie. Une question ?
J’arrachai d’un coup sec le rectangle collant qui obstruait la bouche de mon interlocuteur.
- A l’aide ! Au secours ! Détachez-moi, espèce de mmh… mmh mmh… !
Je remis le scotch en place. Celui-là ferait un ami parfait. Après tout, ma petite annonce, quoique nébuleuse dans son contenu, stipulait « Débutant accepté ». Quelques semaines de formation et il n’y paraîtrait plus.
Je refermai la trappe et réajustai le cadenas.

(Gaëlliques amicales – 6 février)

Début février
C’est encore loin l’été
On a froid aux pieds
Et notre peau hésite

On est un peu sonnet
On se sent tout ballade
On combat la deep rime

Alors on prend un vers
Et on roule distique
En jouant aux tercets

(Gaëlliques frileuses – 7 février)

Je dois impérativement me rappeler de ne surtout pas choper Alzheimer, mais pourquoi ? se demande Bubulle le poisson rouge à chaque tour de bocal.
(Gaëlliques mémorielles – 8 février)
Pas un de ses cent mille amis virtuels ne leva le petit doigt pour appeler les secours quand Mad com X, la star des réseaux sociaux, s’étouffa avec une bouchée de son burger devant leurs yeux pendant son live mais tous cliquèrent de l’index : la vidéo fut likée et partagée un million de fois avant même que cessent les soubresauts de son corps.
(Gaëlliques connectées – 9 février)
Nos dernières vacances furent extipantes : sans eau pour recanter notre voiture sirupide, nous dûmes campiller sous un arbre vérifon en attendant qu’il bimule le moteur.
(Gaëlliques canachées – 10 février)
Le sort était jeté et les effets s’en faisaient déjà sentir.
Les yeux de Blanche-Neige allaient de son grand lit au test de grossesse qu’elle tenait dans sa main.
Mais duquel de ses sept compagnons avait-elle manipulé la baguette magique sans précautions ?
(Gaëlliques naines – 11 février)


Gaëlliques An vingt, cinquième septain

Le vieux lion édenté
fête son anniversaire
au menu, écrasé
de fourmis légionnaires
soupe de chimpanzé
purée de chiroptère
antilope en gelée
et enfin en dessert
coulis de perroquet
smoothie de phacochère
suricate en sorbet
bosse de dromadaire

Rien que du prémâché.
Tout ça devrait lui plaire.
Facile à digérer
Pour un roi sans molaires

(Gaëlliques de la savane – 29 janvier)

J’aurais pas dû tant boire hier soir. Et j’aurais pas dû prendre ce pari stupide.
Je sens que ça va être coton cet après-midi de placer ikebana, rapin, guipage, némathelminthe et sakieh dans mon discours à l’Assemblée Nationale !

(Gaëlliques parlementaires – 30 janvier)

Je moustapends une dernière cigarette
En regardant ratouflaquer la pluie
Sur le trottoir corupatissant

(Gaëlliques pilaneuses – 31 janvier)

To-do liste de février :
Prendre des vacances à Bakou
Planter un arbre à came
Montrer mon dessin à Minet
Se mettre un bonbon dans le nez
Changer le rouge en vers

(Gaëlliques farfelues – 1er février)

- Ce soir, dîner chez maman.
J’ai reçu de ma femme le laconique SMS bardé d’émoticônes alors que je déjeunais avec mes collègues à la cantine de l’entreprise. Par dépit, j’ai pris du rab de cassoulet.
Le soir, à table,mon estomac s’est mis à se tordre et à gargouiller comme un beau diable dès l’entrée. Je me suis rué vers les toilettes en m’excusant sous le regard courroucé de ma femme pendant que sa mère, qui n’avait rien remarqué, allait chercher à la cuisine le plat de résistance.
Une fois à l’abri dans l’exigu lieu d’aisance, j’ai lâché un pet immonde, qui aurait été du plus vilain effet s’il était survenu devant ma belle-famille attablée. De quoi manger de la soupe à la grimace et dormir sur le canapé pendant une semaine une fois rentré à la maison.
L’odeur est montée à mes narines, me tirant un sourire. Agréable, somme toute, mais je doutais qu’elle fît le même effet sur les autres convives s’ils venaient à utiliser les toilettes dans la demi-heure suivante. J’ai tenté, en vain, d’ouvrir le petit fenestron. Pas de bombe désodorisante non plus. J’ai agité la main, espérant dissiper le malaise qui ne manquerait pas de survenir à la prochaine personne prise d’un besoin pressant. Je n’appréciais pas spécialement ma belle-mère (ni sa cuisine) mais je voulais lui éviter la syncope. Peine perdue, le nuage, invisible mais ô combien odorant, persistait.
Je suis sorti des toilettes et l’odeur âcre du plat tout juste sorti du four, qui avait envahi tout l’appartement, a immédiatement assailli mes narines, me provoquant aussitôt un terrible haut-le-cœur. Ma belle-mère n’était définitivement pas un cordon bleu…
Ne me voyant pas poursuivre la soirée en apnée au milieu de ma belle-famille, j’ai fait la seule chose qui me paraissait sensée : je suis rentré dans les toilettes.
Les effluves étaient toujours là, moins intenses. Pour être complètement sûr, j’ai largué une autre caisse, tout aussi odorante que la première. Soulagé, j’ai repris plusieurs profondes inspirations.
Avec un peu de chance on allait m’oublier jusqu’au dessert.

(Gaëlliques inspirées – 2 février)

A l’asile, Blaise,
Le bailli balaise,
balise.

La bise à la belle, la baisable Isabelle ?

Il essaie.
A l’aise !

Il l’assaille, la lie à l’esse,

La saille,
La liesse !
La baise labiale à Elise bissée,
Il se lasse.
Lisa, l’abbesse, il l’a saisie,
Saillie, blessée !
Elle biaise, blasée, salie.
Elle a les abeilles.

Il les laisse à la salle,
Babille à la bibli,
Bâille, las.

Là,
Isabelle, Lisa, Elise alliées,
Il balise, Blaise,
Le bailli balaise,
les balles liées.

 

(Gaëlliques labellisées – 3 février)

Bon d’accord, j’avais si peu de budget pour tourner ce court-métrage sur le tour de France qu’on a dû filmer en février, faute de disponibilité des routes en juillet. Mais ce matin j’ai dû revoir entièrement le script quand les 150 vélos qu’on avait commandés à l’accessoiriste sont arrivés. Ça va être compliqué de faire pédaler Depardieu et les autres vedettes sur des vélos de taille enfant. Au final, heureusement que mon budget figuration ne m’a permis de recruter que des nains….

(Gaëlliques cyclopédistes – 4 février)



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