Gaëlliques An vingt, septain sixième

Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, je n’ai pas été surpris. J’ai su que je ne serais plus jamais seul. Il m’en a fait la promesse.
Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, ce fut pour m’avertir que mes parents voulaient nous séparer, prétextant que j’avais « passé l’âge ».
Le jour où mon ours en peluche s’est mis à parler, la dame des services sociaux n’a pas eu le cœur de me l’enlever quand elle m’a emmené, encore couvert de sang, dans ce foyer pour orphelins perturbés.
Mon ours en peluche n’aime pas la façon dont les autres enfants nous regardent depuis notre arrivée.
Il me dit qu’eux aussi vont vouloir me l’enlever.
Ce soir, j’attends l’extinction des lampes du dortoir pour sortir le long couteau de cuisine que j’ai dissimulé dans son ventre ce jour-là.
Nul ne nous séparera, mon ours en peluche et moi.
Je vais m’en assurer.

(Gaëlliques enfantines – 5 février)

- Bon, alors je vous explique le poste. Je recherche une personne dévouée, fidèle, sensible, généreuse, quelqu’un de positif, humble, à l’écoute, prévenant, honnête, pourvu d’humour et de charisme, attentionné et affectueux, taquin mais respectueux, pour être mon ami pour la vie. Une question ?
J’arrachai d’un coup sec le rectangle collant qui obstruait la bouche de mon interlocuteur.
- A l’aide ! Au secours ! Détachez-moi, espèce de mmh… mmh mmh… !
Je remis le scotch en place. Celui-là ferait un ami parfait. Après tout, ma petite annonce, quoique nébuleuse dans son contenu, stipulait « Débutant accepté ». Quelques semaines de formation et il n’y paraîtrait plus.
Je refermai la trappe et réajustai le cadenas.

(Gaëlliques amicales – 6 février)

Début février
C’est encore loin l’été
On a froid aux pieds
Et notre peau hésite

On est un peu sonnet
On se sent tout ballade
On combat la deep rime

Alors on prend un vers
Et on roule distique
En jouant aux tercets

(Gaëlliques frileuses – 7 février)

Je dois impérativement me rappeler de ne surtout pas choper Alzheimer, mais pourquoi ? se demande Bubulle le poisson rouge à chaque tour de bocal.
(Gaëlliques mémorielles – 8 février)
Pas un de ses cent mille amis virtuels ne leva le petit doigt pour appeler les secours quand Mad com X, la star des réseaux sociaux, s’étouffa avec une bouchée de son burger devant leurs yeux pendant son live mais tous cliquèrent de l’index : la vidéo fut likée et partagée un million de fois avant même que cessent les soubresauts de son corps.
(Gaëlliques connectées – 9 février)
Nos dernières vacances furent extipantes : sans eau pour recanter notre voiture sirupide, nous dûmes campiller sous un arbre vérifon en attendant qu’il bimule le moteur.
(Gaëlliques canachées – 10 février)
Le sort était jeté et les effets s’en faisaient déjà sentir.
Les yeux de Blanche-Neige allaient de son grand lit au test de grossesse qu’elle tenait dans sa main.
Mais duquel de ses sept compagnons avait-elle manipulé la baguette magique sans précautions ?
(Gaëlliques naines – 11 février)


Gaëlliques An vingt, cinquième septain

Le vieux lion édenté
fête son anniversaire
au menu, écrasé
de fourmis légionnaires
soupe de chimpanzé
purée de chiroptère
antilope en gelée
et enfin en dessert
coulis de perroquet
smoothie de phacochère
suricate en sorbet
bosse de dromadaire

Rien que du prémâché.
Tout ça devrait lui plaire.
Facile à digérer
Pour un roi sans molaires

(Gaëlliques de la savane – 29 janvier)

J’aurais pas dû tant boire hier soir. Et j’aurais pas dû prendre ce pari stupide.
Je sens que ça va être coton cet après-midi de placer ikebana, rapin, guipage, némathelminthe et sakieh dans mon discours à l’Assemblée Nationale !

(Gaëlliques parlementaires – 30 janvier)

Je moustapends une dernière cigarette
En regardant ratouflaquer la pluie
Sur le trottoir corupatissant

(Gaëlliques pilaneuses – 31 janvier)

To-do liste de février :
Prendre des vacances à Bakou
Planter un arbre à came
Montrer mon dessin à Minet
Se mettre un bonbon dans le nez
Changer le rouge en vers

(Gaëlliques farfelues – 1er février)

- Ce soir, dîner chez maman.
J’ai reçu de ma femme le laconique SMS bardé d’émoticônes alors que je déjeunais avec mes collègues à la cantine de l’entreprise. Par dépit, j’ai pris du rab de cassoulet.
Le soir, à table,mon estomac s’est mis à se tordre et à gargouiller comme un beau diable dès l’entrée. Je me suis rué vers les toilettes en m’excusant sous le regard courroucé de ma femme pendant que sa mère, qui n’avait rien remarqué, allait chercher à la cuisine le plat de résistance.
Une fois à l’abri dans l’exigu lieu d’aisance, j’ai lâché un pet immonde, qui aurait été du plus vilain effet s’il était survenu devant ma belle-famille attablée. De quoi manger de la soupe à la grimace et dormir sur le canapé pendant une semaine une fois rentré à la maison.
L’odeur est montée à mes narines, me tirant un sourire. Agréable, somme toute, mais je doutais qu’elle fît le même effet sur les autres convives s’ils venaient à utiliser les toilettes dans la demi-heure suivante. J’ai tenté, en vain, d’ouvrir le petit fenestron. Pas de bombe désodorisante non plus. J’ai agité la main, espérant dissiper le malaise qui ne manquerait pas de survenir à la prochaine personne prise d’un besoin pressant. Je n’appréciais pas spécialement ma belle-mère (ni sa cuisine) mais je voulais lui éviter la syncope. Peine perdue, le nuage, invisible mais ô combien odorant, persistait.
Je suis sorti des toilettes et l’odeur âcre du plat tout juste sorti du four, qui avait envahi tout l’appartement, a immédiatement assailli mes narines, me provoquant aussitôt un terrible haut-le-cœur. Ma belle-mère n’était définitivement pas un cordon bleu…
Ne me voyant pas poursuivre la soirée en apnée au milieu de ma belle-famille, j’ai fait la seule chose qui me paraissait sensée : je suis rentré dans les toilettes.
Les effluves étaient toujours là, moins intenses. Pour être complètement sûr, j’ai largué une autre caisse, tout aussi odorante que la première. Soulagé, j’ai repris plusieurs profondes inspirations.
Avec un peu de chance on allait m’oublier jusqu’au dessert.

(Gaëlliques inspirées – 2 février)

A l’asile, Blaise,
Le bailli balaise,
balise.

La bise à la belle, la baisable Isabelle ?

Il essaie.
A l’aise !

Il l’assaille, la lie à l’esse,

La saille,
La liesse !
La baise labiale à Elise bissée,
Il se lasse.
Lisa, l’abbesse, il l’a saisie,
Saillie, blessée !
Elle biaise, blasée, salie.
Elle a les abeilles.

Il les laisse à la salle,
Babille à la bibli,
Bâille, las.

Là,
Isabelle, Lisa, Elise alliées,
Il balise, Blaise,
Le bailli balaise,
les balles liées.

 

(Gaëlliques labellisées – 3 février)

Bon d’accord, j’avais si peu de budget pour tourner ce court-métrage sur le tour de France qu’on a dû filmer en février, faute de disponibilité des routes en juillet. Mais ce matin j’ai dû revoir entièrement le script quand les 150 vélos qu’on avait commandés à l’accessoiriste sont arrivés. Ça va être compliqué de faire pédaler Depardieu et les autres vedettes sur des vélos de taille enfant. Au final, heureusement que mon budget figuration ne m’a permis de recruter que des nains….

(Gaëlliques cyclopédistes – 4 février)



Gaëlliques An vingt, septain quatrième

- Maintenant, monsieur Gaillard, fermez les yeux et donnez-moi sans réfléchir cinq mots qui vous font du bien !

- Tronçonneuse, hache, scie, broyeur.

- Cela en fait seulement quatre ! Sortez m’en un cinquième !

Quand j’ai tiré la machette de mon grand sac de sport, le psy a blêmi en émettant un couinement bizarre. Quelques secondes plus tard, enfin silencieux, il rougissait abondamment.

(Gaëlliques psychopathiques – 22 janvier)

La plèbe les conspue, tous ces tyranneaux claudes

Qui d’un Dieu tout puissant se croient coéternels

Et devant leurs vassaux se proclament indigètes.

Ils lui imposent en masse des édits frustratoires

Sous le joug armuré de forces stipendiaires

Pour mieux masquer aux yeux du peuple fragmenté

La vaste étendue de leur vide sincipital

(Gaëlliques surannées – 23 janvier)

- Allez, mon lapin, ratisse-toi la soupière, va troubler le miroir et au lit !

- Mais, maman je me la suis déjà ratissée ce matin !..

- Deux fois par jour a dit le gingiviste, sinon tu vas choper des carottes !

(Gaëlliques orthodontistes – 24 janvier)

- Oh, dis-donc, Sabrina, ma chérie, ta maison est impeccable ! Pas un gramme de poussière, tout est si… propre et si bien rangé ! Comment tu fais ? Moi je m’en sors pas ! T’as pris une domestique ?
- Non, trop cher !
- Allez, c’est quoi, ton secret ? Tu peux bien le dire à ta meilleure amie !
- Oh, y a pas de secret, tu sais !
- Allez, arrête de me charrier, t’as fait quoi ? T’as frotté une lampe et invoqué un génie ?
- Non, bien plus simple et plus efficace !
- Quoi, une formule magique ? Allez, raconte !
- Oui, c’est ça, en quelque sorte !
- Et c’est quoi la formule ?
- Des bras, que des bras !

(Gaëlliques d’intérieur – 25 janvier)

Vingt-six avait toujours été le nombre fétiche de Jan-Kristjan Blaszczykowskzi. Sa date de naissance, le nombre de lettres dans son nom imprononçable, le numéro de son appartement, celui de son département. Aussi ne fut-il pas surpris de remporter le super loto de 26 millions le jour même de ses 26 ans. Et n’eut pas le loisir de s’étonner quand, en essayant de rattraper le ticket gagnant qu’il venait malencontreusement de laisser tomber sur la chaussée alors qu’il se rendait au lieu de l’encaissement, il fut mortellement percuté par l’autobus de la ligne vingt-six.

(Gaëlliques martingalesques – 26 janvier)

- Trois côtes cassées, un poignet démis, un traumatisme crânien, et tout ça en dormant, mais comment donc avez-vous fait votre compte, monsieur le commissaire ?
- Que voulez-vous, docteur, j’étais dans de beaux draps. Je poursuivais un  rêve et il a résisté à son arrestation !

(Gaëlliques policières – 27 janvier)

« Vous êtes sur le répondeur du Président des Etats-Unis. Ceci est un message enregistré. Je ne suis pas disponible pour le moment. Mon Gouvernement et moi-même sommes en sécurité dans un bunker souterrain. Nous préparons une riposte massive à l’invasion. Si vous êtes un humain, laissez-moi un message après le Boum. Si vous êtes un de ces fucking aliens, kiss my ass ! »
Dans le bureau ovale de la Maison Blanche, l’ambassadeur martien au cou démesuré clignota un ordre :
- Trouvez-moi ce bunker !
Il appuya sur la touche EFFACER du répondeur.
L’explosion pulvérisa la Maison Blanche ainsi que le vaisseau alien en suspension juste au-dessus, mettant instantanément fin à l’invasion des girafes de Mars.

(Gaëlliques martiennes – 28 janvier)



Gaëlliques An vingt, troisième septain

Foliculteur, trice : n. Personne dont l’activité professionnelle consiste à semer des graines de folie dans les jardins secrets des tristes sires. (syn. embellificoteur)

(Gaëlliques thérapeutiques – 15 janvier)

Assis sur la scène, la tête dans les mains, le Grand Angelo Garibaldi repensait à sa vie, dont la moitié passée en compagnie de Silvia, sa muse, son soleil.
Il revoyait leurs débuts dans ce petit cirque, il y a vingt ans, avec un numéro de prestidigitation qui remplissait à peine la moitié du chapiteau, et leurs ébats quotidiens dans la sciure à la moitié du spectacle, dissimulés sous les gradins.
Les années avaient passé, leur public avait crû mais Angelo, lui, n’y croyait plus. La magie s’était envolée le mois dernier, le jour où il avait surpris sa moitié dans les bras de Haalf, l’homme-tronc. Fou de douleur, il s’était alors jeté dans ceux de Marie-Jeanne, la siamoise de la troupe, à moitié plus jeune que sa femme. Mais ça n’avait pas atténué sa peine. Puis, un jour de la semaine dernière, il avait trouvé dans ce magasin d’accessoires de théâtre la solution à son dépit.
Ce soir, assis sur la scène, il contemplait Silvia, Silvia, qui avec les années, était devenue grosse et moche en plus d’être infidèle. Silvia dont les viscères fumantes coulaient maintenant le long des moitiés de la caisse proprement sciée en deux.
C’était donc ça, la beauté intérieure.
Les policiers, arme au poing, firent irruption sur la petite scène. Il entendit leurs injonctions et reposa doucement la tête de Silvia au sol, près de la scie.
Comme il s’y attendait, elle n’avait rien dans le crâne.

(Gaëlliques circassiennes – 16 janvier)

Aujourd’hui, notre spécialiste nature et bien-être vous propose de pratiquer trois activités excellentes pour la santé et peu onéreuses en une seule : la cueillette des champignons.

Tout d’abord, quelques kilomètres de marche à pied pour arriver sur le site que vous aurez préalablement choisi, de préférence un paisible bois à l’écart de la civilisation, commenceront à vous faire oublier les soucis quotidiens.
Ensuite, pratiquer une longue séance de méditation, assis en tailleur sur la mousse du sous-bois, nu et aussi immobile que possible, vous aidera à retrouver calme et sérénité en abaissant votre rythme cardiaque.
Enfin, une fois cet exercice terminé, vous pourrez vous adonner avec ravissement à la cueillette des cèpes et autres coulemelles qui auront poussé sur votre corps pendant la séance et les déguster en famille une fois de retour à votre domicile.
Eviter cependant les espaces interdigitaux et pubiques nécessitant plutôt une consultation chez un dermato ou un gynécologue.

(Gaëlliques mycologiques – 17 janvier)

AVIS AUX LOCATAIRES DE LA RÉSIDENCE GAI SOLEIL

Ça commence à bien faire !
Mme Martin, (Bloc B, 3e étage, Appt. 32) a retrouvé hier matin en sortant les ordures un bras gauche dans la poubelle bleue.
Ce n’est pas la première fois que cela se produit. La semaine dernière monsieur Durand (Bloc C, 1er étage, Appt. 14) avait déjà trouvé un pied, cette fois jeté dans la poubelle jaune.

RAPPEL A TOUS LES RÉSIDENTS

Les papiers, cartons, etc. se jettent dans la POUBELLE BLEUE uniquement
Les bouteilles plastiques, boîtes de conserve et briques alimentaires se jettent dans la POUBELLE JAUNE
Les déchets organiques, épluchures, marc de café, membres et autres résidus compostables vont dans le BAC A COMPOST VERT sur le côté du bloc A, entre de l’aire de jeux pour enfants et le boulodrome.

LE RECYCLAGE EST L’AFFAIRE DE TOUS.
Favorisons le bien-vivre ensemble.
Merci,
Le gardien, M. Lopez.

P.S. La montre est à venir récupérer à ma loge, (bloc A, Rdc, Appt. 2)

(Gaëlliques écocitoyennes – 18 janvier)

Au son de la cloche, dociles, conditionnés, nous nous plaçons en file indienne devant le bureau aux vitres blindées. Je saute de mon perchoir et frétille de joie. C’est l’heure de la distribution.
Depuis que je suis devenu un oiseau, pour mon plus grand plaisir, l’infirmière a remplacé mes pilules bleues et rouges par des graines.
Mais je n’aime pas la façon dont Felix, mon nouveau voisin de chambre, me fixe de son œil brillant. En ronronnant bruyamment, il se lèche une main, qu’il passe plusieurs fois derrière son oreille.
Je vais devoir demander au directeur de me changer de nid si je tiens à garder mes plumes. Mais j’ai peur d’un refus, quand je vois comment le directeur le laisse se frotter à ses jambes et lui gratte l’encolure…

(Gaëlliques institutionnelles – 19 janvier)

Ce matin,
c’est le vingt
je voudrais bien
qu’un ange gardien
se mêle enfin
à mon destin
de bohémien

mais il est déjà midi vingt
j’ai encore espéré en vain

(Gaëlliques angéliques – 20 janvier)

Découvrez bientôt en librairie Haspy Ratter, la série romanesque de l’auteur à succès J..K. Rombière :
Tome 1 : Haspy Ratter à l’école des balais
Tome 2 : Haspy Ratter et les moutons de Souslelit
Tome 3 : Haspy Ratter et la chambre mal rangée
Tome 4 : Haspy Ratter et le stylo coincé
Tome 5 : Haspy Ratter et les ordures de Félix
Tome 6 : Haspy Ratter et le tapis de cendres mêlé
Tome 7 : Haspy Ratter et les toiles d’araignées de la mort

(Gaëlliques littéraires – 21 janvier)



Gaëlliques An vingt, septain deuxième

- Coach ?
– Oui, doc, qu’y a-t-il ?
– C’est à propos de Kevin, coach…
– Ah, oui, Kevin. Vous lui avez bien donné le cocktail ? Vitamines A, B, C, D, E…
– Oui, coach, mais…
– Les stéroïdes, les anabolisants et les coupe-faim ?
– Oui, coach, mais…
– Son EPO, les hormones de croissance, les amphétamines ? Le combat commence dans moins de 10 minutes…
– Oui, coach, mais justement…
– Les Diurétiques, les gluco-corticoïdes, les Bêta 2 et aussi le… quoi, mais justement ? Je sens bien que vous essayez de me dire quelque chose, toubib… Accouchez, bon sang…
– C’est que… dix minutes ça va pas suffire pour casser la cloison, coach, avec toute cette masse musculaire, Kevin ne passe plus par la porte du vestiaire !

(Gaëlliques – 8 janvier et quelques pilules)

 

Trop arrosé une teuf ?
Une cuite à tuer un bœuf ?
Quelques gouttes du sang d’un veuf
Pendu sous le pont-neuf
(Pas beaucoup, huit ou neuf…)
Mélangées à un jaune d’œuf
Et vous vous sentirez tout neuf,
Prêt à emballer toutes les meufs..
C’est pas du bluff !

(Gaëlliques éthyliques – 9 janvier 2020)

 

Dix secondes après sa naissance, Jehanne poussait son premier cri
Dix ans après elle se droguait et entendait des voix
Dix heures après sa mort, elle arrêtait enfin de fumer

(Gaëlliques fumeuses – 10 janvier)

 

Obsessionnel besoin
Éphémère passion
Attirante tractation
Ridicule illusion

(Gaëlliques en solde – 11 janvier)

Seule une section de 12 poulets casqués et armurés occupait la petite place quand de toutes les rues attenantes se déversèrent des hordes de filets jaunes surexcités. Très vite pépiements et caquètements furieux se muèrent en salves de battements d’ailes de défense pour finir par de bestiales prises de bec. Ego contre ergot, les deux factions se mirent une volée à grands coups de pilons dans les mandibules, si bien qu’on ne distingua bientôt plus que du jaune sang à travers les nuages de fumigènes. Les dindons de la farce de l’ordre y perdirent quelques plumes mais après dispersion des séditieux filets par les coqs à la solde du couvernement arrivés en renfort qui se rengorgeaient victorieusement et une fois la fumée dissipée, on trouva sous la douzaine de poulets encore traumatisés une douzaine d’œufs fraîchement pondus.

(Gaëlliques à la coque – 12 janvier)

Accordez-moi un livre, un chapitre de plus, une page cornée, une ligne tremblante, un mot, oui, un mot juste, rien qu’une lettre encore, même la goutte d’encre du maudit point final, à lire ou à écrire, de quoi jusqu’à ma mort émerveiller ma vie…

(Gaëlliques de papier – 13 janvier)

Hiver aryen
Aveuglément
Recouvre tout
D’un voile blanc

(Gaëlliques climatiques – 14 janvier)



Gaëlliques An vingt, premier septain

Petits textes de mon c(r)u

issus des jeux d’écriture

du Créalendrier de Gaëlle Pingault

Pour bien commencer l’année
Il ne faut surtout pas négliger
Ses amis de l’année passée
Il ne faut surtout pas lésiner
Sur bonne chère et rince-gosier
Moi je voulais vous souhaiter
de la santé, de la gaieté,
juste ce qu’il faut de pognon,
quelques bons livres à dévorer,
aux artistes l’inspiration
de l’amour sans modération
et deux mille vins sans un bouchon

(Gaëlliques – 1er janvier)

Couché sous un plaqueminier
Qui poussait au bord du sentier,
(un fait dont je suis coutumier),
Ses beaux fruits en guise d’oreiller,
Auprès de Morphée réfugié
Doucement je me momifiais
En me rêvant usufruitier.

Y avait pas de quoi m’excommunier…

(Gaëlliques fruitées – 2 janvier)

En janvier, les jours rallongent, c’est bien connu. Sauf que l’année dernière, le phénomène ne s’est pas inversé au mois de juin, comme depuis l’aube des temps. Une histoire de changement d’axe de la Terre, j’ai pas tout bien compris. Les scientifiques non plus, à dire vrai, qui n’ont rien pu faire pour endiguer le problème. Dans un mois c’est le nouvel an et les nuits ne durent plus qu’une heure, et elles sont de moins en moins noires.
Au nord de l’Equateur, économie, industrie, toute activité humaine est désormais à l’arrêt. On doit se tartiner de crème solaire indice 5000 vingt-trois heures sur vingt-quatre pour ne pas griller, se terrer dans nos caves et peindre nos fenêtres en noir profond, ce qui est très insuffisant pour soigner nos brûlures et nos cancers de la peau.
Quant aux gens de l’autre hémisphère, les habitants des pays dont on pillait encore naguère les richesses minières et pétrolières, ils ne voient plus le soleil qu’une heure par jour. Mais contrairement à nous ils ont su tirer parti de la catastrophe et sont devenus à leur tour de grandes puissances : ce sont eux maintenant qui tiennent les rênes du pouvoir, et pour cause : ils sont les seuls à fabriquer cette crème solaire si indispensable, qu’ils nous vendent à prix d’or.

(Gaëlliques solaires – 3 janvier)

Pour que cette année soit du gâteau
Je vous fouette
mes meilleurs œufs

(Gaëlliques pâtissières - 4 janvier)

Sans aucun complexe, la femme s’était assise sur une chaise blanche, au beau milieu de l’exposition de monochromes du musée du Blanc-Mesnil, entre la toile de Malevitch et celle d’Alphonse Allais intitulée Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige.
Alerté par un col blanc, le gardien l’interpella, d’une voix blanche, en regardant l’oie blanche dans le blanc des yeux :
- Madame, c’est un musée, ici, vous ne pouvez pas allaiter votre enfant comme cela !
De but en blanc, elle répondit en contemplant le mur blanchi à la chaux :
- Pourtant, j’ai un blanc-sein !

(Gaëlliques immaculées, 5 janvier)

Cette année, pour l’Épiphanie, Mémé avait refusé qu’on apporte une galette, prétextant le mauvais goût de celles vendues dans le commerce. Elle préférait la faire elle-même, « à l’ancienne ».
« - Au moins dans la mienne je sais ce qu’il y a ! Tout est naturel ! Pas comme dans ces saletés industrielles pleines d’additifs ! »
On n’a pas regretté, du moins jusqu’à ce que papa, en faisant une grimace qu’il espérait discrète, retire de la part dans laquelle il venait de croquer un long cheveu gris et que Timothée, du haut de ses quatre ans, la bouche encore pleine de frangipane maison, crie « J’ai la fève ! » en brandissant fièrement entre pouce et index la dernière molaire de Mémé…

(Gaëlliques galettiques – 6 janvier)

C’est aujourd’hui le sept
mettez une salopette
partez en trottinette
sur la nationale 7
des slogans plein la tête
lutter pour vos retraites
jusqu’à ce que les cons pètent

(Gaëlliques politiques – 7 janvier)



Violation de sépulture

La lune était pleine et la nuit déjà bien avancée. La voiture de Police se gara devant l’entrée du cimetière dans lequel tant de célébrités reposaient pour l’éternité, en ayant fini des vicissitudes de ce monde.

En apparence…

Le vieux gardien fit pénétrer les agents à l’intérieur de la petite maison.

-          Bien entendu je vous ai appelés dès que je l’ai trouvé. L’était pas là lors de ma dernière ronde y a deux heures. Avec tout ce qu’il se passe en ce moment … J’ai essayé de m’approcher, mais il grogne et il bave, et pis il a essayé de me mordre, l’animal…

 

-          Ne vous inquiétez pas, on prend la suite. Veuillez juste nous conduire sur les lieux de… du…

Les  quatre agents traversèrent le cimetière en silence, marchant religieusement à la suite du gardien, passant devant des sépultures dont les noms des occupants ne leur évoquaient rien, à part pour certains une rue ou le titre d’une vieille chanson. Ils allumèrent leurs lampes-torches.

A un croisement, ils commencèrent à entendre les grognements, entrecoupés de petits cris aigus et de reniflements. Cela évoquait un sanglier, mais en plein Père Lachaise, on n’en avait pas vus depuis plus d’un siècle.

- Restez en arrière, ordonna un des policiers au gardien.

Celui-ci ne se le fit pas dire deux fois et recula même de quelques mètres. Avisant sa pelle posée contre une brouette, il s’en empara et la brandit devant lui, inquiet.

Les agents avancèrent prudemment. Un homme nu, accroupi devant une sépulture, leur tournait le dos.

Arc-bouté contre la tombe, il la cramponnait des deux mains, oscillant frénétiquement du bassin dans une parodie d’acte sexuel. Ses vêtements avaient été jetés çà et là dans l’allée.

Les borborygmes entendus plus tôt étaient en fait des mots inarticulés, difficilement reconnaissables. Il les répétait en boucle, à voix basse.

Les agents avancèrent plus près, presque à le toucher.

  – C’est la tombe d’Ambroise Croizat, chuchota le gardien au jeune policier resté à côté de lui.

Ce dernier acquiesça, bien qu’il ne vît pas de quel chanteur il s’agissait. Lui écoutait du rap. Aucun flow dans la musique de vieux…

Les mots que prononçait l’homme étaient maintenant nettement plus audibles.  Il avait perçu la présence des policiers dans son dos. Par précaution ils sortirent leurs tasers.

  – Tiens, la Sécu, tiens les retraites, tiens les hôpitaux, tiens les chemins de fer, tiens les enseignants, tiens les fonctionnaires, tiens les flics, tiens l…

Le policier le plus proche lui mit la main sur l’épaule, ce qui déclencha chez l’individu un rugissement de colère. Il se retourna brusquement, dévoilant un faciès grimaçant, parcouru de tics nerveux. La bave aux lèvres, les yeux emplis de haine roulant dans leurs orbites, les poings serrés, il exposait aux regards des agents et du gardien horrifiés l’obscène objet sanguinolent de son pouvoir, meurtri à force de frotter contre la pierre.

  – J’AI PAS FINI ! hurla-t-il.

Le policier, sur ses gardes, avait fait un pas en arrière et levé son taser, par précaution.

  – Je sais, monsieur Macron, mais il faut y aller maintenant… Votre femme Brigitte va s’inquiéter…



Des caisses pour papoter

Des caisses pour papoter…

Y avait ça quand j’étais môme (donc jusqu’au début des années 80) ça s’appelait, attendez que je me souvienne… une épicerie. Y en avait plein dans la ville, une dans chaque quartier. Même que l’épicier dans celle de ma rue me laissait parfois faire la caisse quand il partait pisser, s’il n’y avait pas trop de clients. Il savait que le temps qu’il revienne la petite vieille qui hantait les allées n’aurait pas fini de me raconter sa vie ou de me demander la mienne et qu’il pourrait s’occuper de l’encaisser (après avoir entendu à son tour ce qu’elle venait de me dire). Y avait une quincaillerie aussi, un marchand de journaux, des bars, deux coiffeurs, trois boulangeries, un réparateur de vélos et une boucherie, et… dans ma rue y avait même, dans les caves d’un immeuble accessibles depuis le trottoir par une pente raide, un grossiste en olives et épices. J’ai passé des heures à la sortie de l’école entre des tonneaux plus hauts que moi chargés d’olives jusqu’au bord, à m’enivrer d’odeurs exotiques et à discuter avec le vieux monsieur en blouse bleue qui les vendait. Cela peut expliquer en partie pourquoi je ne rentrais pas tout de suite chez moi pour faire mes devoirs… en y repensant ma grand-mère devait carrément venir m’en arracher en me tirant par la main… Ah, et en face il y avait un atelier de confection de bijoux, juste à l’angle de la rue.

Aujourd’hui dans le quartier restent deux coiffeurs pour vieux, un bureau de tabac, un pizzaiolo en livraison et des façades muettes. Une salle de fitness-yoga-remise-en-forme a remplacé l’atelier à la fenêtre duquel je me perchais pour discuter avec les ouvrières qui polissaient les pierres précieuses, sertissaient les bagues.
Les enfants aujourd’hui rentrent directement, font leurs devoirs vite et à contrecœur et s’enfouissent avec leur ennui sous des gigabits d’images lénifiantes, les vieux hantent les allées des supermarchés, poussant leurs caddies, puis une fois chez eux ils s’affalent avec leur solitude devant une télé qui parle pour eux et s’éteignent en grésillant comme les ampoules à filament usées de réverbères antédiluviens ..
Ah et sinon quant à l’article ci-dessus, ça ne se passe pas en France…

- Bonjour, c’est à qui ?



Cinq ans, cent lecteurs…

LPOVS 100 ex

 

Au bout de cinq ans d’existence aux éditions Zonaires et après cent exemplaires dispersés aux quatre vents dans les salons du livre et ailleurs, mon étrange petit oiseau, mon premier livre « rien qu’à moi » (et à vous aussi un peu maintenant), cesse de battre des ailes. Merci à Patrick L’Écolier pour sa confiance pendant ce beau voyage ! Et un énorme merci à tous ceux d’entre vous qui l’ont accueilli  dans les rayons de leur bibliothèque et en ont apprécié la lecture !

Il entre en hibernation pour un temps indéterminé, avant, qui sait, d’éclore à nouveau, tel le Phénix, et s’élancer d’un autre nid…

A SUIVRE…

Vous retrouverez bientôt ma plume acide, je l’espère, dans un prochain recueil plein de textes farfelus et flippants à souhait comme j’aime en écrire.
En attendant ?
Ma novella intitulée Jeux de dopes est toujours disponible chez ce même éditeur, et poursuit son tour de France (à vélo)…
http://www.zonaires.com/?p=1218
et vous trouverez les liens vers mes autres livres ici : https://www.facebook.com/LantreduVieufou/
et ici :
http://vieufou.unblog.fr/
A très bientôt !



La femme est

« La femme est l’avenir de l’homme disait Aragon, elle en est parfois sa fin dit F. Gaillard.

Tour à tour, dangereuses, charmeuses, manipulatrices, désenchantées ou blessées, les femmes que vous rencontrerez dans ces pages ne vous laisseront pas indifférent. Frédéric gaillard nous offre ici un recueil, certes teinté de fantastique, mais qui rend au travers de ses lignes, un hommage bien réel à la puissance féminine. Un ensemble de nouvelles de grande qualité qui se déguste avec bonheur (parsemé de quelques frissons) et montre encore une fois la qualité d’un auteur pas assez reconnu…

À dévorer! »

Youpi ! Mama Zone vient d’afficher un quatrième commentaire pour mon recueil « Infemmes et sangsuelles » depuis sa sortie en 2016 !
au classement ça le met à la 1.079.917e place dans la catégorie Livres, n°7435 dans Fantastique et Terreur, n°99900 dans Personnages scientifiques (???) et n°17341 dans Science-Fiction (!!!)…
c’est vous dire si pour moi, ça marche du feu de Satan ! 
Bon en même temps ils le proposent neuf à son prix de vente réel (17 Brouzoufs), mais avec seulement 33 euros de fdp (oui ça veut aussi dire frais de port pour nous les yeuvs) – ce qui le fait à 50 balles – ainsi que d’occase « à partir de » 31 Brouzoufs 84 (sur lesquels, petit rappel, moi, l’auteur, je toucherai environ un brouzouf vingt ou trente par livre vendu). 
Donc je ne m’étonne pas de pas en vendre des masses. Ni même des marteaux.
Merci quand même à Pierre Celka, qui intègre le cercle très fermé de ceux qui ont lu tous mes livres, pour cette critique enthousiaste de mon livre (et celles de mes autres bouquins notamment sur Babelio).
Et pensez aussi à lire Pierre Celka et son excellent (et inquiétant) Talion, paru chez RroyzZ Editions - oui parce qu’il ne fait pas que lire mes livres et les chroniquer, il écrit aussi des trucs flippants comme j’aime !



Deux en un

J’ai grandi
dans une chambre
aux lits jumeaux
à me demander
où était l’autre



Partie

Partie.
Sans se retourner.
D’un pas alerte.
Depuis,
Ni coup de fil ni parloir
Pas même une lettre.
Elle n’a pas voulu me voir
Derrière les barreaux
De mon petit lit.

Maintenant
il est mitard
et je crains même
livide
le coup de fil
du rasoir

(peau-haine – bribe – 2019)



Ehpad, Ehpad

Ehpad, Ehpad,
Et pas d’beuh
Que des petits comprimés bleus
Ehpad Ehpad 
Et pas d’fume
par peur que l’on s’y accoutume
Ehpad Ehpad 
Et pas d’joints
les infirmières ne sont pas loin
Ehpad Ehpad
Et pas d’shit
Heureusement y a les visites
Ehpad Ehpad
Et pas d’bière
j’paierai la mienne au cimetière



Néorural

Enfin ! J’ai enfin eu raison de ce fichu coq et de ses bouseux de propriétaires. Dorénavant, plus de réveils en sursaut à 5h30, 5h37, 5h42… J’ai bien fait d’aller en justice, faut les secouer un peu pour qu’ils comprennent, ces paysans. Réglé aussi le problème des bouses de vaches puantes et dégueulasses, et le bruit des tracteurs sous ma fenêtre en permanence. Même la stridence des cigales a disparu, avant d’avoir complètement épuisé ma raison. Quand je pense que le désinsectiseur ne voulait pas se déplacer ! Sans déconner, je n’ai pas loué hors de prix trois semaines dans un pavillon pendant nos vacances dans le Sud-Ouest pour me taper toutes ces nuisances et ces ploucs. Mais ma femme, l’employé municipal, les flics, les juges et les toubibs ont vu de quel bois j’étais fait.

Bon, c’est sûr, ici, Momo hurle à 4h27, 4h32, 4h45 et 5h toutes les nuits dans son sommeil, Jean-Patrick passe ses journées à peindre les murs avec son caca, Paolo se prend pour une mobylette, Stéphane pour une abeille et ils font la course dans les couloirs en projetant de la salive partout. Mais la distribution de médicaments et les repas sont à heures fixes, ma chambre est bien isolée, les infirmiers sont gentils, la télévision est toujours allumée et la salle de séjour a une magnifique vue sur la cour.

Et surtout, je suis débarrassé de ce damné coq.



Belle journée

Il ouvrit sa boîte de déception.
Ce matin, elle était vide.
Ça va être une belle journée,
Se dit-il en refermant les yeux.



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